OPINION. « La Chine va-t-elle vraiment bien ? »

Mike O Sullivan
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Par Mike O’Sullivan, chef économiste de Moonfare
La quatrième enquête « Comment la Chine voit le monde », menée par l’Université de l’Alberta, éclaire cette perception. La plupart des Chinois ne considèrent pas l’Union européenne comme un acteur géopolitique majeur, mais comme un partenaire économique important et une destination touristique. Ils placent en revanche leur pays devant les États-Unis dans un ordre mondial bipolaire. La Russie y apparaît comme un partenaire indispensable, tandis qu’une guerre avec le Japon est jugée probable par une partie des répondants.
Prendre au sérieux le regard chinois sur le monde est nécessaire. Il reste pourtant peu de véritables spécialistes de la Chine en Occident, et le débat public accorde trop peu de place à son économie. Dans mon pays, l’Irlande, et d’autres, rares sont les personnalités publiques qui la connaissent réellement.
La Chine devient aussi plus difficile à comprendre de l’extérieur. Depuis sept ans, les investissements occidentaux ont fortement reculé, tout comme le nombre d’Occidentaux qui viennent y travailler. Moins de 2 000 Américains y étudient aujourd’hui, contre 11 000 en 2019. L’affaiblissement de ces liens rend l’économie chinoise plus opaque, d’autant que les statistiques officielles offrent peu de prise.
La dernière croissance publiée figure parmi les plus faibles enregistrées depuis des décennies. Beaucoup d’économistes occidentaux estiment qu’il faut réunir des indicateurs très fins, comme la consommation d’électricité, pour approcher la réalité de l’activité. Aux États-Unis, le Conference Board a reconstruit les données chinoises et conclu que les performances du pays avaient été surestimées. Selon ses travaux, la croissance repose sur des volumes de capital toujours plus importants, mais de moins en moins productifs. Cette analyse peut être contestée. Le problème est qu’il n’existe ni véritable espace ni volonté pour débattre ouvertement de la qualité des données. L’économiste Gao Shanwen avait lui-même affirmé que la croissance tendancielle était bien inférieure aux chiffres officiels.
Et pourtant, l’économie chinoise continue de déjouer les scénarios les plus sombres. Elle n’a pas connu de récession cyclique manifeste depuis des décennies. Vue de loin, la stratégie de Pékin semble consister à déplacer l’activité d’un moteur à l’autre. Le marché immobilier se dégonfle progressivement depuis six ans, sans que toutes les conséquences financières aient encore été absorbées par les banques et les ménages. Dans le même temps, le centre de gravité s’est déplacé vers l’industrie manufacturière. Le dernier plénum a fait des technologies de pointe le fer de lance de l’effort économique.
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Cette stratégie a créé des surcapacités, mais aussi des produits suffisamment compétitifs pour évincer les industriels européens. Les exportations automobiles chinoises vers l’Europe ont dépassé le million d’unités sur un mois, tandis que les constructeurs européens, Porsche compris, souffrent en Chine. Il en résulte une crise de confiance dans l’industrie allemande et un débat sur les moyens d’endiguer cet afflux.
Pékin tente depuis un an de réduire les capacités excédentaires, sans résultat probant. Le financement massif de l’immobilier et de l’industrie a fait des banques chinoises certaines des plus grandes du monde par leurs actifs, ce qui constituerait un risque systémique en cas de ralentissement marqué. Parallèlement, la dette publique, y compris celle des collectivités locales, a atteint un niveau dangereux.
Alors que des partenaires comme l’Allemagne commencent à réagir à l’essor des exportations chinoises, les marges de manœuvre de Pékin se resserrent. Jusqu’ici, la Chine a réussi à « ne pas échouer ». Une nouvelle mauvaise publication de croissance pourrait toutefois convaincre les investisseurs que cette singularité touche à sa fin.
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(*) Mike O'Sullivan est auteur, économiste et investisseur. Il a vingt ans d'expérience sur les marchés financiers mondiaux, plus récemment en tant que directeur des investissements au sein de la division International Wealth Management de Credit Suisse, où il a travaillé pendant douze ans. Il conseille aujourd'hui plusieurs sociétés de gestion d'actifs et de technologie financière (notamment Moonfare et Alpian). Il a cofondé une société de gestion de patrimoine numérique au Royaume-Uni (Rosecut) et est directeur d'Unio Wealth Management en Irlande. Mike O'Sullivan est également conseiller principal chez WestExec et administrateur de la Jane Goodall Legacy Foundation. Il est l'auteur de « The Levelling » (PublicAffairs), qui décrit l'avenir de la politique, de l'économie, de la finance et de la géopolitique dans l'ère post-mondialisation. Récemment, il a co-écrit « L'Accord du Peuple » (Calmann-Levy) et réalisé le documentaire radiophonique « Waking up to World Debt » pour BBC 4, ainsi que de nombreux podcasts sur ce sujet. Il a été membre du Conseil sur la nouvelle économie du Forum économique mondial, contributeur au magazine Forbes et conférencier à la conférence TED Talk 2020 ainsi qu'au TEDx Stormont sur le thème du rétablissement de la démocratie. Mike O'Sullivan a étudié à Cork et obtenu une maîtrise et un doctorat au Balliol College d'Oxford en tant que boursier Rhodes. Il a enseigné la finance et l'économie à l'université d'Oxford et à l'université de Princeton. Mike est francophone et habite à Paris