OPINION. « Bioéconomie : ne tuons pas l'innovation française »

Michel Mangion
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Par Michel Mangion, président de Bioeconomy for change (*)
Derrière les biotechnologies industrielles, les matériaux biosourcés, la fermentation de précision, le biocontrôle ou encore la chimie du végétal se dessine une nouvelle génération d’industries capables de répondre simultanément aux enjeux de décarbonation, de souveraineté et de réindustrialisation. Les procédés et les applications sont immenses, les marchés en croissance, et pourtant, la France est en train de lâcher prise, par manque d’ambition et faute d'un financement public à la hauteur.
Les chiffres sont sans appel. En 2024, Bpifrance avait déployé 5,2 milliards d'euros pour financer les projets de bioéconomie, mais seulement 3,4 milliards en 2025[1], soit une baisse de 34 % en seulement un an. Plus inquiétant encore, les appels à projets thématiques et les stratégies d'accélération sectorielles de France 2030 s'effondrent de 65 %, passant de 1,4 milliard à tout juste 0,5 milliard d'euros.
Ce recul n’est pas conjoncturel : il reflète la fin des grands financements lancés en 2021-2022, alors que France 2030 entre en phase descendante cette année, sans relais annoncé à ce jour. Résultat : la France finance encore majoritairement des démonstrateurs à petite échelle, pendant que les États-Unis et la Chine déploient massivement des filières industrielles de bioraffinerie. C'est donc autant un désengagement qu'une absence totale de stratégie pour l'après.
Plus préoccupant encore, les pôles de compétitivité qui accompagnent depuis plus de vingt ans le développement des entreprises innovantes en France font face à de fortes incertitudes quant à la pérennité de leur modèle de financement à partir de 2027.
Le thermomètre de l’innovation ne ment pas : dans les biotechnologies aussi, la Chine change d’échelle. Elle ne se contente plus de dominer les dépôts de brevets tous secteurs confondus, elle accélère désormais sur les technologies du vivant, au cœur des prochaines souverainetés industrielle, alimentaire, sanitaire et environnementale. La bataille mondiale des biotechnologies est déjà engagée. La Chine qui représentait 10 % des brevets mondiaux en 2020, derrière les États-Unis (39 %) et l’Union européenne (18 %)[2], a multiplié par seize ses dépôts internationaux entre 2010 et 2023 et dépasse désormais l’Union européenne[3]. Cette montée en puissance est assumée et financée. Soutenue par des centaines de milliards de dollars d'investissements publics et privés, elle transforme rapidement son avance scientifique en puissance industrielle. Face à elle, l'Europe conserve une recherche d'excellence mais peine encore à industrialiser ses innovations.
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Il serait pourtant injuste de ne pas reconnaître ce qui fonctionne. Des projets de bioéconomie et de biotechnologies financés dans le cadre de France 2030 démontrent chaque jour que la France dispose des compétences et du tissu industriel nécessaires pour tenir son rang. Les biotechnologies concentrent aujourd'hui certaines des innovations de rupture les plus prometteuses de la bioéconomie ou Les biotechnologies comptent parmi les segments les plus innovants et les plus prometteurs de la bioéconomie ou Les biotechnologies illustrent particulièrement la capacité de la bioéconomie à générer des innovations de rupture.
Le projet Dragonfly, porté par Michelin Engineered Polymers et doté de 19,7 millions d'euros, produit par voie biotechnologique une molécule à partir de substrats non alimentaires ouvrant la voie à une chimie biosourcée industrielle à grande échelle. Le projet Polyprod, porté par Polymaris Biotechnology (doté de 2,06 millions d’euros), vise à créer le premier site français de production industrielle de PHA par fermentation innovante, des polymères biosourcés. Le projet CALipSO, porté par Naturamole dans le cadre de l'appel à projets « Produits biosourcés » opéré par l'ADEME, illustre lui-aussi la capacité d'acteurs français à innover dans la valorisation du vivant[4].
Ces réussites démontrent la pertinence du système d’aide à l’innovation et la vitalité de l’écosystème de recherche français.
Le marché des produits chimiques biosourcés est évalué à 148,9 milliards de dollars en 2025 et devrait dépasser 323 milliards d'ici 2034. La question n'est donc plus de savoir si la bioéconomie est une opportunité. Elle est de savoir si nous choisissons de continuer d'en être acteurs.
Cela suppose une décision politique claire : définir sans attendre un programme d'investissement public ambitieux pour prendre la relève de France 2030 en faisant de la bioéconomie un pilier de la souveraineté industrielle française et lancer une feuille de route nationale dédiée à la bioéconomie pour mieux accompagner le passage à l’échelle industrielle de ces projets stratégiques pour l’avenir.
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[1]: Bilan d’activité 2025 – BPI France, https://www.bpifrance.fr/download/media-file/1353892
[2]: Commission européenne, Joint Research Centre, The global landscape of biotech innovation: state of play, 20 mars 2024.
[3]: MERICS, Lab leader, market ascender: China’s rise in biotechnology, avril 2025.
[4]: ADEME : https://librairie.ademe.fr/3527-produits-biosources?page=2
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(*) Après une carrière dans le management de sites industriels, Michel Mangion est aujourd'hui Directeur performance de Cristal Union, où il a également exercé pendant 10 ans les fonctions de Directeur RSE. Président depuis trois ans de Bioeconomy For Change, pôle de compétitivité de l’économie du vivant, il met son expérience industrielle au service du développement de la bioéconomie française.