OPINION. « Sur la route de la transition électrique, le défi du pouvoir d'achat »

Fabrice Gourgeonnet
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Par Fabrice Gourgeonnet, Directeur général du pôle Solutions et Expertises financières (SEF) du groupe BPCE (*)
À chaque flambée des cours du brut, les mêmes fragilités réapparaissent : hausse du coût des déplacements, pression sur les ménages, tensions sur les entreprises… La mobilité représente près de 14% du budget des ménages français, soit le deuxième poste de dépenses après le logement. Pour les entreprises, elle constitue le troisième poste budgétaire [1].
Longtemps perçue comme une réponse à l'urgence climatique, la transition vers une mobilité décarbonée est devenue un enjeu de souveraineté économique et énergétique. Le véhicule électrique n'est que la partie visible d'un défi plus vaste : réduire notre dépendance aux énergies fossiles importées et renforcer notre résilience face aux chocs extérieurs.
Le transport demeure le premier secteur émetteur de CO₂ en France, tandis que l'Europe poursuit son objectif de neutralité carbone à l'horizon 2050, malgré le lobbying de certains pays.
En parallèle, le marché accélère. En avril 2026, plus de 40 400 véhicules 100 % électriques ont été immatriculés en France, soit une progression de plus de 42 % sur un an. Sur les quatre premiers mois de l'année, près de 149 000 véhicules particuliers électriques ont déjà été immatriculés, un volume qui n'avait été atteint qu'au bout de six mois en 2025 [2].
Près d'un véhicule particulier sur cinq vendu neuf aujourd'hui est 100% électrique [3]. Pourtant, seuls 3 % environ du parc automobile français sont électrifiés [4]. Avec plus de 46 millions de véhicules en circulation et une ancienneté moyenne de 11,5 ans, le parc automobile français se renouvelle lentement [5].
Autrement dit, le marché a enclenché la transition, mais il ne pourra pas, à lui seul, en garantir la vitesse ni l'ampleur. Surtout, cette transformation ne pourra réussir si elle demeure réservée aux ménages les plus aisés ou aux grandes métropoles.
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Le prix des véhicules neufs a augmenté de près de 70 % en douze ans. Les taux de financement automobile évoluent entre 6 et 8 %, tandis que les primes d'assurance ont progressé d'environ 10 % au cours des deux dernières années.
Face à cette hausse généralisée des coûts, de nombreux ménages repoussent leurs décisions d'achat ou se tournent vers l'occasion. La transition électrique risque ainsi de créer une mobilité à deux vitesses : d'un côté ceux qui peuvent accéder aux bénéfices économiques du véhicule électrique ; de l'autre ceux qui restent dépendants de véhicules thermiques vieillissants et plus exposés à la volatilité des prix de l'énergie.
Le leasing à loyers modérés, récemment relancé par les pouvoirs publics, répond à cette évolution. Les ménages privilégient de plus en plus la maîtrise de leur budget mensuel de mobilité plutôt que le seul prix d'acquisition du véhicule. Ce n'est pas un hasard si plus de 60 % des financements automobiles neufs des particuliers sont aujourd'hui réalisés sous forme de location avec option d'achat ou de location longue durée. Conscients de l'importance du maintien du pouvoir d’achat pour de nombreux Français, certains acteurs du leasing automobile ont innové en proposant des solutions de location longue durée pour véhicules électriques d'occasion permettant ainsi une réduction des coûts pouvant aller jusqu'à 40 % par rapport à un véhicule neuf.
Pendant longtemps considérée comme un objet de propriété, l’automobile bascule ainsi progressivement vers une logique d'usage.
Cette transformation doit néanmoins s'accompagner des infrastructures nécessaires.
Au 30 avril 2026, la France comptait près de 195 000 points de recharge ouverts au public [6], soit une progression de 16 % en un an. Cette dynamique est encourageante mais elle doit encore s'amplifier.
Bornes de recharge, modernisation des réseaux électriques, électrification des flottes, logistique bas carbone : la transition implique des investissements massifs sur l'ensemble de la chaîne de valeur.
C'est précisément là que les acteurs financiers ont un rôle déterminant à jouer : accompagner les ménages, les entreprises et les collectivités dans des investissements longs, coûteux mais indispensables.
Les chiffres montrent que la transition électrique est déjà engagée. La véritable question n'est plus de savoir si elle aura lieu, mais comment la rendre accessible au plus grand nombre. Une transition réussie ne se mesure pas seulement au nombre de véhicules électriques vendus, mais à notre capacité collective à rendre cette mobilité finançable, déployable sur l'ensemble du territoire et compatible avec le pouvoir d'achat des Français.
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[1]: SDES – Chiffres clés des transports 2025
[2]: Avere-France – Baromètre des immatriculations, mai 2026
[3]: PFA / Avere-France, mai 2026
[4]: Le parc roulant français compte environ 39,7 millions de voitures particulières, dont près de 1,3 million de véhicules 100 % électriques, SDES et Avere-France, mai 2026
[5]: Sesamlldn février 2025 - ASF 2024
[6]: Avere-France / Gireve – Baromètre IRVE, mai 2026
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(*) Fabrice Gourgeonnet est directeur général en charge des Solutions et Expertises financières du Groupe BPCE depuis le 1er septembre 2024. Après un début de parcours professionnel chez LCL puis Arthur Andersen, Fabrice Gourgeonnet rejoint le Groupe BPCE en 2004, à l’Inspection Générale de la Caisse Nationale des Caisses d’Epargne, en tant que chef de mission. En 2008, il devient membre du comité exécutif de la Caisse d’Epargne Auvergne Limousin, où il occupe successivement les postes de directeur des Services bancaires et du Contentieux, directeur de la Banque de détail et directeur de la Banque des Décideurs en région. En 2015, Fabrice Gourgeonnet rejoint BPCE, comme responsable du pôle Entreprises et Institutionnels pour les 15 Caisses d’Epargne régionales. En 2019, il est nommé directeur du développement Caisse d’Epargne. Depuis 2021, il était président du directoire de la Caisse d’Epargne Auvergne Limousin. Agé de 50 ans, Fabrice Gourgeonnet est diplômé du « Stanford Executive Program » et de l’Institut d’Ingénierie Informatique de Limoges (Ingénieur 3IL).