OPINION. « Métaux critiques : l'urgence d'un sursaut minier et diplomatique européen »

Aymeric Preveral-Etcheverry
Eric Pothier

Aymeric Preveral-Etcheverry
Eric Pothier
Par Aymeric Preveral-Etcheverry, fondateur de Lithosquare (*)
Lors du dernier sommet du G7 à Évian, présidé par la France, la résilience des chaînes de valeur minérales a été érigée en priorité stratégique. La sécurisation de nos approvisionnements exige l’émergence de nouveaux champions industriels des métaux, soutenus par une véritable diplomatie de la diversification. L’heure n’est plus au diagnostic, elle est à l’action.
Les crises du gaz russe et du détroit d'Ormuz ont brutalement rappelé aux Européens la fragilité de leurs approvisionnements énergétiques. Mais une autre vulnérabilité tout aussi déstabilisatrice se dessine : celle des métaux critiques. L'électrification de nos économies, la numérisation de nos infrastructures et la montée en puissance de l'intelligence artificielle reposent sur des ressources dont l'accès est loin d'être garanti. Ces enjeux nécessitent des volumes considérables de cuivre, de lithium, de nickel ou de terres rares que les chaînes de valeur actuelles ne peuvent fournir seules.
Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la demande mondiale de lithium devrait bondir de plus de 400 % d'ici 2040 tandis que celle de cuivre augmentera d'environ 50 %. Ce choc nécessitera non seulement l'ouverture de nouvelles mines, mais également le développement d'importantes capacités de raffinage et de recyclage.
L'omniprésence chinoise dans les métaux critiques est écrasante. Pékin produit environ 70 % des terres rares et du graphite mondiaux et plus de 90 % de certains éléments stratégiques comme le germanium. Selon l’AIE, la Chine domine aujourd’hui le raffinage de 19 des 20 minéraux stratégiques indispensables aux technologies de la transition énergétique.
Face à cette concentration, l'arsenalisation des ressources s'accélère. Quinze ans après l'embargo imposé au Japon sur les terres rares, les restrictions à l'exportation se multiplient. Selon l'OCDE, elles ont quintuplé depuis 2009. Paradoxalement, les marchés demeurent correctement approvisionnés et les cours des matières premières modérés. Mais cette apparente stabilité est un piège qui décourage les investissements nécessaires à la diversification de l'offre et pénalise les nouveaux entrants. Or, sécuriser nos approvisionnements futurs suppose précisément l'émergence de nouveaux acteurs capables d'explorer et de valoriser les ressources dont dépendra notre économie.
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Recycler et raffiner sur notre sol constitue évidemment une nécessité absolue pour renforcer notre souveraineté. Mais cela ne suffira pas, car toute matière recyclée a d'abord été extraite. Quant aux gisements actuels, ils ne pourront satisfaire la demande future, surtout si nous voulons sortir des hydrocarbures. Plus préoccupant encore, il peut s’écouler quinze ans entre la découverte d'un gisement et sa mise en production. Si nous ne savons pas identifier les gisements de demain, notre souveraineté restera un vœu pieux. Dès lors, si nous ne réagissons pas suffisamment vite, d'autres capteront les opportunités industrielles et les marchés mondiaux de demain.
En Europe, les entrepreneurs, qui assument les risques inhérents à l'exploration, doivent pouvoir mobiliser les capitaux nécessaires pour développer des projets ambitieux. Pour y arriver, l’Europe doit soutenir activement l'émergence de nouveaux champions, en simplifiant significativement la délivrance des permis, en harmonisant les réglementations nationales et en accélérant les projets d'intérêt stratégique, tout en maintenant les plus hauts standards sociaux et environnementaux.
Au-delà de la réglementation, l'intelligence artificielle ouvre une opportunité historique pour réinventer l'exploration minière. En permettant d'analyser des volumes massifs de données géologiques et en générant des cibles d’exploration, elle réduit drastiquement le temps, les coûts et les incertitudes liés à la découverte de nouveaux gisements. Forte de son excellence géologique historique et de son écosystème d’IA parmi les plus dynamiques au monde, la France dispose ici d'un véritable atout.
La règle d'or de la sécurité énergétique est la diversification. Les gisements étant répartis à travers le monde, l'Europe doit développer une diplomatie des métaux critiques capable d'accompagner ses entreprises à l'international.
A titre d’exemple, si la Chine n'extrait que 8 % du cuivre mondial sur son propre territoire, ses champions nationaux lui permettent de contrôler près de 20 % de la production mondiale. Le Japon offre un autre exemple inspirant avec la JOGMEC. Cette agence nationale agit comme une passerelle stratégique entre l'État et le privé en soutenant les investissements internationaux des entreprises japonaises grâce à des garanties financières, un accompagnement technique et une expertise scientifique. En résumé : celui qui possède la mine fixe les termes de l'accès.
C'est ce modèle que l'Europe devrait aujourd'hui chercher à reproduire. Une alliance ambitieuse associant la puissance publique, l'agilité de nos start-up et l'expertise de nos groupes miniers.
Face à l'hégémonie chinoise, le sommet du G7 doit marquer le renouveau européen, capable de conjuguer innovation de rupture et multilatéralisme pragmatique. Nous avons l'opportunité d'exporter notre savoir-faire technologique vers les pays producteurs qui cherchent eux aussi à diversifier leurs partenariats. Il n'y aura ni transition écologique, ni souveraineté européenne sans une maîtrise repensée de notre sous-sol et de celui de nos alliés.
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(*) Aymeric Preveral-Etcheverry est ingénieur minier, diplômé de l’école nationale supérieure des Mines de Paris. Il est cofondateur et PDG de la startup Lithosquare, spécialisée dans l’exploration minière à l’aide de l’IA. Auparavant, Aymeric a cofondé Fieldbox, une solution d’IA pour les process industriels.