OPINION. « Les marchés financiers au cœur de la souveraineté des États »
latribune.fr
"Dépassant en cela toutes les prédictions, les marchés sont devenus le poumon d'une industrie de défense revenue au cœur de la stratégie des États" (Rémy Thannberger, Associé-fondateur de Thannberger.Gruman & Co)
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Pour Rémy Thannberger, Associé-fondateur de Thannberger.Gruman & Co et auditeur de l’IHEDN, point de salut sans passer par la Bourse. Prenant l'exemple de Rheinmetall, il appelle toutes les pépites de la Base industrielle et technologique de défense (BITD) non encore cotées, à capitaux privés, et parfois publics, à profiter de la fenêtre de tir offerte par les marchés.
En mars 2020, dans ces mêmes colonnes, alors que nous n’étions qu’au début de la crise sanitaire, j’écrivais un article, à la manière d’un manifeste : « Pour la cotation de nos entreprises sensibles ». En le relisant récemment, je me rendais compte, les années passant et les crises se succédant, en particulier la guerre entre la Russie et l’Ukraine, que s’il était à réécrire, je n’en changerais pas une virgule et que le sujet, était devenu depuis, plus central que jamais.
Sans imaginer un seul instant le changement de paradigme que nous allions connaître à partir du 24 février 2022, je pressentais :
- Que notre souveraineté industrielle serait violemment contestée et nécessiterait la mobilisation de moyens considérables, - ce qui allait devenir une évidence à partir de 2022 -, pour financer la remontée en puissance de notre industrie de défense,
- Que les banques n’auraient pas d’autre choix que de financer davantage les entreprises du secteur de la défense et n’auraient d’autre choix que de faire évoluer leur doctrine trop « ESG restrictive »,
- Que le Private Equity, que le consensus considérait à l’époque comme l’alpha et l’oméga du financement des forces vives de notre économie, finirait par être durement touché par ses excès, en particulier en France,
- Que l’État ne pourrait pas tout, tout seul, ce que la crise des finances publiques, post « quoi qu’il en coûte », allait rapidement confirmer.
Rheinmetall : une hausse de plus de 2000%
Dans ce contexte, et à l’aune d’une certaine expérience entre finance et industrie de défense, je considérais que rien ne serait désormais possible, sans l’usage plus systématique, du levier aux capacités illimitées, des marchés financiers. Les cinq années qui se sont écoulées, ne m’ont pas vraiment donné tort.
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D’abord, les cours des entreprises de défense et d’armement cotées, dont on prétendait qu’elle n’intéressaient pas les investisseurs, se sont littéralement envolés, avec comme illustration la plus spectaculaire, les + 2000 % de hausse du cours de Rheinmetall, cette entreprise souvent raillée à Paris en raison de son profil « rustique ». Un profil rustique à désormais plus de 90 milliards d’euros…
Ensuite, et logiquement, les opérations financières de marché se sont multipliées au cours des derniers mois, hélas principalement à l’étranger, à l’exception notable d’Exosens (l’ex-Photonis que j’évoquais dans ma tribune d’alors). Et pas uniquement des IPOs, en moyenne sur-souscrites plus de trois fois, mais également l’émission d’emprunts obligataires pour des montants considérables, réalisées y compris par des ETI, cotées il est vrai, comme dans le cas d’Exail Technologies, qui vient de lever en quelques jours, 300 millions d’euros.
Tous en Bourse
Enfin, et dépassant en cela toutes les prédictions, les marchés sont devenus le poumon d’une industrie de défense revenue au cœur de la stratégie des États. Dans ce contexte extrêmement favorable, de nombreuses entreprises européennes du secteur, sont au travail, y compris françaises, et préparent activement leur IPO, prévue dès le premier trimestre 2026. A bon escient. Il est en effet grand temps pour ces pépites de notre BITD non encore cotées, à capitaux privés, et parfois publics, de profiter de l’exceptionnelle fenêtre de tir offerte par les marchés. Et les pouvoirs publics seraient bien inspirés d’encourager les banques, les intermédiaires, les opérateurs de marché et le régulateur, d’accélérer les processus.
Car comme toutes les fenêtres, et on l’espère le plus tard possible, celle que nous observons actuellement, finira par se refermer, ou n’être plus qu’entrouverte : il sera alors trop tard pour nombre d’entreprises. Sans faire usage d’une boule de cristal, il est en effet plausible, en tous cas en France, que les choses ne deviennent plus difficiles à partir de la rentrée de septembre 2026, lorsque l’élection présidentielle sera en vue. Si donc, nos entreprises les plus ambitieuses et les plus performantes, quelles que soient leurs tailles, veulent pouvoir lutter à armes égales avec leurs compétiteurs européens et mondiaux, c’est maintenant qu’ils leur appartient de rejoindre les marchés ! Il en va de leur compétitivité et, directement, de notre indépendance stratégique.