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Pour la cotation de nos entreprises sensibles

Rémy Thannberger

Publié le 10 mars 2020 à 05:00

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OPINION. Etre coté pour une entreprise stratégique est assurément un moyen supplémentaire de préserver son indépendance et sa pérennité. Par Rémy Thannberger, auditeur de l’IHEDN (Armement et économie de défense) et associé fondateur de Groupe Quinze Capital Advisory

La presse se fait l'écho à l'intervalles de plus en plus réguliers, de pépites de notre industrie aéronautique et de défense, sur le point d'être acquises par des entreprises étrangères, notamment américaines. Ce fut le cas il y a quelques semaines de Latécoère et ces derniers jours, de Photonis, mise en vente par le fonds d'investissement Ardian. A chaque fois, des voix s'élèvent pour déplorer que des actifs considérés comme stratégiques, passent sous pavillon étranger, mettant dans l'embarras (et sous une assez forte pression médiatique), les pouvoirs publics et notamment Bercy.

Or l'Etat, ne peut pas tout et ne saurait porter seul la responsabilité de cette hémorragie. Et si les réactions teintées de patriotisme économique sont légitimes et parfois utiles, elles sont hélas souvent tardives et illustrent le manque de vision à moyen/long terme et d'anticipation de l'ensemble des parties prenantes. Dirigeants d'entreprises compris.

Financement, un élément "de notre souveraineté"

Il serait temps, alors que la guerre économique fait rage, en particulier dans les domaines les plus sensibles, d'admettre que la surprise stratégique peut également être financière. S'il veut se défendre efficacement, c'est l'écosystème de la défense dans son ensemble, qui est sommé de s'adapter à cette nouvelle donne et l'effort ne saurait être assumé uniquement par les pouvoirs publics, souvent appelés en renfort, lorsqu'il est déjà trop tard.

Le financement sans perte d'indépendance de nos fleurons industriels et technologiques, si on considère qu'ils constituent des éléments de notre souveraineté au sens le plus large du terme, doit être au centre des préoccupations de tous les acteurs concernés : l'Etat, les banques et les entreprises elles-mêmes, ont chacun leur rôle à jouer.

Le rôle crucial des banques

Les moyens de l'Etat sont connus : possibilité de s'opposer à une transaction concernant un actif sensible (comme dans le cas de Photonis) et notamment possibilité d'intervenir lui même comme investisseur ou financeur. Mais, on l'a vu, ces moyens ne sont pas extensibles à l'infini et l'arme du veto est à double-tranchant. Quant à mettre la pression sur des grands groupes pour les forcer à acquérir des entreprises de taille plus modeste, par nature très éloignées de leurs cultures et de leurs organisations, rien n'indique, à supposer qu'ils obtempèrent, qu'elle garantira le développement pérenne des activités concernées.

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Dans ce contexte, mieux vaudrait que les banques soient incitées à financer davantage les entreprises du secteur de la défense, notamment les PME et ETI, plutôt que de contraindre de facto ces dernières à ouvrir leur capital à des fonds, auxquels il ne saurait d'ailleurs être reproché d'avoir leur propre agenda et d'avoir comme premier objectif de valoriser et de réaliser leurs participations dans des conditions optimales.

Coter l'entreprise en bourse

Quant aux entreprises et leurs dirigeants, ils devraient veiller davantage (comme ils le font pourtant avec leur clients ou leurs fournisseurs) à ne pas dépendre d'un seul actionnaire ou d'une seule catégorie d'actionnaires et de diversifier, autant que de possible, leurs sources de financement. Le moyen d'atteindre cet objectif existe : coter l'entreprise en bourse !

Il ne s'agit pas ici de faire l'apologie d'une solution au détriment d'une autre, et encore moins d'ériger une solution en panacée ou en assurance sur la vie, mais d'admettre que le fait d'être coté, s'il est assurément un moyen supplémentaire de préserver l'indépendance et la pérennité d'une entreprise x ou y, l'est forcément également pour une entreprise du secteur la défense.

En effet, au-delà de procurer à l'entreprise des moyens supplémentaires de se financer, le marché permet également d'associer différents types d'investisseurs (y compris des fonds) et de les multiplier. Il est surtout l'outil le plus efficace pour assurer l'indispensable rotation du capital d'une entreprise. Sans oublier la protection accrue qu'offre aux entreprises (comme aux actionnaires) la réglementation boursière, notamment en cas de tentative de prise de contrôle.

La bourse, un instrument tantôt offensif, tantôt défensif,

Toutes ces raisons (il en existe beaucoup d'autres), plaident donc pour que cette démarche soit plus systématiquement préconisée et encouragée, y compris à un stade précoce du développement d'une entreprise, car les convoitises de prédateurs étrangers peuvent se révéler très tôt. Or, force est de constater qu'elle ne l'est pas et cette situation risque de voir se multiplier les "cas Photonis", notamment lorsque le marché du Private Equity et ses valorisations stratosphériques, se retournera et obligera les fonds à céder leurs participations et les entreprises qu'ils détiennent.

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Il faut rappeler (enseigner ?) que la bourse est un instrument inégalable et multirôle, tantôt offensif, tantôt défensif, dont devraient systématiquement pouvoir disposer nos entreprises et pas seulement les plus grandes d'entre elles. 

Espérons à cet égard, que la création annoncée du fonds Definnov, pilotée par l'Agence d'Innovation de Défense, permettra de promouvoir l'approche duale de recours aux fonds conjuguée à la cotation, afin de protéger davantage les pépites de notre Base industrielle et technologique de défense (BITD). Il en va, sur ce terrain également, de notre souveraineté et de notre indépendance.

Rémy Thannberger

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