OPINION. « Donald Trump accueilli en Messie au Moyen-Orient : le miracle américain »
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Sébastien Boussois
Jan Brouckaert
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Sébastien Boussois
Jan Brouckaert
Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*)
De l’avis des commentateurs de la politique au Moyen-Orient, l’image restera sans doute comme l’un des moments les plus forts du mandat du nouveau Président américain : Donald Trump entrant à la Knesset, le parlement israélien, sous les applaudissements, accueillie en héros par un peuple qui, depuis des mois, retenait son souffle en espérant enfin la libération des otages retenus par le Hamas depuis deux ans. Il démarre un marathon régional qui le conduira ensuite à Charm el Cheikh en Égypte pour sceller un accord régional et international autour de l’avenir de Gaza.
Le Président américain, que certains s’amusaient à voir fatigué, a livré dans un discours vibrant, grave, parfois drôle, les principes fondateurs d’une reconfiguration politique claire à venir dans la région. Après s’est présenté comme « l’ami éternel » d’Israël, celui qui a su allier foi, stratégie et puissance pour parvenir à l’impensable libération des otages israéliens après des semaines d’angoisse et de négociations inextricables, a été acclamé comme un messie. Un messie de l’ordre du religieux, il y avait un peu de cela, mais un messie également politique. Depuis la proclamation du cessez-le-feu, les bombardements sur Gaza ont cessé, et les habitants de l’enclave respirent à nouveau. Ce n’est pas encore la paix, mais c’est un répit inespéré et à tout le moins la fin de la guerre. À Jérusalem, la ferveur était totale et son aura a une fois encore largement dépassé le simple cadre régional du moment : Trump n’est pas seulement apparu comme le défenseur d’Israël, mais comme celui qui a su redonner à l’Amérique le rôle de puissance agissante, capable d’obtenir ce que d’autres avaient depuis longtemps cessé d’espérer. Pendant que les Européens continuent à croire, et à juste titre probablement, en le rôle des Nations Unies et du multilatéralisme, Trump ne croit qu’au rapport de force en faveur des États-Unis et mis en application pour faire pression sur le terrain de nombreux conflits en cours.
Dans le même temps, Trump en poussant Netanyahou à s’excuser pour les frappes de l’armée israélienne contre Doha en septembre dernier, et en signant de nouveaux accords de coopération avec le Qatar, a prouvé son attachement à la sécurité des pétromonarchies, principaux alliés des États-Unis dans la région avec l’État hébreu : d’une pierre, donc deux coups. Car le coup de maître du Président américain ne réside pas seulement dans son habileté à parler aux Israéliens, mais dans sa capacité à ramener à lui ses alliés historiques, à commencer par le Qatar. L’épisode de septembre aurait pu faire capoter tout le processus, car c’est bien Doha qui avait la main sur le Hamas et sur la survie des otages israéliens. Qu’on l’aime ou pas, difficile de ne pas reconnaître que Trump a su calmer les esprits, forcer les excuses, et restaurer le dialogue.
Les Émirats, l’Arabie saoudite et surtout le Qatar, inquiet d’un déséquilibre américain trop favorable à Tel-Aviv, ont retrouvé leur place autour de la table. Et c’est ce retour du Qatar, sous impulsion américaine, qui a rendu possible la libération des otages. En réalité, c’est toute la diplomatie régionale qui s’est remise en mouvement. La triangulation Trump–Égypte–Qatar a fonctionné : la puissance américaine, la médiation arabe et la garantie israélienne ont produit un résultat concret. Ce que ni l’ONU ni l’Union européenne n’ont réussi à faire depuis des années, la Maison-Blanche version Trump l’a accompli en quelques semaines.
Mais l’histoire ne s’arrête pas là. Le Président américain l’a annoncé avec emphase devant la Knesset : « Nous avons libéré les otages, maintenant nous devons libérer Gaza ». Beaucoup reprennent ce slogan : « Free Palestine… from Hamas ! » La deuxième phase de son plan de paix s’annonce autrement plus complexe : le désarmement progressif du Hamas, le contrôle régional de la reconstruction et la mise en place d’une gouvernance partagée entre les acteurs arabes, sous supervision internationale. Trump sait que seule une coopération régionale sincère, menée sous pression américaine, pourra transformer ce cessez-le-feu fragile en processus de paix durable. En cela, il réinvente la diplomatie américaine : non plus par la domination ou l’imposition, mais par une alliance d’intérêts, pragmatique et assumée. L’homme que beaucoup jugeaient imprévisible démontre, encore une fois, une certaine cohérence et détermination qu’il obtient des résultats dans des conflits qui ne sont pas les siens — mais dont il fait désormais l’affaire du monde. Reste à s’assurer que les Palestiniens soient suffisamment inclus dans la suite de ce plan, à commencer par l’Autorité palestinienne, qui aussi impuissante soit-elle depuis des années face à l’islamisation de la question palestinienne brandie en étendard par le Hamas, reste le seul représentant officiel des Palestiniens.
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Le sommet de Charm el Cheikh, qui s’ouvre dans les prochaines heures, marquera sans doute le début de cette nouvelle ère. Autour de la table, les acteurs régionaux et les grandes puissances chercheront à dessiner l’avenir de Gaza et à sécuriser durablement la région. Le but pour Washington est de pouvoir durablement s’appuyer sur ses relais régionaux alliés pour prendre un peu de distance. Ce n’est pas une ONU bis, mais une version plus légère, plus directe, une sorte de « mini Nations-Unies » délocalisée, où l’action remplace les discours. Le multilatéralisme ancien, englué dans ses lenteurs, cède la place à une diplomatie d’efficacité, orchestrée par Washington avec à sa tête un Président qui roule à 200 km/heure et rue dans les brancards. Qu’on le veuille ou non, Donald Trump en est le chef d’orchestre. Il y a quelque chose de l’ordre du divin chez Trump, quelque chose qui parle aux Juifs et aux musulmans et qui peut les rapprocher.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur Moyen-Orient relations euro-arabes/ terrorisme et radicalisation, enseignant en relations internationales, collaborateur scientifique du CECID (Université Libre de Bruxelles), de l'OMAN (UQAM Montréal) et et du NORDIC CENTER FOR CONFLICT TRANSFORMATION (NCCT Stockholm).
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