OPINION. « Donnons enfin un (vrai) budget à l’Économie Sociale et Solidaire »
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Adrien Couret
Franck Beloncle
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Adrien Couret
Franck Beloncle
Par Adrien Couret, directeur général d’Aéma Groupe (*)
Dans la période d’instabilité politique et économique que nous traversons à l’échelle internationale, novembre devait s’ouvrir sur une note d’espoir. Partout en France, des centaines d’initiatives fleurissent pour célébrer le mois de l’Économie Sociale et Solidaire (ESS). Dans les territoires, les associations, les coopératives, les mutuelles et les entreprises sociales ouvrent leurs portes, partagent leurs savoir-faire, démontrent qu’une autre économie est possible : celle du lien, de la proximité, de la démocratie et de la durabilité. Ce maillage vivant irrigue nos territoires, nos quartiers, nos villes. Pourtant, jamais il n’a été autant menacé.
Pendant que les acteurs de terrain inventent, réparent et soutiennent, le gouvernement taille dans les budgets. Après une version 2025 déjà austère, voilà que le projet de loi de finances pour 2026 poursuit la même logique de démantèlement de l’Économie Sociale et Solidaire. Les chiffres sont sans appel : le budget que Bercy consacre au développement de l’ESS est amputé de 54 %, passant de 26,7 millions d’euros à 12,3 millions. À cela s’ajoutent les réductions des moyens alloués à la jeunesse, au sport, à la vie associative, à l’insertion par l’activité économique et à l’aide au développement - piliers de la cohésion sociale.
Les conséquences sont très concrètes. Déjà, en 2025, le secteur a dû faire face à des structures associatives en cessation de paiement, des services de proximité fermés, des chantiers d’insertion interrompus, des initiatives locales étouffées, faute de financements. Les coupes imposées aux collectivités territoriales, de l’ordre de 5 à 7 milliards d’euros, ont aggravé la situation : or ce sont précisément ces collectivités qui soutiennent les acteurs de l’ESS dans leurs projets porteurs de valeur dans les territoires. À la clé, un effet domino sur tout l’écosystème local, au détriment, une fois encore, des plus fragiles.
Rappelons que l’ESS représente plus de 200 000 entreprises et structures qui emploient 2,7 millions de personnes, soit près de 14 % des emplois privés. Elle génère près de 10 % du PIB, tout en plaçant l’humain au cœur de son projet économique. Depuis la loi Hamon de 2014, l’ESS s’est affirmée comme un pilier du modèle français : face aux crises sociales, écologiques et démocratiques traversées par notre société, les entreprises du secteur conjuguent efficacité économique, utilité sociale et gouvernance démocratique à travers des solutions concrètes (emploi local non délocalisable, recyclage, circuits courts, inclusion, formation, innovation sociale…). Alors que certains territoires font face à une inasssurabilité croissante et à des besoins de protection toujours plus complexes face à la multiplication des risques, les acteurs de l’ESS, et notamment les mutualistes, apparaissent ainsi, plus que jamais, indispensables. Ce sont eux qui ont les moyens - et la volonté - d’assurer la protection des populations et de répondre durablement aux besoins essentiels là où les modèles purement capitalistes se retirent.
Il faut donc changer de cap : l’ESS n’a pas besoin de compassion, elle a besoin de reconnaissance et de moyens. L’État a lancé une Conférence des financeurs de l’ESS : nous sommes prêts à nous mobiliser, main dans la main.
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Des solutions existent déjà et sont mises en place par des groupes comme le nôtre. À travers nos marques, nous disposons d’un éventail de dispositifs pour tenter de combler les « trous dans la raquette » du financement et de l’accompagnement des porteurs de projets ESS et mettre en action l’ensemble des acteurs de la chaîne.
Tenter de combler les trous est une chose, faire en sorte qu’ils cessent de se multiplier en est une autre. 96% des acteurs de l’ESS ne perçoivent, selon la Cour des comptes, aucune subvention publique. Les capitaux privés ne peuvent pas constituer la seule réponse aux enjeux de consolidation, de développement et d’accompagnement de ces structures.
Nous sommes par ailleurs désireux de soutenir, aux côtés de l’État, les Chambres Régionales de l’Économie Sociale et Solidaire (CRESS) qui pourront mettre en œuvre leurs missions d’accueil, d’information et d’orientation au service du développement de l’ESS. L’État peut aussi permettre aux Sociétés Coopératives d’Intérêt Collectif (SCIC) d’être éligibles au mécénat, et enfin reconnaître leurs contributions au développement des filières de l’ESS.
N’opposons pas financements privés et financement publics de l’ESS, au contraire : c’est en recréant un lien privilégié entre le privé et le public, entre les entreprises « traditionnelles » et celles de l’ESS, que nous pourrons continuer à développer ensemble ce pôle vertueux de notre économie, engagé pour le service public.
L’ESS n’est pas une charge : c’est un investissement social rentable, un amortisseur de crise, un levier de relance. En amputant ses ressources, c’est l’avenir de notre économie que nous compromettons. Il est grand temps d’inverser la tendance ; nous avons les moyens individuels et collectifs de le faire. C’est par nos choix quae nous ferons sens.
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(*) Adrien Couret est diplômé d’HEC Paris, du Centre d'Études Actuarielles (CEA) et membre de l’Institut des Actuaires. Il rejoint la mutuelle d’assurance Macif en 2008. En 2013, il est nommé directeur de la coordination stratégique et du cabinet du directeur général du groupe. Deux ans plus tard, il est nommé directeur général délégué stratégie, transformation et performances, au moment où la Macif entame son plan de redressement stratégique. Il devient, en 2018, directeur général délégué en charge des métiers assurances de personnes du groupe Macif (Santé/Prévoyance et Finance/Épargne). En 2019, il est nommé directeur général du groupe Macif et prend la Présidence d’Ofi Asset Management en 2020. Depuis 2021, il est nommé directeur général d’Aéma Groupe, acteur majeur de la protection en France, qui regroupe les marques Macif, AÉSIO mutuelle, Abeille Assurances et Ofi Invest. Le groupe réalise 16,1 milliards d’euros de chiffre d'affaires et protège plus de 12 millions de Français. Adrien Couret est par ailleurs vice-président de l’Association des Assureurs Mutualistes (AAM). Il est également l’auteur de l’ouvrage « Tous sociétaires ! », paru en 2022, proposant le mutualisme comme modèle pour la société du XXIe siècle.
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