OPINION. « La chirurgie robot-assistée, un investissement "rentable" pour l’assurance maladie»
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Grégoire Robert et Franck Bladou
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Grégoire Robert et Franck Bladou
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Par Pr Grégoire Robert, Chef de service en Urologie, andrologie et transplantation rénale (CHU de Bordeaux) et Pr Franck Bladou, Responsable de l’activité d’Onco-Urologie (CHU de Bordeaux)
Le patient doit être placé au cœur des préoccupations de notre système de santé. Dans un contexte où l’on cherche à concilier qualité des soins, innovation technologique et soutenabilité financière, pourquoi ne pas mieux reconnaitre et financer une technique chirurgicale qui soigne mieux, tout en générant des économies sur le long terme ?
Depuis plus de trente ans, la chirurgie robot-assistée transforme la prise en charge de nombreux cancers. Plus précise, moins invasive, elle réduit les complications, accélère la récupération et préserve la qualité de vie des patients. Pourtant, malgré des résultats cliniques convaincants, cette innovation reste à la marge du financement public, son surcoût étant encore, pour l’essentiel, supporté par les établissements de santé.
Un appel à projets du ministère de la santé a permis à une équipe de recherche bordelaise de conduire un programme de recherche médico-économique ambitieux sur la chirurgie robotique dans le cancer de la prostate (programme ECOREPAR). En analysant les données anonymisées de remboursement de l’assurance maladie, plus de 10 000 patients opérés par robotique ont été comparés à près de 36 000 patients traités par laparoscopie ou chirurgie ouverte. Ces patients ont été suivis pendant 8 ans pour évaluer l’impact réel de cette technologie sur leur survie, les complications et les coûts induits pour l’assurance maladie.
Les résultats sont sans appel. La chirurgie robotique est associée à une réduction du taux de décès à huit ans (-1,5 % par rapport à la chirurgie ouverte et -1,6 % par rapport à la laparoscopie). Elle permet également des hospitalisations plus courtes (jusqu’à trois jours de moins), moins de complications urinaires et sexuelles, et, fait notable, des économies pour l’assurance maladie en comparaison à la chirurgie ouverte.
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Ces résultats, très robustes, sont issus du « soin courant », c’est-à-dire sans sélection préalable des chirurgiens ni des patients. Ils représentent une évaluation en « vie réelle » de l’intérêt de la chirurgie robot-assistée pour les patients et pour la collectivité. Pourtant, ils n’ont pas suffi à ouvrir les discussions tant attendues sur son mode de financement. Les établissements de santé continuent donc d’assumer seuls la majeure partie du coût des robots, de leurs consommables et de leur maintenance.
Si la question des tarifs pratiqués par les industriels mérite également d’être posée, l’absence de reconnaissance financière de la chirurgie robotique a aujourd’hui des effets délétères : elle freine la diffusion d’une technologie bénéfique, fragilise les équilibres financiers des hôpitaux publics et conduit certains établissements privés à demander des redevances chirurgicales majorées, créant de fait des inégalités territoriales et financières d’accès aux soins.
Outre le fait que le progrès médical n’a de sens que s’il est partagé, la chirurgie robot-assistée doit permettre à la France de continuer à développer un savoir-faire de pointe, offrant des vertus d’un point de vue médical autant qu’au regard des dépenses économisées, par rapport à l’ensemble des surcoûts liés à des modes d’intervention dépassés. Un tel progrès mérite un investissement de la collectivité nationale au travers d’une prise en charge de l’assurance maladie, parce qu’elle est garante d’une égalité d’accès aux technologies chirurgicales de pointe, d’une meilleure performance médicale et d’économies substantielles réalisées à moyen et long terme.
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