OPINION. « Les marchés européens ont définitivement tourné la page de la crise des dettes souveraines »
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Jean-Baptiste Pethe
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Par Jean-Baptiste Pethe, chef économiste chez AG2R LA MONDIALE (*)
La crise des dettes publiques a débuté en 2011. Les marchés ont alors pris conscience des déséquilibres favorisés par l’introduction de l’euro douze ans plus tôt. Le coût de financement des pays dits « périphériques » a explosé. Même après la détente qui suit le « whatever it takes » de Mario Draghi, les marchés financiers ont continué de faire payer une prime de risque aux pays périphériques. Jusqu’à l’automne 2025, un pays comme l’Italie payait un « spread » au-dessus du taux de référence allemand plus que proportionnel à son niveau d’endettement. Cette situation vient de prendre fin. Aujourd’hui, le « spread » italien est redescendu autour de 0,6 % sur une obligation de 10 ans de maturité. C’est un peu plus que les autres pays moins endettés, ce qui est logique, mais il n’y a plus de pénalité supplémentaire. (Le spread obligataire, ou écart de taux, mesure la différence de rendement entre deux obligations de même échéance, reflétant la prime de risque exigée par les investisseurs).
En d’autres termes, le marché fait beaucoup moins la distinction entre des pays « périphériques » par nature très risqués et des pays « cœur » de la zone euro qui le seraient beaucoup moins.
Cette nouvelle configuration est sans doute durable. Les pays « périphériques » ont fait beaucoup d’effort pour restaurer leur compétitivité et assainir leurs finances publiques, au prix parfois d’une austérité brutale. Le plan de relance européen, mis en place au moment de la pandémie, a parachevé la convergence économique des pays méditerranéens. De leur côté, les pays « cœur » de la zone euro ont connu des performances économiques plus difficiles. L’Allemagne a vu sa production domestique stagner depuis 2019. Son ratio d’endettement public va nettement augmenter dans les prochaines années en raison de son plan de relance. Même la Finlande, l’Autriche ou la Belgique ont également des trajectoires d’endettement orientées à hausse.
Quelles conséquences peut-on en tirer pour la France ? Le pays s’endette désormais à des niveaux similaires à ceux de l’Italie. Les marchés ont donc intégré une convergence des niveaux de dettes de ces pays, autour de 130 % de PIB. Mais le coût de financement n’est pas particulièrement prohibitif et donne du temps à la France pour assainir ses finances publiques.
Deux scénarios se dégagent pour la prochaine mandature. Dans le premier, le gouvernement annonce un plan de consolidation budgétaire crédible. Les marchés anticipent une dérive moins forte de l’endettement public, le « spread obligataire » se réduit à 50 pb, voire moins. C’est bon pour la confiance et permet de compenser l’impact récessif de la consolidation budgétaire. Dans le second, le gouvernement ne stabilise pas l’endettement. La prime de risque sur les marchés augmente modérément. Mais au prochain retournement de cycle, à la prochaine crise de liquidité sur les marchés, la France pourrait être pointée du doigt et voir son coût de financement monter en flèche. L’austérité nécessaire pour restaurer la confiance serait plus forte que dans le premier scénario.
Le meilleur moment pour réparer sa toiture, c’est lorsque le soleil brille. Cette citation de John F. Kennedy ne s’applique que trop bien à la France d’aujourd’hui.
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(*) Jean-Baptiste Pethe est chef économiste du Groupe AG2R LA MONDIALE. Anciennement économiste de marché au sein de la banque d’affaires de BNP Paribas, il enseigne la macroéconomie appliquée à l'Université Paris-Dauphine et à Sciences Po Paris ; il est par ailleurs membre du think tank L’éco à venir.
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