OPINION. « Energie nucléaire et data center IA... même combat »
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Xavier Dalloz
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Par Xavier Dalloz, Président de XD Consulting (*)
Pourquoi les nucléaire est incontournable ? parce qu’un datacenter d’IA ne tolère ni l’intermittence ni l’incertitude. Or, aussi vertueuses soient-elles, les énergies renouvelables ne garantissent pas une alimentation stable, continue et prévisible. Dans ce contexte, le nucléaire s’impose comme la seule source capable, dès aujourd’hui, d’assurer une fourniture d’énergie fiable, massive et ininterrompue — condition indispensable à la continuité du traitement algorithmique à grande échelle.
L’uranium, à ce titre, n’est pas une matière première comme les autres. Sa densité énergétique défie toute comparaison : un fragment de la taille d’un grain de haricot libère autant d’énergie qu’une tonne de charbon. Dix mille tonnes suffiraient à constituer des réserves stratégiques pour plusieurs décennies, tenant dans l’équivalent d’un demi-terrain de football réparti sur trois niveaux.
Mais il y a un frein : le ticket d’entrée de cette nouvelle ère énergétique. D’après Larry Ellison (Oracle), il s’élève à près de 100 milliards de dollars. Par ailleurs, les États-Unis prolongent la durée de vie de leurs réacteurs et envisagent des redémarrages et la Chine, de son côté, construit huit à dix réacteurs par an. De plus, un troisième acteur émerge : les hyperscalers. Le nucléaire est stratégie pour les hyperscalers par ce que leur consommation n’est pas un externalité, c’est le cœur de leur modèle économique. Une heure d’arrêt se chiffre en centaines de millions de dollars de pertes d’opportunités et de dégradation de service. Pour eux, le nucléaire devient une assurance énergétique.
Notons aussi que les modèles d’IA accélèrent la découverte de matériaux résistants à la corrosion des sels fondus, optimisent les procédés d’extraction et de fabrication, et permettent de lever des verrous technologiques et économiques. Par exemple, Google DeepMind a annoncé un partenariat majeur avec Commonwealth Fusion Systems pour simuler le comportement du plasma dans un tokamak, illustrant de manière frappante le rôle clé de l’IA dans l’accélération de la R&D nucléaire, qu’il s’agisse de fission ou de fusion.
Si l’Europe veut peser dans la bataille mondiale de l’IA, elle doit donc au plus vite reconnecter puissance de calcul et puissance énergétique. Autrement dit, assumer le retour du nucléaire comme pilier stratégique, en l’articulant à un programme massif de relocalisation industrielle numérique : data centers souverains, clouds nationaux, calculs haute performance et formation d’ingénieurs en IA et en énergie. L’enjeu dépasse la technologie : il s’agit d’une question de civilisation. Celui qui contrôle l’énergie du calcul contrôle la vitesse de l’innovation, la capacité d’entraînement économique et, in fine, l’indépendance politique.
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Dans ce contexte, les Small Modular Reactors (SMR) vont s’imposer. Ils offrent en effet un déploiement plus rapide et modulaire, au plus près des centres de charge. Interconnectés, ils forment de véritables micro-réseaux dédiés. Les premiers projets commerciaux sont attendus à l’horizon 2030, avec la volonté de réduire la dépendance à la Russie pour le HALEU.
Une approche très intéressante est celle de l’entreprise française Stellaria qui explore la voie des réacteurs à neutrons rapides utilisant des sels fondus, particulièrement adaptés aux besoins des datacenters d’IA. Fonctionnant à haute température, ces réacteurs promettent un meilleur rendement, une flexibilité de combustible (thorium, uranium recyclé ou appauvri, plutonium) et des mécanismes de sûreté intrinsèques : en cas d’incident, le combustible liquide se solidifie, limitant les risques. Déployables à proximité des hyperscalers, ils visent un horizon commercial de 20 à 30 ans, en alignant résilience énergétique, performance technologique et objectifs environnementaux.
Longtemps considéré comme une énergie du passé, le nucléaire retrouve donc aujourd’hui son statut de technologie moderne, propre et stratégique. Par exemple, en août 2025, le leader mondial des datacenters, Equinix, a annoncé des accords d’achat d’électricité avec des développeurs de SMR. Parallèlement, Sam Altman soutient activement Oklo et a favorisé un rapprochement avec le franco-italien Newcleo autour de projets de combustible, pour un investissement annoncé de 2 milliards de dollars.
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(*) Xavier Dalloz dirige depuis plus de trente ans le cabinet Xavier Dalloz Consulting (XDC), spécialisé dans le conseil stratégique sur l'intégration des technologies émergentes afin d'offrir aux entreprises un véritable avantage concurrentiel. Il est également directeur de la communication de la CMAI, la plus grande association professionnelle du numérique en Inde, qui regroupe plus de 48 500 membres. Engagé de longue date dans la promotion internationale de l'innovation, il a co-organisé le World Electronics Forum (WEF) à Angers (2017), Grenoble (2022) et Rabat (2024). À la demande de la CTA, il a aussi présenté et animé le WEF lors du CES 2023 à Las Vegas.
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