OPINION. « Révélations sur les ovnis, détournement de l’attention : pourquoi Trump pourrait gagner le pari des Midterms »
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Raoul Kubler
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Par Raoul Kubler, professeur à l’ESSEC
La ficelle peut sembler grosse. Pourtant, aussi étonnant que cela paraisse, le président des Etats-Unis pourrait bien rétablir sa position avant l’échéance des Midterms, grâce à cette manœuvre.
Il tire parti de la crédulité croissante des Américains : 56 % d’entre eux pensent aujourd’hui que des extraterrestres ont déjà visité la Terre alors même qu’en 1996, ils n’étaient que 20% à croire à l’existence de ces extraterrestres.
Cette crédulité explique sans doute que plus de 340 millions de personnes ont visité le site du Pentagone dans les cinq jours qui ont suivi la publication des documents sur les ovnis.
Mais cela va plus loin. Un citoyen américain sur quatre croit également que le gouvernement américain a acquis des technologies extraterrestres et les cache dans des bases secrètes telles que la Zone 51. Les théories conspirationnistes prolifèrent autour de cette idée, évoquant des collaborations secrètes entre une élite humaine et des Aliens.
Pour Donald Trump ces croyances qui semblent folles sont en réalité un levier précieux pour renforcer ses liens avec ses anciens partisans MAGA devenus de plus en plus critiques à son égard depuis le début du conflit iranien mais toujours sensibles aux rumeurs complotistes.
Les révélations sur les extra-terrestres et leur collaboration avec l’Etat profond suscitent en effet des vagues impressionnantes de commentaires, boostent ainsi la conversation en ligne, font chauffer les esprits, et contribuent à l’augmentation du nombre de fake news en circulation.
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Nos recherches [1], basées sur une analyse de plus de 450 millions de tweets, mettent en évidence le phénomène précis à l’œuvre : une croissance du volume de tweets sur une théorie du complot donnée entraîne une hausse significative des messages parlant de récits conspirationnistes totalement différents. Nous avons ainsi pu démontrer que lorsque Donald Trump évoque l’élection prétendument volée de 2020, le nombre de tweets sur une supposée conspiration des médias et des entreprises de la Tech augmente de 5 %. Cela déclenche à son tour une hausse de 15 % des tweets concernant le « Deep State » (l'État profond). Dans l'étape suivante, l'augmentation de cette désinformation sur l'État profond entraîne une hausse de 10 % des tweets sur l'implication d'élites prétendument pédophiles. Peu importe le maillon par lequel débute la chaîne : dès qu'une théorie du complot particulière suscite de l’attention, elle déclenche une avalanche dynamique qui alimente inévitablement d'autres récits – érodant ainsi systématiquement, et en l'espace de quelques jours, la confiance globale dans le système démocratique.
Donald Trump sait pertinemment que la publication des dossiers sur les extraterrestres peut déclencher une telle réaction en chaîne, en affolant les esprits, en nourrissant la paranoïa, en particulier au sein de la frange la plus radicale des Républicains, ce qui lui permettrait de se positionner comme il l’a fait dans le passé, en tant que sauveur, chevalier blanc, seul à lutter contre les élites corrompues qui complotent aux dépens des braves gens.
En publiant les dossiers extraterrestres dès maintenant, Trump tente de lancer ce carrousel dynamique et d'augmenter, avec un peu de chance, les bavardages conspirationnistes sur des sujets sur lesquels il pourra s’appuyer, afin de pouvoir attribuer l’inflation à des cabales secrètes qu’il aura loisir de pointer du doigt et dénoncer.
Nous avons établi que de tels discours conspirationnistes affectent les préférences de vote et les décisions électorales. Ils ont aidé Donald Trump à s'emparer de la Maison Blanche en 2016 et 2024 [2].
Étant donné le manque actuel de soutien de la base Maga et les mauvais sondages causés par le conflit iranien et l'inflation qui en résulte, jouer la carte extraterrestre pour accroître la circulation de fausses nouvelles ne semble en réalité pas si fou que cela
On peut craindre d’ailleurs que certains candidats aux futures élections présidentielles françaises ne s’inspirent des pratiques de Trump, commençant dans les prochains mois à nourrir volontairement des rumeurs plus ou moins délirantes afin de faire monter les tensions.
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(1) Kübler, R., Manke, K., and Pauwels, K. (2025): Tuning into the Hateverse - The Dynamics between Conspiracy Theories, Hate Speech, and Offensive Language Usage - Proceedings of the Academy of Marketing World Marketing Congress, Dijon
(2) Kübler, R. V., Manke, K., & Pauwels, K. (2025). I like, I share, I vote: Mapping the dynamic system of political marketing. Journal of Business Research.
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