OPINION. « Entre incertitudes géopolitiques et opportunités : comment les PME peuvent s’imposer à l’international ? »
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Romain Nocente
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Par Romain Nocente, Analyste Marché chez Groupe SVP (*)
L'internationalisation des petites et moyennes entreprises (PME) françaises est mise à rude épreuve par un contexte géopolitique et économique de plus en plus tendu.
Le climat international pèse lourdement : 42 % des PME anticipent un impact négatif des tensions géopolitiques sur leurs exportations. La guerre en Ukraine, avec la hausse des coûts de l'énergie et des matières premières, combinée aux politiques commerciales protectionnistes, notamment les droits de douane américains sur les produits européens (taux plancher de 15 % sur la quasi-totalité des produits européens, voire 25% sur l’acier), renforcent cette incertitude et la compétitivité accrue sur les marchés mondiaux.
À cette toile de fond déjà complexe s'ajoute désormais une forte instabilité politique en France. La démission soudaine du Premier ministre Sébastien Lecornu a immédiatement provoqué une chute de la Bourse de Paris (-1,3%), envoyant un signal de défiance des marchés et plongeant les acteurs économiques dans l'expectative. Cette situation exacerbe la frilosité des investisseurs et peut fragiliser les carnets de commandes internationaux, les partenaires étrangers percevant un risque accru.
En parallèle, une compétitivité internationale accrue, portée par de nouveaux acteurs et des politiques de soutien étatiques agressives, rend l'environnement encore plus hostile pour les entreprises françaises.
À ces défis externes s'ajoutent des faiblesses structurelles propres aux PME françaises. Beaucoup souffrent d'une compétitivité de l'offre insuffisante (manque de ressources humaines et financières spécialisées), ce qui se traduit par un déficit commercial persistant.
Face à un marché français dont l’activité est en dent de scie (emploi et PIB en légère progression, inflation en baisse, avec pourtant une consommation en berne combinée aux incertitudes politiques désormais critiques), l'internationalisation n'est plus une simple opportunité mais une véritable nécessité stratégique pour les PME françaises.
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Les chiffres témoignent de cette prise de conscience : 26 % des PME françaises ambitionnent de se lancer ou de renforcer leur présence à l'export en 2025. Ce chiffre pourrait même augmenter, la crise politique actuelle démontrant le danger de dépendre exclusivement d'un marché domestique exposé à de telles secousses. Cette volonté s'accompagne d'une diversification géographique accrue, avec un intérêt marqué pour l'Amérique du Nord et l'Afrique, afin de réduire leur dépendance à un marché européen moins dynamique.
Cette orientation vers le grand export est un puissant levier de croissance et un gage de performance. Les entreprises qui ont déjà franchi le pas en témoignent massivement. En effet, une écrasante majorité d’entreprises (93 % des sociétés exportatrices) considère que l'internationalisation a un impact positif direct sur leur chiffre d’affaires. L'export permet non seulement de conquérir de nouveaux marchés et d'élargir sa base de clientèle, mais il stimule également l'innovation et la compétitivité de l'entreprise.
Au-delà du simple développement commercial, s'internationaliser est un facteur clé de résilience. Les PME qui réalisent plus de 25 % de leur chiffre d’affaires à l’étranger démontrent une solidité et une capacité d'adaptation supérieures face aux chocs conjoncturels. La diversification des marchés permet de mutualiser les risques : un ralentissement sur une zone géographique peut être compensé par la croissance sur une autre. Cette solidité financière et stratégique fait de l'export une assurance pour la pérennité et la croissance future des PME françaises.
La réussite d’une PME française sur le marché international nécessite la mise en place d’une stratégie précise. Plusieurs axes stratégiques sont à déterminer pour pérenniser sa présence sur les marchés étrangers.
Tout d'abord, la diversification des marchés est essentielle. S'appuyer sur plusieurs zones géographiques permet de limiter les risques liés à l'instabilité économique ou politique d'un seul marché. Il s'agit d'identifier des destinations à fort potentiel, y compris en dehors des partenaires traditionnels, pour assurer une croissance stable et résiliente.
Ensuite, il est crucial de bien structurer sa démarche en s'appuyant sur l'accompagnement existant. Des organismes comme les Chambres de Commerce et d'Industrie (CCI) ou la Team France Export (qui réunit Business France, les CCI et Bpifrance) offrent un soutien précieux : informations sur les marchés, aide au financement, mise en relation avec des partenaires locaux... Ces appuis permettent de sécuriser le projet et d'accélérer son développement.
L'adoption de stratégies sur-mesure est également une condition sine qua non du succès. Une approche standardisée est vouée à l'échec. Il est impératif de personnaliser son approche commerciale et marketing, en l'adaptant aux spécificités culturelles et aux cadres juridiques locaux. Cela passe souvent par le recrutement de profils expérimentés connaissant parfaitement les marchés cibles.
Enfin, les entreprises doivent aujourd'hui utiliser des thématiques porteuses, telles que la décarbonation et le digital, comme leviers de compétitivité. Proposer des produits ou services à faible empreinte carbone répond à une demande mondiale croissante et peut devenir un avantage concurrentiel majeur. Parallèlement, la maîtrise des outils numériques (e-commerce, marketing digital) est indispensable pour prospecter efficacement, se faire connaître et gérer ses opérations à distance, optimisant ainsi les coûts et l'efficacité.
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Sources :
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(*) Romain Nocente est diplômé de l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS SUP’). Depuis 2022, il exerce au sein de SVP en tant qu’Analyste marché et matières premières, où il opère à l’intersection de la géopolitique, de l’économie et de la logistique pour anticiper les dynamiques globales des matières premières, identifier les risques de marché, et conseiller les prises de décision stratégique.
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