OPINION. « Le local, un enjeu stratégique pour l’avenir de la démocratie »
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Dylan Buffinton
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Par Dylan Buffinton, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès (*)
La dernière étude Fractures françaises (Fondation Jean-Jaurès / Ipsos, octobre 2025) met en lumière une crise politique profonde : 81 % des Français estiment que la démocratie fonctionne mal. Les niveaux de confiance envers le Président de la République (22%), les partis politiques (10%) et les députés (20%) n’ont jamais été aussi bas.
Mais 68 % continuent de faire confiance à leur maire, seul responsable politique à susciter encore une majorité d’adhésion.
Cette confiance envers le local dépasse d’ailleurs nos frontières. À New York, l’élection de Zohran Mamdani incarne ce renouveau démocratique : sa campagne centrée sur le coût de la vie a séduit une population lassée par la polarisation et la déconnexion des élites. Face à un État fédéral paralysé, les New-Yorkais ont choisi un maire de terrain. C’est dire à quel point le maire reste, pour beaucoup, le visage de la proximité et de la capacité d’agir, tout ce que la politique nationale peine à incarner.
Et pourtant, à quelques mois des élections municipales, le débat public continue de s’épuiser dans les controverses parlementaires, les tensions partisanes et les multiples affaires qui saturent l’espace médiatique. On ne parle pas des élections, ou alors sous l’angle réducteur des batailles de personnes dans quelques grandes villes. Mais, cette discrétion médiatique n’est pas anodine.
En remplaçant les débats concrets qui intéressent encore les Français ; ceux du quotidien, du logement, des transports, du vivre-ensemble ; par les effets de théâtre de la politique nationale, nous prenons le risque d’achever la déconnexion entre le peuple et ceux qui représentent. Nous renforçons cette impression de “tous pourris” qui nourrit la colère, l’abstention, et demain peut-être la sécession civique.
Mais nous risquons aussi de décourager les dernières vocations politiques locales, alors même que le nombre de candidats à ces fonctions ne cesse de diminuer. Souvent épuisés par la complexité du mandat, ils pourraient demain renoncer, faute de reconnaissance, de considération ou simplement de sens donné à leur engagement.
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Or les défis à venir seront d’abord locaux, avant peut-être même d’être nationaux.
Et c’est une chance car c’est là que la confiance résiste encore. Certes, certains enjeux relèvent du global (diplomatie, atténuation du désordre climatique…), une grande partie des transformations à venir se jouera dans la vie quotidienne, à l’échelle des territoires.
L’adaptation au dérèglement climatique, aux crises énergétiques ou sanitaires ne pourra se concevoir qu’à l’échelle des territoires, capables d’expérimenter, d’ajuster et de mobiliser des acteurs très divers autour de solutions concrètes.
La question des mobilités, devenue symbole des fractures françaises, devra, elle aussi, se reconstruire localement.
Quant au vivre-ensemble, il ne se décrète pas ; il se cultive. Il suppose de renouer avec les logiques de proximité, de restaurer la confiance, de prévenir les tensions sociales et de retisser les liens fragilisés par la polarisation et l’isolement.
Enfin, le vieillissement de la population constituera un test de notre capacité à penser la solidarité au niveau local : adapter les logements, repenser les services, mobiliser les réseaux d’entraide.
Dans un monde fragmenté et incertain, la réponse aux crises à venir devra conjuguer volontarisme politique et intelligence territoriale. C’est à cette échelle que peut renaître la confiance, car c’est là que la démocratie s’incarne dans la réalité vécue.
À quelques mois des élections municipales, il est urgent de rouvrir cette séquence.
Parlons des territoires, de leur rôle stratégique, de leur capacité d’innovation, de leur résilience. Alors que le gouvernement s’apprête à proposer un projet de décentralisation, allons-y franchement : redonnons aux territoires le pouvoir d’agir. Car c’est là, dans la proximité, que la démocratie peut se réinventer.
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(*) Dylan Buffinton est une figure montante de la prospective en France. Expert associé à la Fondation Jean-Jaurès, il est l’auteur d’études sur l’avenir de la société française, dont France 2040 : Explorer les scénarios possibles (2024) et Métropoles et Grandes Villes en 2045 (2025). Il a fondé et dirige Jiminy Advisory, où il aide entreprises et décideurs politiques à anticiper les grandes transformations. Conférencier et intervenant dans divers cercles d’influence, il rejoint une nouvelle génération de penseurs de l’avenir, alliant idées et action.
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