OPINION. «Énergie : la longue quête de souveraineté française depuis 1973 »
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Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière
53 ans de chocs énergétiques. La France a connu un choc profond avec la crise pétrolière des années 1970. La dépendance au pétrole a révélé une grande vulnérabilité. Les ruptures d’approvisionnement ont provoqué pénuries et inflation. L’État a réagi en choisissant la voie du nucléaire pour sécuriser l’approvisionnement. Des politiques d’économie d’énergie ont été mises en place. Les industries et les ménages ont dû s’adapter. La leçon a été claire : diversifier les sources et renforcer l’autonomie énergétique.
La pandémie de Covid a ensuite bouleversé la demande mondiale d’énergie. La chute brutale de la consommation a fragilisé les investissements et perturbé les chaînes d’approvisionnement. À la reprise, la demande a rebondi plus vite que l’offre. Puis la crise de la guerre en Ukraine en 2022 a aggravé la situation. La réduction des flux de gaz et l’usage du gaz comme levier géopolitique ont mis l’Europe sous pression, obligeant la France à accélérer ses stratégies de résilience : diversification des approvisionnements, renforcement des stocks, soutien au nucléaire et développement des renouvelables. Ces choix montrent que la sécurité énergétique repose autant sur la diversification que sur la capacité à anticiper les chocs.
Tout au long de son histoire, la France a été dépendante de pays contrôlant des ressources énergétiques clés. Dans les années 1970, le pétrole dominait et la guerre du Kippour a montré la fragilité de cette dépendance, poussant à chercher des alternatives. Depuis, la diversification entre pétrole et gaz a été une constante, jusqu’à ce que la crise énergétique de 2022 révèle une nouvelle vulnérabilité liée au gaz russe. Aujourd’hui, la transition énergétique française est étroitement liée à l’accès aux matières premières critiques et aux technologies avancées. L'uranium, le lithium, le cobalt et le nickel sont indispensables à l'énergie nucléaire et aux renouvelables, aux véhicules électriques et au stockage, mais leur approvisionnement reste concentré dans quelques pays. Les semi‑conducteurs et l’intelligence artificielle sont aussi essentiels pour optimiser les réseaux et améliorer l’efficacité. La France n'a pas retenu la leçon de l’histoire : se préparer à la prochaine crise, diversifier les sources, mais aussi renforcer l’autonomie technologique et les infrastructures stratégiques.
Une nouvelle guerre, une nouvelle crise énergétique. La guerre au Moyen-Orient et la crise énergétique actuelle est un choc global qui tient à la fois à la réduction soudaine de l’offre et à la concentration des approvisionnements. Les tensions géopolitiques ont fragilisé des flux essentiels de pétrole et de gaz, créant un déficit d’approvisionnement d’une ampleur inédite. Les prix ont flambé, les marchés ont vacillé et les chaînes logistiques ont montré leur fragilité. Ce choc met en lumière la vulnérabilité des économies dépendantes d’importations énergétiques et la difficulté à compenser rapidement une baisse d’offre par des capacités alternatives. Les conséquences sont multiples : pression sur les ménages et les entreprises, risques de rationnement localisé, et accélération des arbitrages politiques entre court terme (sécuriser l’approvisionnement) et long terme (accélérer la transition bas‑carbone).
La crise énergétique actuelle complique fortement la coordination entre politique budgétaire et politique monétaire. D'après le FMI, la crise énergétique met en tension les instruments macroéconomiques. Les chocs d’offre liés aux ruptures d’approvisionnement et aux tensions géopolitiques provoquent une inflation qui nécessite une réponse monétaire stricte. Dans le même temps, la hausse des coûts énergétiques et des mesures d’urgence pèse sur les finances publiques, appelant à des soutiens budgétaires. Ce double impératif crée un conflit classique mais amplifié. Si la banque centrale relève les taux pour contenir l’inflation, le coût réel de la dette augmente et la trajectoire budgétaire se détériore. Si le gouvernement augmente les dépenses pour protéger ménages et entreprises, il fragilise la crédibilité fiscale et complique la lutte contre l’inflation. À cela s’ajoutent la fragmentation géopolitique et la concentration des risques d’approvisionnement. Ils rendent les chocs plus fréquents et plus imprévisibles, réduisant l’espace de manœuvre pour une coordination efficace. Le FMI souligne aussi que, dans ce contexte, la tentation d’instrumentaliser la politique monétaire pour alléger le fardeau de la dette peut menacer l’indépendance des banques centrales et la stabilité macroéconomique. Pour le FMI, la gestion de la crise exige des compromis temporaires, d'accepter une inflation modérément plus élevée pour préserver la soutenabilité de la dette. Il faut renforcer la coopération internationale et les filets institutionnels pour limiter les perturbations futures. Mais cette approche est-elle toujours fondée ?
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Énergie et autonomie. Renouvelables d’abord, hydrogène ensuite : sortir du tout‑nucléaire. Prioriser l’accélération des renouvelables et cibler l’hydrogène décarboné doit devenir l’axe central de la stratégie énergétique française. Déployer massivement solaire, éolien et hydro, renforcer réseaux et stockage, puis produire de l’hydrogène par électrolyse avec une électricité bas‑carbone permettrait d’alimenter des turbines H2 pour la flexibilité et les usages lourds. Le nucléaire, coûteux, long à construire et dépendant de chaînes d’approvisionnement sensibles, pèse sur les finances et retarde la transition. Miser sur les énergies renouvelables et l’hydrogène exige financement public‑privé accessible, filières industrielles locales, simplification réglementaire et formation : une voie plus rapide, moins risquée et créatrice d’emplois pour garantir l’autonomie énergétique.
Crise énergétique, inflation et chômage. Limiter les dégâts sur l’emploi. La lutte contre l’inflation impose des choix durs. Les banques centrales relèvent les taux pour freiner les prix. Ce resserrement pèse sur l’activité. Les autorités monétaires acceptent parfois une hausse du chômage pour ramener l’inflation vers 2%. Les économistes parlent d’effets d’hystérèses. En Europe, une fois que le chômage s’installe, il perdure en France. Les personnes peu qualifiées sont les premières touchées. Les emplois précaires servent de variable d’ajustement. Pour les ménages modestes, l’effet cumulé de l’inflation et du chômage est doublement nocif. Les prix de l’énergie et de l’alimentation pèsent plus lourd dans leur budget. Ainsi, un arbitrage monétaire trop brutal peut réduire l’inflation mais aggraver la pauvreté et freiner la reprise. Avec 7,9% du taux du chômage fin 2025 et l'IA qui menace 5 millions de salariés en France. Pour libérer la France du chômage, il faut changer de paradigme : transférer tous les financements aux régions, mobiliser l’épargne locale via des livrets réglementés en monnaie tokenisée adossée à l’euro, et soutenir les filières d’avenir.
Crise énergétique, inflation et croissance. Promouvoir la richesse de la France avec forte croissance productive, des investissements durables et une inflation maitrisée. La croissance peut se conjuguer avec la stabilité des prix si la capacité productive augmente au même rythme que la demande. Investir dans les infrastructures supprime les goulets d’étranglement qui font monter les coûts. Former et mobiliser la main‑d’œuvre élargit l’offre de travail et réduit la pression salariale excessive. L’adoption rapide de technologies et de meilleures pratiques élève la productivité et abaisse le coût unitaire de production. Diversifier les approvisionnements énergétiques et développer le stockage stabilise les prix importés et limite les chocs externes. Financer l’investissement par l’épargne nationale orientée vers des projets productifs évite la création monétaire excessive et la surchauffe des actifs. Des livrets réglementés dédiés à l’innovation et à la transition peuvent canaliser l’épargne des ménages vers des investissements utiles, tout en offrant sécurité et rendement modéré. Les politiques publiques doivent cibler l’offre sans aides gratuites aux entreprises : rénovation énergétique, transports, numérique, logistique et industries stratégiques. Les mesures d’accompagnement social et de formation doivent réduire les frictions sur le marché du travail et accélérer la reconversion. Il faut aussi veiller au bon ciblage des dépenses publiques pour éviter la dette improductive. Les gains d’offre prennent du temps ; la patience et la cohérence sont nécessaires. Les risques persistent : dépendances aux matières premières, contraintes internationales et délais technologiques peuvent limiter l’effet immédiat. Mais une stratégie combinant investissements productifs, capital humain et financement souverain de l’innovation offre la meilleure chance d’obtenir une croissance soutenue sans inflation galopante. En clair : produire plus et mieux, financer intelligemment, former massivement et laisser la politique monétaire jouer son rôle pour contenir les excès de demande ponctuels.
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