OPINION. « Promouvoir la richesse de la France : forte croissance productive, investissements durables, inflation maitrisée »
latribune.fr

Gabriel Gaspard
DR
latribune.fr

Gabriel Gaspard
DR
Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière
La dette publique française, en % du PIB, a fortement augmenté depuis 2019 et peut encore croître si le déficit n’est pas réduit. L’idée d’eurobonds, qui mutualisent la dette des 27 États, revient sur la table. Atouts : créer un actif liquide, renforcer l’euro et offrir des taux plus bas aux pays endettés grâce à la garantie des États rigoureux. Mais cette option heurte les contraintes macroéconomiques françaises. Il reste à trouver une croissance productive et durable sans relancer l’inflation ni creuser l’endettement extérieur.
La position de la France. Le chômage reste élevé. Les accords européens de libre-échange et le dumping chinois freinent la hausse des prix des matières premières et des produits manufacturés. Les Français consomment moins et leur épargne atteint un niveau record. L’euro est fort face au dollar. Il ne reste donc que le risque d’inflation lié à une création monétaire excessive. La France ne suit pas la bonne voie. Sa stratégie risque d’être fortement inflationniste. Elle mise sur une politique de l’offre ambitieuse, mais sans cibler des investissements de haute qualité. Les financements proviennent d’emprunts européens ou des obligations émises par la France, passés exclusivement par le marché financier. Les taux des OAT (obligations assimilables du Trésor) restent élevés. Jusqu’ici, la politique de l’offre a échoué. Dans la zone euro, la France n'a plus de leviers monétaires pour ajuster les taux d’intérêt ou change. Elle répond donc par des réformes structurelles : plus de flexibilité du travail, libéralisation des marchés et compression des dépenses publiques. Il faut repenser les priorités et restaurer une politique monétaire crédible.
L’inflation désigne une hausse généralisée et durable des prix. Elle réduit le pouvoir d’achat de la monnaie. Autrement dit, avec la même somme, on achète moins qu’avant. Quatre facteurs expliquent le plus souvent ce phénomène.
Un : l’inflation par les coûts. Quand les matières premières se renchérissent, les coûts de production augmentent. Quand le chômage est faible, les salaires montent pour attirer des employés. Les entreprises répercutent ces coûts sur les prix pour préserver leurs marges. Si les salaires sont indexés, la hausse des prix alimente une nouvelle hausse des salaires. Un cercle vicieux peut alors s’installer.
Deux : l’inflation par la demande. Quand la demande dépasse l’offre disponible, les prix grimpent. Les entreprises investissent et embauchent, ce qui stimule encore la demande. Tant que la production ne rattrape pas la demande, la hausse des prix se poursuit. Ce scénario survient souvent lors d’une sortie de récession ou d’une reprise hésitante.
L’actualité qui compte pour vous, chaque jour dans votre boîte mail.

Trois : l’inflation importée. Si la monnaie se déprécie face aux devises de facturation mondiale, le coût des importations augmente. Les ménages et les entreprises subissent ce renchérissement. Il peut aussi provenir d’une forte hausse des cours mondiaux de l’énergie ou des produits agricoles, liée à des tensions internationales.
Quatre : l’inflation par excès de création monétaire. Si la quantité de monnaie en circulation augmente trop vite, les prix peuvent s’envoler. L'économie de l'Union européenne met l’accent sur ce mécanisme.
La croissance économique mesure l’augmentation de la richesse produite sur une période donnée. Cette richesse se mesure par le PIB. La hausse du PIB peut venir d’une augmentation des quantités produites ou d’une hausse des prix. La croissance nominale, dite "en valeur", intègre l’inflation. La croissance réelle, dite "en volume", corrige l’inflation et ne retient que l’accroissement des quantités. C’est cet indicateur qui est privilégie. Toutefois, le PIB ne donne que des éléments quantitatifs qui ne sont pas toujours pertinents pour analyser des niveaux de bien-être.
Tous les pays visent la croissance. Elle crée des emplois. Elle facilite le remboursement des dettes publiques et privées. Une hausse de la richesse accroît les recettes fiscales : TVA, impôt sur les sociétés, impôt sur le revenu. Ces recettes donnent à l’État des marges de manœuvre pour investir ou réduire son déficit. Plus généralement, la croissance reflète l’augmentation de la production, donc de la consommation et du pouvoir d’achat, sous réserve d’une répartition équitable des gains et des effets du commerce international. Si la population augmente, le PIB par habitant baisse. C’est la croissance par habitant qui compte le plus pour le niveau de vie. L’absence de croissance pèse sur les finances publiques, complique le remboursement de la dette et alimente le chômage. Certains dénoncent la quête incessante de croissance pour ses coûts écologiques et sociaux. Des économistes prônent même la décroissance pour préserver la planète. La production accrue consomme plus de ressources, émet plus de gaz à effet de serre et génère plus de déchets. D’autres estiment que le progrès technologique permet de produire plus avec moins d’impact. L’économie se tertiarise : les services représentent aujourd’hui la majeure partie du PIB dans de nombreux pays. La croissance peut donc se poursuivre sans dégradation environnementale majeure si les gains de productivité et les innovations technologiques réduisent l’empreinte écologique. La croissance dépend enfin de l’accumulation des facteurs de production et de la hausse de la productivité globale des facteurs, largement portée par le progrès technique, qui est endogène et s’accompagne d’un processus de destruction créatrice.
Le FMI et l’OCDE ont-ils raison dans leurs analyses et recommandations ? L’OCDE, le 3 juin 2025, recommande de relancer la croissance par l’investissement productif plutôt que par une stimulation de la demande. Investir dans les infrastructures, la transition énergétique et la R&D augmentent l’offre et la résilience. Cela limite les tensions inflationnistes. Le FMI préconise une croissance tirée par la production. Il recommande d’investir dans l’industrie, les infrastructures et la recherche. L’objectif est d’augmenter l’offre et la productivité. Ainsi, la croissance repose sur la capacité à produire davantage mais pas sur une surchauffe de la demande. Le FMI souligne aussi les risques : contraintes d’offre, hausse des coûts énergétiques, ruptures de chaînes d’approvisionnement. Il insiste enfin sur la nécessité d’une politique monétaire crédible pour contenir les pressions inflationnistes.
Il faut des pistes concrètes pour relancer la croissance sans relancer l’inflation. Favoriser l’investissement productif est la priorité. Cibler les infrastructures utiles à la production. Soutenir la transition énergétique. Financer la recherche et l’innovation. Développer la formation pour améliorer la productivité. Encourager les partenariats publicprivé pour partager les risques. Offrir des incitations fiscales temporaires liées aux investissements productifs. Débloquer des fonds pour les PME innovantes. Simplifier les procédures pour accélérer les projets. Préférer des dépenses en capital plutôt que des transferts de revenu. Veiller à la crédibilité de la politique monétaire pour ancrer les anticipations d’inflation. Mesurer l’impact sur l’offre avant d’augmenter la demande. Prioriser les projets qui augmentent l’offre globale. Ces mesures visent à accroître la capacité productive sans créer de surchauffe des prix.
Si l’offre globale à long terme augmente au même rythme que la demande globale, les prix restent stables. Si un pays garantit que sa capacité productive suit la demande, l’inflation devrait rester faible.
La politique de l’offre vise à stimuler la production. Les partisans, issus de la pensée libérale, veulent inciter les entreprises à améliorer l’offre de biens et services et à conquérir de nouveaux marchés. Aujourd’hui, ce postulat doit être nuancé. Les politiques d’offre restent utiles pour prévenir une inflation liée à la demande. Par exemple, investir dans les infrastructures évite les goulots d’étranglement qui font monter les prix.
Améliorer l’offre de main-d’œuvre est crucial. La Chine a tiré parti d’un vaste flux de travailleurs ruraux vers l’industrie, ce qui a maintenu les salaires bas et freiné l’inflation. En France, accroître la mobilité et le capital humain permettrait à l’offre de maind’œuvre de suivre l’expansion de la production. Une maind’œuvre mieux formée favorise l’emploi domestique et limite le chômage. À la différence de la Chine, la France pourrait promouvoir un développement rural et écologique et un retour de salariés vers la campagne. Des salaires modérés dans un environnement équilibré aideraient à contenir l’inflation.
Adopter de nouvelles technologies et de meilleures pratiques de travail augmente la productivité. Une productivité plus élevée signifie plus de production pour un coût unitaire plus bas, donc des prix plus stables. Par exemple, des progrès technologiques dans les industries de hautes technologies et l’agriculture biologique pourraient permettre à la productivité française d'être en pole position en Europe.
Diversifier les approvisionnements énergétiques réduit la vulnérabilité aux chocs pétroliers. La dépendance aux hydrocarbures expose la France aux hausses de prix importés, source d’inflation. Développer les énergies renouvelables et réduire la dépendance au nucléaire (risques liés à l'acquisition de l’uranium, traitement des déchets, rejets thermiques, coûts et délais de construction, maintenance lourde) rendrait l’économie moins sensible aux variations des prix des matières premières.
Investir massivement sans emprunts extérieurs est une voie souveraine pour croître sans inflation. Sans création monétaire externe, il n’y a pas d’excès de liquidité ni de bulle boursière. La pression salariale reste limitée. Il faudrait orienter chaque année 6 à 10% de l’épargne des ménages vers des projets innovants et durables et non vers un financement d'un nouveau programme nucléaire. La solution la plus simple, créer plusieurs livrets réglementés ciblés : nouvelles technologies, innovations climatiques, etc. Ils seraient gérés par des établissements de crédit publics spécialisés. Chaque citoyen choisirait où placer son épargne. Les Livrets auraient une structure commune : même taux de rémunération à 2,2% (dont 0,3% pour les intermédiaires), mêmes plafonds, mêmes règles de retrait et mêmes avantages fiscaux. Ils seraient garantis, flexibles et sans frais de gestion. L’épargne des ménages, estimée à près de 6 600 milliards d’euros, est un trésor malutilisé. L’inflation résultante serait une "bonne inflation", inférieure à la croissance élevée et durable ainsi créée.
latribune.fr
Comment pouvons-nous avoir une croissance économique sans inflation ?