OPINION. « Régions dynamisées ! emplois sauvés ! monnaie tokenisée ! et la France libérée !... »
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Gabriel Gaspard
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Par Gabriel Gaspard, Chef d’entreprise à la retraite, spécialiste en économie financière
Les États font face au chômage et à des contraintes économiques. Ils disposent de deux leviers : le budget et la monnaie. Par le budget, un gouvernement peut modifier les dépenses publiques et les prélèvements. Pour la monnaie, la banque centrale agit sur la quantité de monnaie ou sur son prix, c’estàdire les taux d’intérêt. Depuis la création de l’euro, la France ne maîtrise plus sa monnaie. C'est l’Eurosystème qui a pour mission de maintenir la stabilité des prix et de préserver la valeur de l’euro. Il réunit la Banque centrale européenne BCE et les banques centrales nationales. La BCE assure aussi la surveillance prudentielle des établissements de crédit dans la zone euro et pour certains États participants hors zone.
Selon le Traité de fonctionnement de l'Union Européenne TFUE, relancer la croissance est nécessaire pour réduire le chômage. Le redressement doit passer par une politique de l’offre et par la levée d’obstacles structurels. Les réformes proposées sont variées : plus de flexibilité sur le marché du travail, ouverture des marchés de biens et services, simplification des régimes fiscaux, réduction du poids des dépenses publiques, notamment sociales. Ces réformes, de tendance libérale, suscitent des critiques. On questionne leur efficacité et on dénonce les efforts d’austérité imposés à certaines populations et leurs conséquences sociales. Les principes du passé préconisaient "les réformes structurelles contribuent à stimuler l'emploi, encouragent les créations d'entreprises et améliorent la productivité... Les réformes sur le marché du travail, telles que la baisse des charges patronales et la révision des allocations chômage, peuvent faciliter l'entrée dans les rangs de la main-d'œuvre active et la recherche d'emploi... Outre qu'elles alimentent la croissance économique, les réformes réduisent le poids de la dette publique sur le long terme. La mise en œuvre de réformes sera donc salutaire pour les États à court d'argent..." Fonds Monétaire International le 13 mars 2017. Les remèdes d’hier suffisentils encore à construire les emplois de demain ?
Depuis 2000, six réformes majeures de l’assurance-chômage ont été menées en France. L’objectif affiché reste le même : remettre les demandeurs d’emploi au travail. Durcir les conditions d’indemnisation permet aussi de dégager des économies pour l’État. Le taux de chômage était à 8,1% début 2000 et il s'est plié à 7,9% fin 2025. Ces réformes n’ont pas permis de faire baisser réellement le chômage malgré un coût public de l'ordre de 15 Md€ (dernier chiffrage public détaillé : ~15 Md€ en 2023) pour financer un peu plus d'un million d'apprentis en 2025. En 2026, les effectifs d’apprentis devraient commencer à baisser et le taux du chômage progresserait de 0,7 points.
Adopté en 2007, le Traité de Lisbonne encadre actuellement le fonctionnement de l’UE. "Il a été engagé à la suite du résultat négatif de deux référendums sur le traité constitutionnel tenus en mai et juin 2005". Le but de ce Traité était de favoriser la croissance et l’emploi tout en maintenant la compétitivité de l’économie européenne.
On s’aperçoit aujourd’hui, dans un contexte international ébranlé, marqué par une guerre Ukraine, une nouvelle guerre au Moyen-Orient avec une hausse des coûts de l'énergie et une tension entre la Chine et les États-Unis, que ce Traité n’a pas créé le renouveau voulu des modèles capitalistes européens. Il a cherché à réformer un modèle néolibéral par un mouvement de réformes structurelles (retraite, chômage, etc.). À partir de la convention de 1979, qui marque une rupture avec la période 1958-1979, l’assurance-chômage ne fonctionne plus comme une assurance et les conditions sont de plus en plus restrictives.
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Le taux de chômage est passé de 1,6% en 1970 à 9,7% fin 2020, puis à 7,9% en 2025. En 2020, la hausse tient aux confinements, aux fermetures d’entreprises et aux annulations d’événements. En 2017, le Président candidat à Montpellier propose que l’État reprenne la stratégie et les décisions relatives à l’Unedic : "les pouvoirs publics devraient reprendre à leur charge la stratégie et les décisions relatives à l’Unedic". Le premier janvier 2019, sauf cas particuliers (intermittents du spectacle, Monaco, expatriés) la part salariale des contributions d’assurance chômage a été supprimée : la première étape a eu lieu en janvier 2018 avec une baisse du taux de la cotisation salariale d’assurance chômage de 1,45 point. Il est passé de 2,40% à 0,95%. La seconde étape a lieu le 1er octobre 2018. La cotisation salariale d’assurance chômage sera totalement supprimée à cette date avec application à début 2019. La charge est alors transférée vers d’autres prélèvements et renforce la part des cotisations patronales. Le bilan 2019 de l’Unedic confirme que les cotisations patronales restent la source principale, complétées par des recettes publiques (transferts de l’État, taxes affectées, CSG et mesures exceptionnelles) et des ajustements temporaires. Cette évolution réduit la part directe des salariés dans le financement du régime et rend le financement plus dépendant des décisions budgétaires et fiscales que d’un prélèvement stable sur les salaires. "La loi LCAP a introduit des réformes déterminantes en matière de gouvernance de l’assurance chômage, qui mettent fin au régime d’assurance contributif édifié depuis 1958. L’assurance chômage est désormais une politique sociale dont les ressources et les règles sont étroitement contrôlée par l’État" OFCE.
La principale hausse a eu lieu entre le milieu des années 1970 et la fin des années 1980 : le nombre de chômeurs passe de 700 000 à 2,3 millions et le taux est multiplié par trois, de 3% à 9% selon la définition du Bureau international du travail. Depuis près de quarantedeux ans, le chômage fluctue autour de 8–9%, avec des pics supérieurs à 10% et un creux à 7,2% début 2008 avant l'impact de la crise des subprimes. Les baisses peuvent être marquées, comme entre 1997 et 2001 (de 10,7% à 7,7%), mais le chômage remonte ensuite. La crise des années 1970–1980, marquée par deux chocs pétroliers, a engendré la stagflation et une forte hausse des prix. Entre les années 1997 et 2001, la France a connu une embellie : 1,6 million d’emplois créés sur les quatre années et une décrue du chômage sans précédent. Mais l’euro a mis fin à cette embellie.
Réformer l’indemnisation du chômage peut alléger les comptes publics à court terme. Mais isoler l’assurance chômage, c’est traiter un symptôme, pas la cause. Sans investissements, sans formation massive et sans politiques actives de l’emploi, la mesure pèse d’abord sur les plus fragiles. Elle favorise les emplois précaires, réduit la consommation et freine la demande intérieure. Pour être efficace, toute réforme doit s’inscrire dans une stratégie globale : soutien à la demande, incitations à l’investissement, formation ciblée et protection sociale adaptée.
"Tous les hommes politiques appliquent sans le savoir les recommandations d’économistes souvent morts depuis longtemps et dont ils ignorent le nom". John Maynard Keynes.
Les décisions publiques s’appuient fréquemment sur des cadres théoriques hérités, intégrés dans les pratiques et les institutions bien avant que les responsables politiques n’en mesurent l’origine. Les gouvernants reprennent des recettes éprouvées (austérité, relance, dérégulation, protection sociale) sans toujours connaître les débats intellectuels qui les n'ont façonnées ni les compromis historiques qui les ont rendues.
Il faut revoir les choix présentés comme "pragmatiques" ou "techniques" qui portent en réalité l’empreinte de courants de pensée anciens et inefficaces.
La France doit reprendre la main sur la monnaie en lançant une monnaie commerciale tokenisée, régionale et adossée à l’euro, émise par des établissements de crédit publics. C'est un outil simple, sûre et non complexe. C'est un outil de financement localisé pour orienter l’épargne vers l’investissement productif via des livrets réglementés en cette nouvelle monnaie. Ce dispositif permettrait de soutenir la création de PME et d’ETI spécialisées, d’alimenter les filières locales et de renforcer l’ancrage territorial des emplois. Il s’accompagnerait d’un retour à une gouvernance régionale paritaire, inspirée du régime de 1958, pour garantir une gestion partagée entre acteurs publics et sociaux.
Les collectivités régionales disposent d’une connaissance territoriale précise des atouts et des besoins industriels, d’un réseau d’acteurs locaux (entreprises, centres de formation, intercommunalités) et d’une capacité d’ingénierie pour monter des projets adaptés au terrain. Elles peuvent ainsi cibler les investissements, mobiliser des financements croisés et accélérer les réponses aux besoins de compétences. À la différence d’une logique centralisée, elles favorisent la co-construction entre élus et industriels, facilitent l’accès au foncier et aux infrastructures, et adaptent les aides aux spécificités sectorielles et énergétiques de chaque bassin. Cette proximité opérationnelle réduit les délais, améliore l’efficacité des dispositifs et maximise l’impact en emplois locaux. Elle fait des régions des pilotes plus agiles et pertinents pour le développement industriel que l’État seul.
Il n’existe pas de source officielle unique qui additionne toutes les aides publiques (État + régions) destinées à la création d’emploi — aides directes, allégements de cotisations, crédits d’impôt, subventions, fonds européens, prestations liées à l’emploi, etc. En croisant les données disponibles (DARES, DREES, Cour des comptes, INSEE), des ordres de grandeur peuvent être rapprochés pour 2024 : dispositifs d’accompagnement et fonctionnement 12,7 Md€ ; prestations "risque emploi" 51,1 Md€ ; fonds européens ≈10 Md€ ; contrats d’apprentissage ≈15 Md€ ; aides budgétaires et fiscales aux entreprises (périmètre large) 64–270 Md€ — en retenant pour l’exercice une hypothèse prudente de 45 Md€ affectés directement à l’emploi. Le total consolidé s’établit à ≈134 Md€. Cette enveloppe, si elle était transférée aux régions et orientée vers des investissements publics et productifs — création de PME et ETI, industries vertes, numérique, santé, prêts participatifs à taux zéro — pourrait financer massivement la création d’emplois, à condition d’un pilotage rigoureux, d’appels à projets exigeants et d’une gouvernance paritaire de caisses de crédit publiques régionales, éventuellement autorisées à emprunter directement auprès de la BCE dans le cadre des traités.
La valeur de l’euro, fixée au 1er janvier 1999 sur un panier pondéré, ne reflète plus les réalités économiques actuelles : poids relatifs des États modifiés, taux de change et dollar instables, croissance française ralentie, etc. Pour réarmer l’investissement local, il faut lancer une monnaie commerciale tokenisée, régionale et adossée à l’euro, émise par les établissements de crédit régionale et alimentée par des livrets réglementés ouverts aux ménages. Utilisable pour les transactions et les préventes, ce token faciliterait les levées de fonds et la capitalisation des PME sans les contraintes boursières et étatiques ou européennes, tout en liant directement financement, production et emplois sur les territoires.
Note d'information : l'Autorité des marchés financiers, la Banque de France et la direction générale du Trésor lancent un groupe stratégique de place pour accélérer l'innovation et la tokenisation de la finance. Objectif : transformer la technologie des registres distribués en projets concrets au service du financement de l'économie française, en levant les freins réglementaires et opérationnels.
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