OPINION. « Souveraineté technologique : la France doit réapprendre à connecter science, industrie et décision »

Le Paris Air Forum 2026 consacre sa 13e édition à la souveraineté
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Le Paris Air Forum 2026 consacre sa 13e édition à la souveraineté
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À mesure que s’approche le Paris Air Forum, une conviction s’impose : la souveraineté technologique ne se décrète pas. Elle se construit dans la durée, à l’intersection de la recherche, de l’industrie et de la décision stratégique. Les thèmes qui y seront abordés – spatial, défense, intelligence artificielle, décarbonation, nouvelles mobilités, cybersécurité – traduisent une transformation profonde. Nous ne sommes plus dans une logique sectorielle. Nous sommes entrés dans une logique systémique. Or, dans ce nouveau monde, la capacité à comprendre devient aussi importante que la capacité à innover.
Dans les industries aéronautiques et spatiales, la recherche joue un rôle bien plus stratégique qu’il n’y paraît. Elle ne produit pas seulement de la connaissance. Elle permet d’explorer des domaines où l’expérience humaine est limitée, voire inexistante. Ainsi, certaines infrastructures expérimentales permettent de reproduire des conditions extrêmes, avec des écoulements à des vitesses allant jusqu’à Mach 20, des pressions de plusieurs milliers de bars et des températures de plusieurs milliers de degrés.
Ces capacités ne sont pas anecdotiques. Elles conditionnent la compréhension des phénomènes physiques, la validation des modèles et, in fine, la performance des systèmes industriels. Et contrairement à une idée répandue, la simulation numérique ne remplace pas encore pleinement l’expérimentation : la modélisation de phénomènes complexes comme la turbulence reste partielle et dépendante d’hypothèses. Autrement dit : la souveraineté technologique repose encore sur une maîtrise fine du réel.
Cette exigence se retrouve dans d’autres domaines stratégiques. Les travaux récents sur les centrales solaires spatiales illustrent bien cette montée en complexité : face à une demande énergétique mondiale en forte croissance et à des contraintes environnementales croissantes, de nouvelles architectures énergétiques doivent être envisagées, intégrant spatial, énergie et systèmes de transmission avancés.
Ces projets mobilisent des compétences scientifiques de pointe, des capacités industrielles lourdes, des investissements de long terme et des arbitrages stratégiques complexes. Ils illustrent une réalité simple : les grandes transformations technologiques ne peuvent plus être appréhendées en silos.
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Face à cette complexité, les dirigeants – industriels, investisseurs, décideurs publics – doivent prendre des décisions dans un environnement de plus en plus incertain.
Ils doivent arbitrer sur des technologies en émergence, des cycles d’innovation accélérés, des dépendances industrielles critiques, des enjeux de souveraineté et des dynamiques géopolitiques instables. La difficulté n’est plus seulement d’agir. Elle est de comprendre.
Dans ce contexte, de nouveaux types de structures deviennent indispensables : des plateformes capables de relier les mondes qui, trop souvent, fonctionnent encore en parallèle. C’est dans cette logique que s’inscrit Alumni ONERA, la communauté des doctorants et anciens doctorants de l’ONERA. À travers ses activités, cette communauté contribue à structurer un espace de dialogue entre recherche académique, industrie, acteurs du spatial et de la défense, institutions publiques et écosystèmes d’innovation.
Ses initiatives – colloques sur la souveraineté cyber et spatiale, tables rondes avec des acteurs industriels et financiers, conférences scientifiques de haut niveau – participent à une ambition plus large : créer de la continuité entre ceux qui produisent la connaissance et ceux qui prennent les décisions.
L’enjeu n’est plus simplement de connecter des individus. Il est de structurer une capacité collective d’analyse. Dans un monde où les grandes puissances organisent des écosystèmes intégrés, la fragmentation reste un risque majeur pour l’Europe. La réponse passe par des communautés d’experts, des passerelles entre disciplines, une circulation des talents et une capacité à maintenir une vision dans le temps long.
La souveraineté technologique ne dépend pas uniquement des investissements publics, des politiques industrielles ou des infrastructures. Elle dépend aussi de la qualité des liens entre les acteurs. De leur capacité à partager une compréhension commune des enjeux. Et à agir de manière coordonnée.
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En conclusion, les forums internationaux comme le Paris Air Forum posent les bonnes questions. Mais pour y répondre, il faut plus que des diagnostics. Il faut des écosystèmes capables de produire de l’analyse, de relier les expertises et d’éclairer les décisions dans la durée. C’est dans cet espace que des communautés comme Alumni ONERA ont vocation à s’inscrire.
Car au fond, la souveraineté technologique ne repose pas seulement sur ce que nous savons faire. Elle dépend de notre capacité collective à comprendre le monde qui vient.
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Les travaux et réflexions de la communauté sont accessibles dans la revue Trajectoire(s), disponible sur le site de l’Alumni ONERA : Alumni ONERA