Nicolas Bouzou : « La souveraineté technologique ne devrait pas être absente du débat présidentiel »

INTERVIEW. Crise du Covid-19, relance, jeunesse, industrie, santé, mondialisation… autant de sujets entremêlés qui constituent des éléments du monde demain. Quel avenir attend la France ? Comment se projeter avec confiance dans l'après ? Autant d'interrogations qui sont au cœur des Rencontres de l’Avenir que l’économiste français organise ces 3,4 et 5 décembre à Saint-Raphaël.

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(Crédits : Jacques Witt-Sipa.)

LA TRIBUNE - L'avenir va se bâtir avec la confiance. C'est encore plus vrai en économie et pour les chefs d'entreprise qui ont besoin de confiance pour investir et créer de la croissance. Or, selon de récents baromètres, cette confiance est très fluctuante. Comment la retrouver et la reconquérir ?

NICOLAS BOUZOU - La crise est plutôt bien gérée au niveau mondial. Nous disposons d'outils technologiques et de process qui permettent de la gérer. Nous sommes en capacité de voir les choses en amont pour s'adapter. Avec les outils dont nous disposons, on peut avoir une certaine confiance. D'ailleurs les entreprises recrutent et investissent. Et le fait d'être aidé par les pouvoirs publics, encourage cet investissement.

On a beaucoup dit pendant les confinements en 2020/2021 que les jeunes représentaient une génération sacrifiée, l'est-elle vraiment ?

Parler de génération sacrifiée me semble être une expression excessive. On investit énormément pour l'avenir, à l'image des 7 milliards d'euros par an dans le Ségur de la santé, mais aussi dans la transition énergétique, ou encore dans l'urbanisme des villes. On investit dans beaucoup de domaines. L'apprentissage n'a jamais été aussi élevé en France. Il y a bien évidemment des défis. Mais les opportunités pour les jeunes n'ont jamais été aussi nombreuses.

La COP26 est considérée comme un échec. Cela envoie-t-il un mauvais signal quant à l'avenir climatique ?

La COP26 n'est pas l'alpha et l'oméga. Le fait que la COP existe est déjà un bon signe. Le mouvement de décarbonation est enclenché. Il existe en économie ce que nous appelons le découplage, qui consiste à poursuivre la croissance tout en continuant à baisser les émissions de CO2 et plus globalement les atteintes à l'environnement. Ce découplage est là mais il n'est pas encore assez puissant. Il faut continuer à décarboner l'économie, isoler les bâtiments, électrifier les transports, décarboner l'électricité. Tout cela génère des opportunités et fait émerger de nouveaux métiers.

La crise a mis en exergue la désindustrialisation de la France, entraînant, de fait, une forte volonté de réindustrialiser. Pour autant, cela ne paraît pas aussi simple, même si le plan de relance promet d'aider les PMI à se moderniser...

Il existe une possibilité de réindustrialiser grâce à l'industrie 4.0. Mais dans la réalité, cela se heurte à des problématiques politiques ou administratives. Mais aussi à la durée d'installation nécessaire d'une usine. Et cela dans un contexte concurrentiel, notamment avec l'Angleterre et l'Italie. Il existe une potentialité de réindustrialiser grâce aux technologies. De nombreux dispositifs existent pour y aider.

La crise sanitaire a questionné le rôle l'Europe. On a beaucoup parlé de la nécessité d'une réponse européenne à la pandémie. Est-ce que cela a permis de démontrer l'intérêt de l'Europe ?

Cela a permis de parler d'Europe, oui, mais cela n'a pas joué sur l'intérêt de l'Europe auprès des citoyens. Pour autant, nous avons des sortes d'eurobonds qui permettent à l'Europe de s'endetter sur les marchés.

On ne cesse, depuis deux ans, de parler de crise. Est-on véritablement dans une crise ?

On use et on abuse souvent du mot crise. On note d'ailleurs l'occurrence du mot crise dans la presse depuis 1973 et le choc pétrolier. Par définition, une crise ne peut pas durer. Avec le Covid, c'est une crise inattendue, soudaine, dont on sortira. Mais concernant le climat, par exemple, on parle de crise à tort, car ce n'est pas soudain et c'est prévisible. De même, les tensions entre les Etats-Unis et la Chine ne sont pas une crise. C'est l'évolution entre deux pays d'une taille équivalente qui ne veulent pas se laisser dépasser l'un par l'autre.

Que retient-on des deux années de crise ?

Nous avons assisté à une résilience collective, avec une capacité à avancer sur le sujet sanitaire, à utiliser nos savoirs et notre technologie. La France peut être fière d'elle-même, elle a fait preuve d'une grande maturité. Les Français respectent les gestes barrières, ont opté pour le pass sanitaire... Concernant la troisième dose, 70% y sont favorables. Dans cette crise, la France est montrée en exemple.

Les élections présidentielles ont lieu dans quelques mois. On dit souvent que les Français ne s'intéressent pas à l'économie. La crise a-t-elle changé ce comportement ?

Dans le débat présidentiel, l'économie est peu abordée. On parle d'immigration, d'insécurité, d'écologie... Mais sur la souveraineté technologique, il n'y a pas de propositions. Ce qui traduit un manque d'intérêt pour cette discipline. Or on ne peut pas dissocier le social de l'économie.

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Commentaires 3
à écrit le 02/12/2021 à 9:45
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Ou avez vu une "souveraineté" quelconque quand on impose une autorité non démocratique sur le peuple? Seul le peuple est souverain!

à écrit le 02/12/2021 à 9:44
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Ou avez vu une "souveraineté" quelconque quand on impose une autorité non démocratique sur le peuple? Seul le peuple est souveraine!

à écrit le 01/12/2021 à 19:16
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La souveraineté est traquée par l'UE.

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