OPINION. « Les 5 mythes de l’entrepreneur à déconstruire »
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Aurélie Jean et Frédéric Raillard
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Par Aurélie Jean et Frédéric Raillard (*)
En France, son rôle oscille entre variable d’ajustement de l’économie pour les plus cyniques, et le vilain de l’histoire pour les plus manipulateurs. Le créateur d’emplois y devient un suspect, un présumé coupable du crime de réussite, un « délit de sale gueule » injuste, dû en partie aux clichés associés au mot. Alors quels sont ces clichés à déconstruire de toute urgence ?
La réalité est différente, bien qu'il reste encore des progrès majeurs à accomplir ! En France, les femmes constituent 30% de la masse entrepreneuriale mais elles semblent souvent inexistantes dans le paysage médiatique. La prédominance d’hommes (pour quelques-uns aux codes viriles pourtant démodés) n’arrange pas les choses en désoeuvrant les initiatives prises par les nombreuses femmes entrepreneures. Au risque de vous surprendre, l'entrepreneur est confronté à la réalité en assurant la gestion quotidienne, en tissant des liens au sein des équipes, et en faisant appel à son intuition et à ses émotions lors de sa prise de décision. Face au panache des idées, l’entrepreneuriat relève au contraire de cette intelligence du réel longtemps qualifiée de “féminine”, et trop rarement reconnue comme centrale.
On s’imagine l’entrepreneur ultra-riche. Ce qui ne serait pas si grave si on ne considérait pas le patrimoine comme un strict symbole d'inégalité alors qu’il est avant tout un levier d’émancipation individuelle pour le bien collectif. L’entrepreneur n’est pas cantonné aux incubateurs parisiens, ni aux levées de fonds spectaculaires ou aux rachats tout aussi extravagants, il est présent sur tout le territoire, sous toutes les formes (auto-entrepreneur, dirigeant de SARL ou de SAS, responsable associatif) et sous toutes les tailles (TPE, PME, ETI) où il crée de la valeur économique. Les entrepreneurs s’investissent sans compter au profit de leur entreprise pour des rémunérations souvent moindre que celles du marché, misant sur des retombées financières futures à travers le partage de dividendes en période de profits croissants, ou d’un rachat même partiel de leur entreprise.
L’entrepreneur prend des risques qui restent pourtant son ennemi. Le risque est son quotidien nécessaire, il le déteste, il le craint, il le subit mais il ne peut s’en passer car sans lui l’innovation est impossible. En cela, il sait le mesurer, le mitiger au profit de l’accélération de son entreprise et de tout l’écosystème. En pratique, l’entrepreneur mesure l’impact des pires scénarios et agit en conséquence pour les éviter, ou pour être capable d’absorber les situations difficiles et ainsi continuer à grandir. L’entrepreneur n’est pas fou à prendre des risques mais en mesure les conséquences et se donne les moyens stratégiques pour les saisir non sans stress.
James Dyson a échoué plus de 5000 fois dans la réalisation de son premier prototype d’aspirateur. Sergey Brin et Larry Page ont pitché plus de 300 fois leur vision avant de se voir financer ce qui allait devenir le géant Google. Les succès ont toujours été précédés par des échecs. La réussite serait un échec qui a mal tourné mais qui en est l’ADN, la force vitale. Dans une nation où nous n’aimons ni la réussite ni l’échec, l’entrepreneur incarnerait ce que nous fuyons voire ce que nous rejetons de manière épidermique. La réussite de l’autre nous rend jaloux et son échec nous effraie. Un entrepreneur a de toute évidence échoué avant de réussir, et échouera à de nombreuses occasions qui suivent une réussite. Ne voir que la réussite jalousée dans l’entrepreneur est une aberration, pire, une lâcheté de la part de ceux qui le jugent, attentistes face à leur propre destinée. L’apprentissage par l’échec est sans aucun doute la plus belle métaphore filée de l'entreprenariat que nous devons célébrer.
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L’entrepreneur a gagné sa liberté mais à quel prix ? Au prix qui s’apparente à une sorte de prison dorée à des moments clés de son évolution. Sa liberté a un coût, un sacrifice même, sur l’autel du travail : le sacrifice de sa paix intérieure, de ses nuits, de son pouvoir d’achat, de sa santé, de ses week-ends, de ses vacances, de ses loisirs, de ses hobbies, de ses amis, de son conjoint, et de sa famille. Sa liberté, c’est de ne pas avoir subi son projet, mais de l’avoir décidé, prenant les responsabilités qui lui incombent parfois dans des conditions ardues mais aussi qui l’emancipent. Cette liberté est également accompagnée de contraintes financières, logistiques ou encore de temps, qui permettent à l’entrepreneur de révéler toute sa créativité au profit, encore une fois, de son entreprise.
Il est temps de briser les mythes qui alimentent une haine épidermique envers les entrepreneurs qui pourtant constituent le cœur battant de l’économie réelle de notre pays et sa bouffée d’oxygène. Il est l’antidote aux fléaux français de l’attentisme, du cynisme et du renoncement. Il est celui qui choisit courageusement d’affronter la lourdeur fiscale et administrative française, pour prendre en main son destin au profit de la société toute entière. Les entrepreneurs sont des héros du quotidien qu’il faut intégrer dans notre récit national, au même titre que nos artistes et nos sportifs. Il est urgent de les célébrer, de les alléger, et surtout de les aimer.
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(*) Aurélie Jean, Scientifique en algorithmique, Présidente et co-Fondatrice d'Infra. Frédéric Raillard, Fondateur Fred & Farid et [Ai]magination
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