OPINION. « Résolution 2797 sur le Sahara : l’Amérique et le Maroc, l’histoire d’une alliance historique »
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Sébastien Boussois
Jan Brouckaert
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Sébastien Boussois
Jan Brouckaert
Par Sébastien Boussois, docteur en sciences politiques (*)
La récente adoption de la résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies, confirmant une nouvelle fois la pertinence du plan d’autonomie marocain pour le Sahara, marque un moment diplomatique majeur pour le royaume chérifien. Ce vote, qui renforce la souveraineté du Maroc sur son Sahara, n’est pas un hasard : il s’inscrit dans la continuité d’une relation séculaire entre Rabat et Washington, faite de confiance, de constance et de convergence stratégique, et renforcée encore depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Derrière cette victoire « à la régulière » se cache une alliance historique qui lie les deux pays depuis plus de deux siècles, et qui façonne aujourd’hui un nouvel équilibre régional, et qui démarque largement le Maroc de son voisin qui n’a de cesse de se replier un peu plus chaque jour sur l’échiquier africain et mondial.
Le Maroc et les États-Unis entretiennent une relation que peu de nations peuvent revendiquer avec une telle longévité. En 1777, le Royaume chérifien fut le premier État au monde à reconnaître l’indépendance des États-Unis. Le traité de paix et d’amitié signé en 1786 demeure, encore aujourd’hui, l’un des plus anciens traités toujours en vigueur dans l’histoire diplomatique américaine. Ce lien ancien a résisté aux bouleversements du temps, des guerres mondiales à la Guerre froide, et s’est transformé en une alliance stratégique durable. Au fil des décennies, les États-Unis ont perçu dans le Maroc un allié stable dans une région instable — un pivot entre l’Afrique, l’Europe et le monde arabe. Durant la Seconde Guerre mondiale, la conférence d’Anfa à Casablanca, réunissant Roosevelt et Churchill en 1943, avait déjà placé le Maroc au centre des décisions mondiales. Après l’indépendance en 1956, la coopération s’est institutionnalisée : accords militaires, partenariats éducatifs, échanges économiques. Depuis le tournant du XXIᵉ siècle, le Maroc est devenu un partenaire clé de Washington dans la lutte contre le terrorisme et pour la stabilité régionale. L’accord de libre-échange signé en 2004 — unique en Afrique à ce jour — a ouvert la voie à une coopération économique renforcée, créant des milliers d’emplois et attirant des investissements américains dans les secteurs de l’automobile, des énergies renouvelables et de l’agro-industrie.
Mais c’est en 2020 que la relation a pris une dimension historique : l’administration Trump reconnaissait officiellement la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, en contrepartie de la normalisation entre Rabat et Tel-Aviv dans le cadre des Accords d’Abraham. Une reconnaissance politique et géostratégique qui a scellé une alliance sans précédent, et que l’administration américaine actuelle n’a pas remise en cause — bien au contraire. Le vote de la résolution 2797 à New York la semaine dernière n’est pas seulement un succès diplomatique pour Rabat : il est la confirmation d’une dynamique de fond entre le Maroc et les États-Unis. En avril 2025, le secrétaire d’État américain Marco Rubio réaffirmait à Rabat que le plan d’autonomie marocain était la « seule base réaliste » pour une solution durable au Sahara. Cette continuité, depuis 2020, montre que la reconnaissance américaine n’était pas un geste isolé, mais une orientation stratégique partagée au sein du Congrès comme de la diplomatie américaine. Dans cette alliance, la coopération militaire illustre parfaitement la profondeur du partenariat : les manœuvres « African Lion 2025 », menées conjointement entre les forces marocaines et américaines, incarnent la solidité de cette relation sécuritaire. Washington a également renforcé la modernisation de l’armée marocaine, notamment avec la livraison récente d’hélicoptères Apache AH-64E, symbole de confiance et de coopération à long terme. Sur le plan économique, la dynamique est tout aussi claire. En 2024, la huitième session du comité conjoint du libre-échange à Washington a ouvert de nouvelles perspectives dans l’agriculture, le textile et l’automobile. En mai 2025, une importante délégation de quinze États américains est attendue à Rabat et Dakhla pour explorer de nouveaux investissements, notamment dans l’agroalimentaire et les technologies vertes. L’alignement entre Washington et Rabat dépasse donc la question du Sahara. Il s’agit d’un véritable partenariat stratégique, fondé sur la stabilité, la complémentarité et la confiance. Là où Alger s’enferme dans une rhétorique de confrontation et d’isolement, Rabat incarne le pragmatisme, la constance et le développement.
Ce succès diplomatique intervient dans un contexte où l’Algérie se trouve plus isolée que jamais. En se crispant sur le dossier saharien, en rompant ses relations avec Rabat et en se fâchant avec l’Europe — notamment avec la France, depuis qu’Emmanuel Macron a salué publiquement, lors de la Fête du Trône 2024, « la vision et la sagesse du roi Mohammed VI » ainsi que la souveraineté du Maroc sur son Sahara —, Alger s’est volontairement marginalisée. Son alliance tactique avec Moscou, bien que refroidie depuis quelques mois, son discours de plus en plus anti-occidental et ses tensions diplomatiques croissantes avec ses voisins ont fragilisé sa position internationale. Là où le Maroc s’impose comme un acteur de paix et de dialogue — de Jérusalem au Sahel —, l’Algérie s’isole dans une posture défensive et stérile. Le Maroc, lui, poursuit son chemin. Le développement du Sahara, désormais pleinement reconnu par les Nations unies et soutenu par les États-Unis, s’inscrit dans une vision à long terme : faire de la région un hub économique et logistique entre l’Afrique et l’Atlantique. Le port de Dakhla Atlantique, les projets d’énergie solaire et éolienne, les zones industrielles émergentes font du Sahara une région d’avenir. Dans le même temps, Rabat doit rester attentif à sa jeunesse qui a manifesté pendant plusieurs semaines, à ses aspirations et à sa volonté de modernité. Le Maroc a la capacité de se doter d’un système de santé et d’éducation de pointe sur le continent africain. Le succès diplomatique du Sahara ne sera durable que s’il s’accompagne d’une réussite économique et sociale partagée.
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(*) Docteur en sciences politiques, chercheur monde arabe géopolitique relations internationales, directeur de l'Institut Géopolitique Europeen (IGE), associé au CNAM Paris (Equipe Sécurité Défense), à l'Observatoire Géostratégique de Genève (Suisse). Consultant médias et chroniqueur.
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