OPINION. « Circonscrire, les mauvais penchants du militaire »
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Par Francis Daspe, président de l’AGAUREPS-Prométhée (*)
En République française, dans le droit fil de l’héritage de la Révolution française, le politique commande au militaire. Cette orientation est à rebours de la mise en place du monde féodal au cœur du Moyen Age, où la force militaire fut en quelque sorte privatisée, ou plus exactement patrimonialisée, par une caste de puissants, possédant de quoi se financer la possession d’un cheval et d’armes. Et éventuellement la construction d’un château-fort. Elle se constitua ensuite en noblesse héréditaire. La monarchie éprouva pendant plusieurs siècles des difficultés récurrentes pour contrôler cette force militaire chevaleresque et nobiliaire, en témoignent les innombrables révoltes et autres frondes contre l’autorité royale.
La Révolution française y mit un terme définitif. La nouvelle armée serait celle des citoyens qui, en obtenant des droits mettant fin au statut de sujets du monarque absolu de droit divin, acceptaient le devoir de défendre la patrie révolutionnaire naissante en cas de danger. Une chanson devenue par la suite hymne national en atteste. Les soldats de l’an I et de l’an II de la République sauvèrent cette dernière du danger des rois coalisés pour détruire les idées fondées sur la souveraineté populaire. Le militaire subordonné au politique, cela n’allait pas encore forcément de soi : le coup d’Etat de Brumaire du général Bonaparte en 1799 le montre si besoin en était.
Il fallut attendre l’enracinement de la République au cours de la deuxième moitié du XIX° siècle pour que l’affaire soit globalement entendue. L’armée de citoyens et de conscrits servit de rempart. En effet, la France disposa d’une armée aux penchants putschistes beaucoup moins développés que ses voisins européens. Ce ne fut pas pour autant un long fleuve tranquille. Des exemples comme l’épisode du général Boulanger ou les velléités de détruire la « gueuse » à l’occasion de l’affaire Dreyfus montrent que l’armée pouvait ressortir des casernes à tout moment pour cesser d’être la « grande muette ».
Les événements de l’année 1958 exigent en la circonstance un développement particulier. C’est, ne l’oublions pas, sous la menace d’un coup d’état militaire que le retour au pouvoir du général de Gaulle s’effectua. Persuadée que ce dernier, attaché à la grandeur de l’Empire colonial, garderait quoi qu’il coûte l’Algérie française, l’armée lui permit de revenir avec les mains libres pour dans un même élan changer de Constitution et de République. Le « Je vous ai compris ! » lancé d’Alger fut au mieux une cruelle méprise.
De Gaulle comprit très vite quel était le sens de l’Histoire : il inclinait vers la décolonisation, et pas vers les nostalgies colonialistes les plus anachroniques. Le retour de flamme d’une partie des militaires qui l’avaient pourtant porté au pouvoir fut haineux et factieux. Il se traduisit par le putsch du 21 avril 1691 d’un « quarteron de généraux en retraite » et par quelques tentatives d’assassinat sur la personne même du nouveau président de la V° République.
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Il convient de ne pas réveiller les mauvais penchants qui peuvent encore sommeiller dans les tréfonds de l’armée française. Et encore moins leur octroyer droit de cité, que ce soit par calcul politicien ou par impéritie toute aussi coupable. La vitalité de notre démocratie impose au contraire de les circonscrire sans barguigner le moindre du monde. C’est le barrage le plus sûr à l’émergence de quelconques caudillos hexagonaux, qu’ils soient issus de l’armée ou de la société civile.
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(*) Francis Daspe est président de l’AGAUREPS-Prométhée. Il est également impliqué dans La France Insoumise.
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