OPINION. « IA : de l'expérimentation à l’industrialisation, le nouveau défi des dirigeants »

Paul de Billy
David AROUS

Paul de Billy
David AROUS
Par Paul de Billy, Managing Director du groupe Alibaba en France.
Les entreprises qui ont compris ce phénomène savent que l’IA est moins une révolution technologique qu’une rupture économique. Elles ne se contentent plus de tester des outils : elles réévaluent leur modèle opérationnel et repensent leurs façons de prendre des décisions pour créer de la valeur.
Le véritable enjeu aujourd’hui est simple : structurer une vision claire et déployer une architecture IA capable de soutenir la stratégie de l’entreprise. Sans cela, les organisations tombent dans le piège de la multiplication d’outils sans cohérence. Cette dispersion dilue la valeur, fragilise la gouvernance et transforme une opportunité stratégique en empilement technologique.
Pour les PME et les ETI, l’enjeu est encore plus décisif.
L’IA est probablement la première vague technologique qui permet réellement à des organisations de taille intermédiaire de rivaliser avec des acteurs beaucoup plus grands, non pas en travaillant plus, mais en travaillant autrement.
Selon l’étude Bpifrance publiée récemment, 58 % des dirigeants de PME-ETI considèrent l’IA comme un enjeu de survie à moyen terme. Pourtant, seuls 32 % l’utilisent réellement. Ce chiffre dit tout : la bascule intellectuelle a eu lieu, mais le passage à l’échelle reste devant nous.
Pendant ce temps, l’impact macroéconomique de l’IA est déjà visible ailleurs.
Aux États-Unis, certaines analyses estiment que les investissements liés à l’IA ont contribué à plus de 1 % de la croissance récente du PIB. Des travaux académiques projettent des gains de productivité de plus de 3% à long terme, un choc comparable aux grandes vagues d’automatisation.
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En Europe du Nord, notamment au Danemark et en Suède, plus d’une entreprise sur cinq utilise déjà l’IA. L’Allemagne, fidèle à sa culture industrielle, accélère désormais son déploiement à grande échelle.
Ce décalage n’est pas nouveau. Notre pays a souvent abordé les grandes ruptures technologiques avec méthode — parfois avec lenteur. Le cloud en était déjà un signal. Notre culture de la régulation et de la maîtrise du risque est une force lorsqu’il s’agit de sécuriser. Mais dans une transformation aussi rapide, la vitesse devient elle-même un avantage compétitif.
Et pourtant, quelque chose est en train de changer en France.
Depuis plusieurs mois, dans mes échanges avec des dirigeants, je vois le regard évoluer. L’IA n’est plus un sujet d’innovation. Elle devient un sujet de direction générale. L’étude Bpifrance confirme cette accélération avec une montée rapide des projets au sein des PME et ETI.
Mais une confusion persiste. Le vrai enjeu n’est plus de se demander “Quel outil utiliser ?” mais plutôt “Quelle architecture construire pour industrialiser l’IA et en capter durablement la valeur ?”
Les entreprises qui réussiront cette transformation penseront plateforme, pas catalogue d’outils.
Il s’agit de construire une colonne vertébrale technologique capable de centraliser les données, sécuriser les usages et installer une gouvernance claire, puis d’y connecter des cas d’usage modulaires : opérations, finance, supply chain, ressources humaines, productivité des collaborateurs, expérience client.
L’IA cesse alors d’être une expérimentation pour devenir une infrastructure.
Cette logique n’a rien de théorique. Elle guide déjà les stratégies des leaders technologiques : associer infrastructure cloud, briques d’IA et services pour orchestrer les usages dans un environnement sécurisé et scalable. Les modèles LLM open-source s’inscrivent dans cette vision : fournir un socle clair sur lequel les entreprises peuvent construire sans recréer de la complexité.
À condition de résister à la tentation de l’expérimentation permanente. Accumuler des outils n’a jamais constitué une stratégie. Industrialiser, oui.
Nous avons aujourd’hui en France une opportunité rare : ne pas simplement adopter l’IA, mais l’intégrer intelligemment pour créer de la croissance, de la productivité et de la valeur collective.
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(*) Paul de Billy est Managing Director d'Alibaba Group en France.Il rejoint Alibaba en 2018 pour diriger les ventes de l'activité Cloud Intelligence France, avant de prendre la responsabilité des partenariats et alliances pour Alibaba Cloud en Europe. Il est nommé Directeur Général en septembre 2023 et œuvre aujourd'hui à renforcer les liens entre les différentes activités du groupe (e-commerce, cloud, logistique et tourisme) et les entreprises françaises.Avant de rejoindre Alibaba, Paul de Billy a évolué au sein de plusieurs grandes entreprises du secteur technologique (Devoteam, Capgemini et Microsof Azure), où il a développé une solide expérience dans le cloud et la transformation numérique.