À l’école, on l’appelait « Bouboule ». Il comprend rapidement qu’il ne fera pas la différence par son physique, ni par la force, ni par l’argent. Alors il choisit la repartie et impose sa présence par l’humour et l’insolence. Faire rire pour passer du côté des plus respectés. C’est aussi une échappée. Une façon de se dégager d’un cadre familial trop étroit, d’une enfance sans débordement d’affection. Cadet d’une fratrie de cinq, fils d’un chaudronnier des chantiers du Havre et d’une mère au foyer peu démonstrative, il se projette ailleurs.
À la radio, d’abord, où il prête sa plume à Jean Amadou. Puis à la télévision, lorsque Jacques Martin lui offre ses premiers pas de chansonnier dans Ainsi font, font, font. La suite s’écrit dans la durée : à 63 ans, il affiche plus de 40 ans de carrière, des émissions devenues des institutions, des comédies de boulevard à succès.
On le retrouve dans un café voisin de RTL où il vient d’enregistrer Les Grosses Têtes. Son débit est rapide, son sourire, constant. Mais dès qu’il s’agit de lui, quelque chose se retient. On n’demande qu’à le connaître. Lui n’demande qu’à en rire. On aura tout essayé, sa pudeur fait écran.
LA TRIBUNE DIMANCHE — C’est un peu difficile de vous cerner car vous n’êtes pas très à l’aise pour parler de vous…
LAURENT RUQUIER — C’est vrai, et ça me va très bien. On vit dans une époque où tout le monde raconte tout, tout le temps. Je trouve que certains artistes s’épanchent un peu trop. Notre métier est de faire rire, de faire rêver, d’apporter quelque chose. Pas de transformer le public en psy. Bien sûr, je peux être fatigué, traverser des moments plus compliqués, mais franchement je me considère comme quelqu’un de très gâté.