Michel Boujenah : « On cache beaucoup de choses en racontant des blagues »
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À Paris, le 8 décembre 2025.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
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À Paris, le 8 décembre 2025.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Il masque ses blessures derrière l’urgence de faire rire. S’agite pour couvrir le bruit de ses angoisses. Michel Boujenah est fondamentalement gentil. Ce qui, par les temps qui courent, frôle presque la provocation. Il a cette élégance singulière du Méditerranéen qui a beaucoup encaissé sans jamais monter sur ses ergots. Un oral devant la classe au lycée sur le roman d’André Schwarz-Bart Le Dernier des Justes (1959) bouleversera son existence.
Pour la première fois en quinze ans, il sent qu’on l’écoute vraiment. Qu’il existe. Le zozotement disparaît, la honte aussi. Il fait de ce qu’on lui reprochait un étendard : oser le récit autobiographique, identitaire, avec son accent séfarade, à sa façon unique et précurseure. À 73 ans, l’acteur remonte sur scène pour incarner Jean-Philippe, dont les deux enfants sont convaincus qu’il veut les déshériter. Une histoire de théâtre seulement car dans la vraie vie le père de Joseph et de Louise est encore plus mère juive qu’une mère juive.
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LA TRIBUNE DIMANCHE — Vous êtes l’avant-dernier d’une fratrie de quatre garçons. Avez-vous eu du mal à trouver votre place ?
MICHEL BOUJENAH — Je suis ce qu’on appelle le puîné : ni le premier, ni le cadet, ni le benjamin. Un peu rien, en somme, mais on vit avec. Si je n’en ai jamais voulu à mes frères, j’ai longtemps ressenti en moi une énorme tristesse inexplicable jusqu’à me rendre compte récemment qu’ils n’avaient pas reçu autant que ce que ma mère m’a donné, comme des tête à-tête avec elle une fois par mois pour regarder des films au cinéma.