Dans « Trois hommes et un couffin », la comédie de Coline Serreau sortie en 1985, Michel Boujenah incarne, pour la première fois en France à l'époque, la transformation d'un homme macho en un père déconstruit. Quarante après, il revient sur la genèse de son rôle.LA TRIBUNE DIMANCHE — Est-ce que vous vous êtes rendu compte pendant le tournage que le film ferait date ?
MICHEL BOUJENAH — Non , le seul qui en était conscient, c'est Roland Giraud, qui n'arrêtait pas de dire qu'on faisait un grand film qui allait toucher profondément les gens ! Avec André, on était trop superstitieux pour y penser... Maintenant, on a quarante ans de plus ! C'est un film qui perdure dans la tête et dans le cœur des gens, il a dépassé sa condition de « simple film » pour toucher une dimension sociétale. Récemment, lors d'une projection en festival, j'ai été frappé de voir que les jeunes adoraient le film et rigolaient beaucoup.
À l'époque, vous avez accepté ce rôle de père « déconstruit » sans hésitation ?
Oui ! C'était une belle histoire bien écrite, drôle, intelligente, moderne... Je connaissais bien le cinéma de Coline Serreau et sa manière de parler du monde. J'aurais accepté n'importe quel rôle venant d'elle ! Au théâtre, d'où je viens, je ne me posais pas de questions sur mon « image ». Comme aujourd'hui d'ailleurs : je viens de jouer un rôle de grand-père et j'ai adoré ça.
Au départ, vous jouez un trio de machos absolus...
Oui, au début du film, nous sommes vraiment trois cons ! Mais ce qui est intéressant justement, c'est la métamorphose de ces trois machos, qui découvrent une autre dimension de leur vie, de leurs émotions, de leur relation aux enfants... Sans pour autant que ça les « féminise » ! Je ne pense pas que s'occuper d'un bébé quand on est un homme, ce soit « être féminin ». Cela ne me rend pas plus féminin de laver des assiettes, ni de prendre mon bébé dans mes bras ou de lui raconter des histoires. Ça me met en contact avec la vie, que je n'ai pas portée. Avoir un enfant, découvrir qu'on est capable de s'occuper d'un bébé et de l'aimer, c'est tellement bouleversant pour un homme. À l'époque du Couffin, le congé paternité n'existait pas, mais en 2025 le film touche les gens parce qu'il décrit les hommes d'aujourd'hui : comment ils découvrent le plaisir d'être des pères.