RÉCIT — La comédie de Coline Serreau sur trois célibataires endurcis devenant papas poules, sujet avant-gardiste pour l’époque, fête ses quarante ans et reste l’un des plus gros succès du cinéma français.Il faut voir leurs têtes devant ce paquet rose pâle et gazouillan échoué sur leur paillasson. Yeux exorbités, bouches ouvertes, sourcils levés... Des humains devant un ovni ? Des poules devant leur premier œuf ? Simplement des hommes des années 1980 devant un couffin abandonné sur le palier de leur grand appartement, plutôt habitué à voir défiler les oiseaux de nuit et les amantes d'un soir... Pour seule explication, un mot de sa mère, partie travailler à New York : les trois célibataires héritent du nourrisson pour six mois et sont priés de bien s'en occuper.
Post-scriptum : la petite fille est l'enfant de Jacques (André Dussollier, steward fêtard qui collectionne les aventures), fruit de leurs ébats d'un soir. Panique à bord... Mais c'est compter sans l'irrésistible mignonnerie de ce bébé, qui finira par les convertir tous à une paternité plus que consentante. Autrement dit : « C'est l'histoire de trois crétins qui deviennent intelligents, voilà », lancera, lapidaire et maligne, la réalisatrice Coline Serreau, pour résumer son Trois hommes et un couffin, sorti en 1985.
C'est une image, celle de trois hommes penchés sur un berceau (et qui deviendra l'affiche du film), qui est apparue un jour à Coline Serreau et lui a donné l'idée du scénario. Elle hésitait entre cette idée et une autre, celle d'un homme qui perdait le même jour sa femme et son emploi...
Cette seconde vision deviendra, plus tard, un de ses autres films avant-gardistes : La Crise (1992), dont les monologues libérateurs interprétés par Zabou Breitman et Maria Pacôme sont devenus cultes. Deux films, deux captures de l'air du temps qui sont en réalité déjà sa signature : dès 1976, dans Mais qu'est-ce qu'elles veulent !, son premier film, elle pointait déjà les retards de la France en matière de féminisme à travers des portraits de femmes de tous horizons, et dans Qu'est-ce qu'on attend pour être heureux ! (1982), elle épinglait sans vergogne le monde de la publicité et de la surconsommation.