Il avait juré qu’il ne serait jamais père. Et puis, bam : en 2023, la vie en a décidé autrement. Comme ce matin du 7 janvier 2015 où, grâce à une panne de télévision, il échappe à une heure près à la tuerie dans la rédaction de Charlie Hebdo, où il était attendu pour tirer les rois avec Charb, Cabu et Wolinski. À 49 ans, le Perpignanais avance au rythme d’accidents, heureux ou tragiques, qui ont nourri ses quatre spectacles. Convaincu que, tant qu’il est possible de s’en ébaubir, il reste encore mille raisons de sourire.
Sous les dehors d’un dilettante persifleur se cache un gros bosseur, diplômé en sciences criminelles et donc ancien aspirant profiler. Petit-fils d’immigrés arméniens, il a du fond dans le ciboulot et de la connerie lucide dans le micro. Et dès que la conversation devient trop sérieuse, il le reconnaît lui-même avec malice : craignant de devenir « chiant », il replonge aussitôt dans le rire.
LA TRIBUNE DIMANCHE — Il y a dix ans, vous avez dit : « J’arrêterai de monter sur scène le jour où je serai guéri. » Pas de guérison en vue ?
MATHIEU MADÉNIAN — Il ne faut pas être véritablement bien dans sa peau pour devenir humoriste. Je pense que tous ceux qui montent sur scène cherchent d’une certaine manière à combler un manque. Dans le film Garden State, il y a cette idée que l’on retourne toujours dans sa famille avec l’espoir, souvent inconscient, de récupérer quelque chose que l’on n’a pas reçu. Et on en repart généralement sans l’avoir obtenu, parce que ce n’est tout simplement pas là qu’on pourra le trouver. Faire rire les autres sert à combler ce qui nous a manqué.