À Cannes cette année, on pétitionne beaucoup, mais c’est surtout le passé d’une France occupée qui refait surface à travers des œuvres aussi diverses que majeures.Quatre. Il y a pas moins de quatre films français en sélection officielle qui se déroulent durant l’Occupation. Quatre films dits de fiction mais qui évoquent des histoires vraies et des personnages qui ont tous bel et bien existé. Trois films sur de grandes figures de la Résistance : Charles de Gaulle avec le premier volet du diptyque que lui a consacré Antonin Baudry, La Bataille de Gaulle – L’Âge de fer, Jean Moulin dans le film de László Nemes Moulin et enfin l’abbé Alexandre Glasberg dans La Troisième Nuit de et avec Daniel Auteuil.
Face à eux, un film sur la collaboration, Notre salut d’Emmanuel Marre, d’après la correspondance de ses arrière-grands-parents.
Les hasards des tournages et des programmations ne peuvent suffire à expliquer cette floraison concomitante. Pourquoi cet intérêt à la fois groupé et disparate tant ces quatre films et leurs auteurs sont radicalement différents ? Que racontent-ils sur cette époque qui ne cesse de hanter la société française ? Et pourquoi le cinéma français s’y intéresse-t-il autant ?
Contrairement à certaines œuvres du passé (Le Chagrin et la Pitié et Lacombe Lucien notamment), ces nouveaux films ne font pas polémique. À l’exception notable du Moulin écrit et réalisé par le cinéaste hongrois László Nemes, qui signe ici son quatrième film. Si le choix de Gilles Lellouche pour incarner cette figure illustre avait pu rendre certains dubitatifs, des réserves plus profondes ont émergé au fil des jours. Principalement parce que le cinéaste a cru bon, en l’absence d’un récit certifié par les historiens, d’inventer plusieurs scènes pour évoquer le martyre de Moulin à Lyon.
Était-ce vraiment nécessaire ? Plus grave peut-être, le film offre un portrait assez complaisant du nazi tortionnaire Barbie, alors même que, le concernant, grâce à son procès public et filmé pour l’Histoire, on dispose d’un portrait absolument terrifiant.