ENTRETIEN — À 53 ans, Melvin Poupaud aime surprendre et se surprendre. Faire un pas de côté, dans la vie comme à l’écran. Dans « Plus forts que le diable », il interprète un SDF au cinéma, et un patron d’hôtel dans la série « Privilèges ».Dans ce lobby d’hôtel germanopratin où il donne rendez-vous, Melvil Poupaud apparaît tel qu’en lui-même, quinquagénaire ténébreux à l’élégance innée, allure qu’il promène sur la pellicule depuis ses débuts, en 1983. Plus de soixante-dix films plus tard, celui qui a souvent incarné de jolis garçons un peu torturés dans des films d’auteur chez Ruiz, Rohmer ou Doillon a aussi emprunté des chemins de traverse, montrant son autre visage, plus singulier, chez Ozon, Dubroux ou Donzelli (dans le percutant L’Amour et les Forêts, en 2023).
Dans la vie, celui qui « [s]e fou[t] complètement » d’avoir un césar cultive en réalité un solide goût pour l’anti-conformisme, hérité de sa mère : tutoiement facile, parole franche et contre-courant assumé, ce fan de hard rock en chemise blanche n’est pas peu fier de sa double actualité déconcertante : au cinéma, il incarne un SDF paumé dans une comédie de genre déjantée, Plus forts que le diable, de Graham Guit ; dans la série Privilèges (HBO), il endosse les habits d’un directeur de palace manipulateur. Un grand écart qui sied parfaitement à celui qui ne cesse d’explorer, à travers le cinéma, la musique ou le dessin, toutes les facettes de sa personnalité.
LA TRIBUNE DIMANCHE — On ne vous attendait pas dans ce rôle à contre-emploi d’un SDF atypique et moustachu qui sème le chaos dans la vie de son fils… Pourquoi ce choix ?
MELVIL POUPAUD — Ça me fait plaisir quand on me dit qu’on ne me voyait pas dans tel ou tel registre ! C’est ce que je cherche à faire depuis longtemps : me surprendre en acceptant des rôles le plus différents possible, pour ne pas avoir une image fixe ni un registre défini. À mes débuts, on me confiait des rôles qui ressemblaient à ce que j’étais peut-être dans la vie, un jeune homme assez ténébreux, torturé, romantique…