« Amadeus », « L’École des femmes », « La Découvreuse oubliée »... Notre sélection théâtre de la semaine

Découvrez la sélection théâtre de la semaine.
LTD / Marion Duhamel - DAVID DELAPLACE - Cyril Bruneau

Découvrez la sélection théâtre de la semaine.
LTD / Marion Duhamel - DAVID DELAPLACE - Cyril Bruneau
Coupe du monde de football : pourquoi la France est désormais hors-jeu pour l'organiser
Inflation à 2,4 % : pourquoi l’été 2026 sera pourtant impossible pour des millions de Français
Eolien en mer : pourquoi il est peu probable que la totalité des 10 gigawatts de projets soit réellement développée
Aéronautique, spatial, défense : souveraineté, la fin des illusions
Autoroute A69 : Le Conseil d'État examine le dossier, le rapporteur public défavorable aux opposants
La BCE serre la vis à Revolut et remet en cause son modèle d’innovation rapide
La lumière entre à flots par les fenêtres qui donnent sur les allées arborées des Champs-Élysées. Le soleil joue dans les frondaisons et, au-delà, sur les verrières du Grand Palais. Des promeneurs déambulent, heureux, dans ces bouffées de printemps. En forme, chaleureux, Jérôme Kircher accueille, souriant, dans sa loge. « Deux pièces sur les Champs-Élysées, pas mal ! » lui fait-on remarquer. Dans une penderie ouverte, les différents costumes d’Antonio Salieri sont suspendus.
Au-dessus, la perruque grise, à cheveux raides, du compositeur-narrateur, premier à entrer sur le plateau et à s’adresser au public dans l’immense salle du Marigny, très soigneusement réhabilitée il y a quelques années. Dans Amadeus, en effet, l’auteur dramatique britannique Peter Shaffer (1926-2016) délègue le récit à ce personnage brillant et ténébreux, soupçonné d’avoir empoisonné le jeune génie. Le film homonyme de Milos Forman, sorti en 1984, fit connaître au monde entier cette étrange histoire qui avait inspiré Pouchkine dès 1830 en une pièce brève, un acte, deux scènes, base d’un opéra de Rimski-Korsakov.
« Je me souviens d’être venu voir Amadeus ici même, avec mes parents, confie Jérôme Kircher. François Périer face à Roman Polanski, qui signait la mise en scène. J’étais encore jeune, et loin du théâtre. En travaillant, j’ai évidemment lu des livres, des textes. Et j’ai beaucoup ri en découvrant la férocité du critique du Monde, Michel Cournot, assassinant le spectacle en quelques lignes… C’était en 1982, avant le film. »
Cet éternel jeune premier, si souvent applaudi, le rappelle : « Je ne pensais pas du tout devenir comédien. J’ai longtemps voulu être médecin. Médecin du monde, dans le monde évidemment, et j’ai entrepris très sérieusement des études. Mais après quelques années, j’ai compris que cela ne serait pas ma vocation, et j’ai bifurqué ! »
Un virage en épingle à cheveux. Hasard, amitié. Pierre-Olivier Scotto lui a ouvert la porte. « J’ai commencé tard. Et tout n’a pas été simple, malgré la chance. J’ai réussi le Conservatoire, où j’ai rencontré mes meilleurs amis, Denis Podalydès, Éric Elmosnino, Patrick Pineau, Anne Brochet, et où j’ai eu des professeurs merveilleux, Gérard Desarthe, Michel Bouquet, Bernard Dort. Des maîtres qui m’inspirent toujours. Je m’en remets à eux. »
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Mais au Conservatoire, Jérôme Kircher se heurte à quelques médiocrités : l’une des profs l’enferme dans une formule toxique. Il ferait preuve d’« incompétence artistique ». Patrice Chéreau l’a repéré et lui offre un rôle dans Hamlet qui sera créé dans la cour d’honneur du palais des Papes d’Avignon en juillet 1988. Le directeur lui interdit d’aller répéter, le menaçant de lui refuser tout diplôme. Comme c’est moche, parfois, ces adultes pervers.
Aujourd’hui il en rit, mais on devine les souffrances du tout jeune homme. La vie est plus forte, et le talent, et l’intelligence, et le travail. Depuis 1988, justement, Jérôme Kircher, 23 ans alors, n’a jamais arrêté, avec une préférence marquée pour le théâtre. « Au cinéma, j’ai connu des rencontres intéressantes, des films qui comptent et des rôles que j’ai aimés, mais j’ai souvent tourné pour gagner ma vie ! J’avais mes enfants. »
Son parcours est exceptionnel et on ne saurait citer un rôle plutôt qu’un autre, comme sur les planches. « Chéreau, mais aussi André Engel, Bernard Sobel, Joël Jouanneau, Luc Bondy, Irina Brook, Denis Podalydès, Alain Françon, et puis bien sûr Wajdi Mouawad, mon frère intelligent. »
Incarner Salieri n’est pas simple : « Il est d’abord celui qui pleure en entendant Mozart la première fois. » Floué parce qu’il s’est remis à Dieu, comprenant le génie du jeune Amadeus, lui-même grand musicien au pouvoir, exaspéré par ses excès et grossièretés pénibles, il souffre. Avec les frères Solivérès, Jérôme Kircher ne cesse de travailler. Antonio Salieri, deux heures sur le plateau, exige une concentration certaine.
Une manière de creuser toujours, mais sans crispation. Il a rencontré Irène Jacob en jouant Résonances à l’Atelier, en 2000. Leurs deux garçons, Paul et Samuel, ont baigné dans une atmosphère qui les a conduits à devenir comédiens à leur tour. Une dynastie, les Kircher.
On ressort dans le soleil couchant. Le jeune Proust se baladait ici et, non loin de là, le 1er juin 1938, Ödön von Horvath reçut, à l’arrière de la tête, une branche de marronnier brisée par une bourrasque violente, lors d’un orage, et en mourut. Sur le mur du Théâtre Marigny, une plaque rappelle ce funeste accident.

Un grand spectacle généreux, une production très soignée et séduisante avec costumes, masques et musiciens, dès l’entrée dans le grand hall de Marigny. Cet accueil enchante. La pièce Amadeus du Britannique Peter Shaffer a été rendue célèbre par l’époustouflant film homonyme de Milos Forman, sorti en 1984, mais elle avait été montée en France dès 1982. Déjà à Marigny avec François Périer jouant Salieri et Roman Polanski, Mozart. Le cinéaste avait veillé à la mise en scène que signe aujourd’hui Olivier Solivérès.
Après avoir réveillé Le Cercle des poètes disparus, il a conçu cette adaptation d’Amadeus avec efficacité et finesse. Base idéale pour deux grands interprètes : le virevoltant Thomas Solivérès, jeune athlète gracieux, visage d’enfant, charmeur impénitent, rire sonore et crispant obligé. Il sait trouver en Mozart la peur, la hantise de la mort, une gravité déchirante. Face à lui, Jérôme Kircher est Salieri, le narrateur. Déchirant vieillard aux cheveux gris ou homme dans la force de son âge et de son grand talent. Reconnu, aimé, mais dévasté. Une magnifique interprétation tout en subtiles nuances. Chanteurs lyriques et musiciens ajoutent au ravissement.
📍 Théâtre Marigny, à 20 heures les mercredi et jeudi, 21 heures les vendredi et samedi, 15 heures le dimanche.
🕤 2 heures.
☎️ 01.86.47.72.77.

Après son excellente mise en scène de Katte de Jean-Marie Besset, Frédérique Lazarini nous offre un spectacle bouleversant et drôle en montant L’École des femmes du cher Molière. Elle a légèrement allégé certains monologues, sans dénaturer la comédie, qui date de 1662, et présente un mélange de cruauté terrible, d’innocence et de joie franche. L’intrigue se noue autour d’une situation scabreuse : un homme a fait élever une petite fille qu’il a repérée dès ses 4 ans pour l’épouser plus tard et, espère-t-il, ne pas être trompé… Un malade, un ogre que cet Arnolphe qu’incarne magistralement Cédric Lucas, en variations fascinantes.
Odieux, terrorisant, mais si vulnérable. Sans cesse épiée, la brune Agnès, Sara Montpetit, candide et intelligente, oppose sa sincérité au méchant. Sa chambre est une cage de verre et des caméras la traquent. Portée par son amour pour Horace, le touchant Hugo Givort, et le destin miraculeux, elle sera libérée. Emmanuelle Galabru, Alain Cerrer, Guillaume Veyre complètent la distribution. C’est brillant et enthousiasmant.
📍 Théâtre Artistic Athévains, à 20 heures le mardi, 17 heures le mercredi (20 heures le 11 mars), 19 heures le jeudi, 20 h 30 le vendredi, 17 heures et 20 h 30 le samedi, 15 heures le dimanche. Relâche les 10 mars, 10 et 17 avril et 1er mai. Jusqu’à la fin de la saison, et reprise au Chêne Noir, à Avignon, en juillet.
🕤 1 h 30.
☎️ 01.43.56.38.32.
Élisabeth Bouchaud, physicienne reconnue, directrice du Théâtre de la Reine Blanche, autrice, comédienne, consacre des pièces au destin de femmes scientifiques qui se sont fait voler leurs travaux par des hommes. Après Lise Meitner et la fission nucléaire, Jocelyn Bell et les pulsars, Rosalind Franklin et la structure en double hélice de l’ADN, voici la Française Marthe Gautier qui découvrit la trisomie 21 mais vit le résultat de ses recherches endossé par un confrère.
Elle mit dès lors toute son énergie dans la cardiologie pédiatrique, recevant d’importants prix, et, cinquante ans après sa mise à l’écart, accepta de dire la vérité. La pièce, mise en scène par la sagace et délicate Julie Timmerman procède par flash-back. Marie-Christine Barrault, lumineuse et sensible, est Marthe dans son bel âge, et Marie Toscan interprète la scientifique dans sa jeunesse. Elles sont harmonieuses. Matila Malliarakis et Mathieu Desfemmes complètent la distribution en jouant plusieurs rôles. Bientôt, le nom de Marthe Gautier sera gravé sur la tour Eiffel. Justice !
📍 Théâtre de la Reine Blanche, à 19 heures du mercredi au vendredi, 18 heures le samedi, 16 heures le dimanche. Jusqu’au 29 mars. Puis à Avignon en juillet.
🕤 1 h 15.
☎️ 01.40.05.06.96.

Créée il y a déjà près de vingt ans au théâtre Hébertot, la comédie de Sébastien Thiéry Cochons d’Inde signait l’entrée dans la cour des grands d’un élève du Conservatoire s’étant fait connaître par d’insolites sketchs. Dans la vraie vie – des farces déstabilisantes – ou à la télévision. Il y a toujours quelque chose d’une forme brève dans les pièces de l’auteur de Dieu habite Düsseldorf ou de L’Origine du monde.
Mais avouons que cette nouvelle production ne se termine pas en une pirouette désinvolte. La pièce a été légèrement retouchée. Le trio des protagonistes fait merveille sous la houlette de Julien Boisselier. L’argument est mince mais la situation précipite un honnête homme de belle étoffe, Arnaud Ducret, bon dans la timidité comme dans la terreur, dans un cruel cauchemar. Premier à paraître, Maxime d’Aboville donne à l’employé de banque une allure de personnage à la Kafka, tandis que la cheffe coquette de la malicieuse Emmanuelle Bougerol, dévoile un tempérament de feu. C’est fou ? Oui, complètement fou, mais tellement bien joué que l’on est enthousiaste.
📍 Théâtre des Nouveautés, à 21 heures du mardi au samedi, en matinée le samedi à 16 h 30 et le dimanche à 16 heures.
🕤 1 h 30.
☎️ 01.47.70.52.76.