Le Café des Sports, l’époque passe… La chronique de François Simon

Découvrez la nouvelle chronique de François Simon.
LTD/DR

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Ce dimanche soir, au Café des Sports du Touquet, c’est un vrai bonheur d’entendre des Touquettois évoquer cette institution locale. Très vite, on bascule dans le temps passé.
Ils n’évoquent pas sa création (1911) mais ses belles années, qui sont toujours les leurs, avec ses bringues, ses nuits sans heures, le welsh rarebit avalé à l’ombre d’une pinte de bière, la musique, les célébrités : Charles Trenet, Serge Gainsbourg qui débuta au Flavio non loin de là, Philippe Noiret… Bon sang, comme il faisait bon vivre, comme on était bien, vaillant, souriant. Et, comment dire, aujourd’hui, ce n’est plus vraiment pareil. Il manque quoi ? La belle clientèle, les garçons qui avaient de la classe, du bagout, la patronne… Où sont-ils donc passés ? Qui nous les aurait subtilisés ?
Le temps, notre inattention, notre manque d’exigence. Qu’à cela ne tienne, on s’accroche aux branches et l’on regarde les feuilles mortes tomber lentement vers le sol. Ce soir, la télé scotche les serveurs, guère débordés il faut bien l’avouer. Elle joue un match du championnat britannique de foot, comme si notre époque se décentrait vers l’ailleurs. Le welsh rarebit a toujours cette profondeur vicelarde que certains viennent saucer au pain. La gaufre est un peu trop tendre et crue pour être crédible.
De surcroît, une chantilly mécanique la dessert non sans vergogne. Pfut, tout semble f… le camp, mais l’on s’accroche au bastingage. Et si cette adresse disparaissait avec nos souvenirs, on serait bien malin avec nos vacheries, nos vannes, notre nostalgie à deux balles.
Lorsque l’on rentre alors à la maison sous un vent de fin d’hiver, on se demande bien si le temps ne va pas trop vite, que nos mots eux-mêmes ont décéléré. On se souvient alors qu’il y a à peine une heure, une longue tablée célébrait un anniversaire avec probablement la même ardeur que naguère, on devait déjà se lamenter sur l’état poussif des frites. Rassurons-nous, tout ne va pas si mal.
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🍽️ Café des Sports, 22, rue Saint-Jean (Le Touquet). Environ 40 euros. brasserielessports.fr