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Bertrand de Roffignac, bâtisseur d’utopies dans La Bal(l)ade de Nijinski au Théâtre du Châtelet

Armelle Héliot

Publié le 25 mai 2026 à 15:00

Répétitions de La Bal(l)ade de Nijinski au Théâtre du Châtelet.

Répétitions de La Bal(l)ade de Nijinski au Théâtre du Châtelet.

LTD/Thomas Amouroux

La Tribune Dimanche

N145 ● 12 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Interprète exceptionnel, il incarne Nijinski au Châtelet, tandis qu’en parallèle le chef de troupe vient d’investir la légendaire Grande Chaumière pour en faire une maison de théâtre.

Il va vite. Il parle à toute allure, il ne desserre pas trop les dents. Haut front légèrement bombé, yeux en amande et fins sourcils noirs, mince trait de moustache, nez aquilin, le visage est classique et subtilement expressif. L’homme, jeune, la trentaine, est grand, tout en nerfs et muscles longs. Un athlète. Un athlète affectif, dirait Antonin Artaud. Bertrand de Roffignac est un comédien exceptionnel.

Du Conservatoire aux créations d’Olivier Py en passant par la fondation de sa propre compagnie, ses spectacles, le Théâtre du Soleil en amateur très investi, des engagements pour les planches ou le cinéma, il ne s’est jamais accordé le moindre suspens. Il carbure à mille à l’heure. Mais il est toujours dans la précision du corps et de l’esprit. On ne l’a jamais vu « bouler » son texte sur un plateau. Il est serviteur de deux maîtres, le poète et sa langue, l’auteur et ses mots.

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Il a joué Arlequin. Non l’Arlequin serviteur de deux maîtres de Goldoni, mais l’Arlequin écrit pour lui par Olivier Py dans Ma jeunesse exaltée, dix heures justement exaltantes et qui ont porté le vif Bertrand de Roffignac sur le devant de la scène.

Un an auparavant, sur l’étroit podium de Hamlet à l’impératif, devant la Livrée Ceccano d’Avignon, il avait surgi, rayonnant d’énergie heureuse, bondissant, survolté, partageant la scène avec quelques jeunes artistes épatants. Il était, lui, tout simplement époustouflant. On va le retrouver dans une version scénique des Cahiers de Nijinski intitulée La Bal(l)ade de Nijinski, accompagné au piano par Guilhem Fabre, musicien, comédien, créateur d’un camion-scène qui part en tournée à la rencontre des publics.

« Nous ne sommes là que pour quelques mois »

C’est cette énergie, cette passion d’entreprendre et d’entraîner ses amis, ses compagnons de spectacle, qui a présidé à la transformation d’un lieu légendaire, l’Académie de la Grande Chaumière, en maison de théâtre. Au-dessus de la porte principale flanquée de plaques qui rappellent les artistes qui ont eu là leurs ateliers de peinture, de dessin, de sculpture, on découvre une enseigne : sur fond blanc, une main dont on ne saisit pas tout de suite la différence – elle a six doigts – et signale « L’Anomalie ». Un nom singulier pour une entreprise qui ne l’est pas moins.

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Il a fallu de la volonté, de la ténacité, du temps, pour que Bertrand de Roffignac puisse s’installer dans ce bâtiment aux allures de grande maison un peu mystérieuse, en plein Paris, quartier Vavin. Dès que l’on pénètre dans le couloir, on est saisi par le charme de l’ensemble. Tout un labyrinthe de pièces aux proportions différentes, d’escaliers étroits, de grands espaces inondés de lumière.

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Une salle pour les spectacles, une autre pour les projections, un grand salon, une buanderie, une cuisine-salle à manger, un stockage des costumes, un studio de danse, des petites cours arborées, bref un royaume pour la création et le partage, sur 800 mètres carrés

En quelques semaines, Bertrand de Roffignac et sa troupe ont tout installé. « Nous étions prêts, dit-il, modeste. Il y a deux ans, j’avais formalisé le projet. La charte de l’urbanisme transitoire de la Ville de Paris, qui date de 2021, me permettait d’espérer. François Esperet, poète et conseiller du groupe à qui appartient le bâtiment, a été déterminant. En principe, nous ne sommes là que pour quelques mois. » Raison de plus pour cravacher ! 

🎭 L’Anomalie, 14, rue de la Grande-Chaumière (Paris 6e).
ℹ️ Tous renseignements sur les programmes
 : anomalie.paris

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Dans les pas du Faune

Depuis sa nomination en tant que directeur du Théâtre musical de Paris – Châtelet, Olivier Py pensait à Nijinski. Dans son petit bureau, des photographies constellent les hauts murs. Et Serge de Diaghilev et Vaslav Nijinski sont présents, bien sûr. Après Hamlet, après Peer Gynt, voici Bertrand de Roffignac dans les pas du Faune en une « bal(l)ade » qui, du Grand Foyer, va le conduire sur les routes avec le camion-scène du pianiste Guilhem Fabre, qui l’accompagne. C’est dans l’hiver 1918-1919 que le danseur, au repos à Saint-Moritz, en Suisse, a entrepris ce journal bouleversant. Dix ans auparavant, le 19 mai 1909, avait lieu la première représentation de la Saison russe au Châtelet. Le directeur, Gabriel Astruc, a invité la compagnie de Serge de Diaghilev et Nijinski, en un saut fabuleux, emporte pour jamais le cœur du public.  

🎭 La Bal(l)ade de Nijinski, Théâtre du Châtelet, Grand Foyer, du 29 mai au 5 juin, à 20 heures, le dimanche à 15 heures et 18 heures, puis en tournée.
ℹ️ Sur réservation
 : chatelet.com

Armelle Héliot

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