ENTRETIEN – Tels les cerisiers en fleur qu’il célèbre dans son nouveau livre, le chef japonais laisse éclore à Paris des projets délicats, guidés par le goût et le geste.Voilà un chef aussi discret qu’inspirant, glissant sur le fil de l’actualité sans jamais s’y laisser prendre. Il était ici, le revoilà dans un adorable salon de thé-coffee shop (Wani, rue Saint-Placide, à Paris), et très prochainement avec une « maison de pétrissage », sans oublier un livre exquis aux Éditions de l’Épure* et un projet qu’il l’est tout autant (Hibi).
Lui qui fut champion du monde du céleri rémoulade (2022), le devint en restant proche du produit, de sa simplicité. Sans le « réinventer ». Nous avons réussi à l’immobiliser quelques instants avant qu’il ne reparte dans ses univers habités…
LA TRIBUNE DIMANCHE – Vous étiez destiné aux étoiles, à la grande gastronomie ; pourquoi avez-vous décidé en 2021 de vous éclipser ?
SUGIO YAMAGUCHI – J’en avais marre des clients et des chefs, moi compris. Il y avait trop d’ego autour de l’assiette. On cuisinait pour montrer ce qu’on savait faire. C’est normal quand on est jeune. On veut prouver, on veut impressionner. Mais à force, je me suis senti un peu à côté. Moi, je préfère une tête de maigre au feu de bois à un plat pensé pour être applaudi. J’avais envie de cuisiner pour le goût, pas pour l’effet.
Alors vous avez créé Wani ?
Pour moi, c’est sans réservation, on peut y aller quand on veut. D’ailleurs, parfois on a faim au milieu de la journée, mais où manger quelque chose de bon ? J’ai du mal à réserver une table deux semaines à l’avance, même deux jours ; pour moi le désir, l’appétit est quelque chose d’instantané, de vivant… Je rêve d’un carpaccio de saint-jacques de plongée à 16 heures !