« La Légende », de Boualem Sansal : pourquoi il faut lire l’« encombrant » prisonnier
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L'écrivain Boualem Sansal.
LTD/François BOUCHON/Figarophoto
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Chaque époque se reflète dans les livres qui la déchirent : le scandale, la toxicité et le tabou renvoient une société à elle-même bien davantage que le tiède et le conforme. La Légende est de ces livres-là : à peine paru chez Grasset, ce récit des 361 jours d’enfermement de Boualem Sansal fut sommé de choisir un camp avant d’avoir été lu.
Et c’est peut-être là l’essentiel : non le livre, mais ce que sa réception trahit d’une époque où la peur d’être rangé dans le camp du mal, de louer la mauvaise maison, de citer le mauvais auteur l’emporte sur le désir de comprendre, au point que l’on préfère ne rien dire ; une époque où le conformisme des élites culturelles est en passe de rendre la nuance elle-même suspecte.
On trouvera chez Sansal de quoi le diaboliser : sa place au comité éditorial de Frontières, l’amitié pour lui que revendique Éric Zemmour, et surtout cette pente regrettable qui, débordant la critique légitime de l’islamisme, lui fait confondre l’islam, l’immigration et l’insécurité. On trouvera aussi de quoi le sanctifier, à commencer par l’infamie de sa prison : un vieil écrivain malade, exilé, déchu de sa nationalité, dont l’œuvre entière est née de la violence algérienne et du deuil d’un pays.
Mais l’encenser ou le diaboliser sont deux tentations dont devrait se garder quiconque prétend prendre au sérieux le débat d’idées et nos principes fondamentaux. Or le cas Sansal démontre qu’il n’est rien de plus sérieux que la liberté. À ceux qui lui refusent jusqu’à l’honneur de leurs attaques et aimeraient l’enfermer dans le silence, nous sommes donc tentés de rappeler qu’un principe ne vaut rien s’il ne vaut que pour les siens : on ne défend la liberté d’expression qu’en la rendant à ceux que l’on combat.
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