« Ce sont deux mondes interconnectés depuis longtemps » : quand l’horlogerie et l'art font affaire

Quand l’horlogerie épate la galerie.
LTD/Audemars Piguet

Quand l’horlogerie épate la galerie.
LTD/Audemars Piguet
C’est dans « l’art du temps », au sein d’une industrie réputée plutôt conservatrice et appliquée. En novembre dernier, Audemars Piguet organisait dans son musée-atelier de la vallée de Joux, en Suisse, le lancement d’une pièce en collaboration avec le street artiste Kaws. Pour l’occasion, une sculpture de 11 mètres de haut, représentant Companion, le personnage cartoonesque récurrent de l’Américain, a été installée sur place. Effet spectaculaire garanti !
Plus près de nous, c’est lors d’une grande soirée à Singapour que Hublot a présenté l’incroyable création de l’artiste Daniel Arsham : une montre organique à l’étonnante lunette en verre. La cité-État n’a pas été choisie par hasard : elle abrite une importante communauté d’amateurs-collectionneurs de montres, tout aussi férus d’art.
La manufacture revendique et construit patiemment un lien très fort avec l’univers artistique. Si la fructueuse collaboration avec Richard Orlinski, entamée en 2017, est aujourd’hui révolue, elle a donné naissance à une belle portée de Classic Fusion reprenant le style plié-facetté du créateur niçois. La maison a aussi conçu, avec l’artiste japonais Takashi Murakami, des pièces « kawaï », ornées de ses grandes « fleurs souriantes ».
« L’art et l’horlogerie sont deux mondes interconnectés depuis longtemps, rappelle Julien Tornare, le PDG de Hublot. Dès la Renaissance, en effet, les premières pendules sont ornées de gravures, d’émaux et de sculptures. » Mais il faut attendre le début du XXe siècle, pour que la manufacture Zenith fasse directement appel au peintre et affichiste Alfons Mucha.
À l’autre bout du siècle et du spectre horloger, l’arrivée de la Swatch en plastique, en 1983, a aussi fait l’effet d’un véritable détonateur. Dès ses débuts, cette montre « pop » et grand public s’envisage comme un support artistique. « Notre collection Gent Art Special propose les plus petites toiles du monde, formule Carlo Giordanetti, le directeur créatif. Elle a vu passer les plus grands artistes comme Damien Hirst, Keith Haring ou Sam Francis. »
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D’autres maisons ont la fibre. Baume & Mercier a rendu par deux fois hommage au peintre Pierre Soulages, parant son modèle Hampton de son fameux outrenoir. Zenith collabore de son côté avec Felipe Pantone, graffeur hispano-argentin, connu pour intégrer des éléments de design numérique dans le monde réel. In fine, ces montres finissent par être fort recherchées par les amateurs, renforçant leur cote à la revente. Le sceau arty constitue alors une véritable double plus-value.
⌚ Audemars Piguet - Royal Oak Concept Tourbillon « Companion »

La manufacture de la vallée de Joux est en dialogue permanent avec le monde culturel. En 2024, elle s’est alliée au graffeur new-yorkais Kaws. Celui-ci a installé son personnage Companion, sorte de Mickey hydrocéphale reconnaissable à ses yeux en croix, sur le cadran d’une Royal Oak Concept. Pour ce personnage cartoonesque qui se révèle aussi attachant que déroutant, il a fallu utiliser la technique de la miniaturisation. L’indication de l’heure, quant à elle, adopte un affichage périphérique innovant.
👛 200.000 euros environ (250 exemplaires).
⌚ Swatch × Tate Gallery Turner’s Scarlet Sunset

En 2024, Swatch s’allie à la Tate Gallery, réunion de plusieurs musées britanniques d’art moderne et d’art contemporain. Objectif recherché par les protagonistes : « Faire découvrir l’art au plus large public. » Louable intention ! Cette collaboration a déjà engendré des montres Chagall, Matisse ou encore Miró. La Scarlet Sunset s’inspire du tableau éponyme de William Turner. Petite subtilité sur cette pièce, la roue de calendrier multicolore fait évoluer délicatement, la teinte du soleil sur le cadran… Charmant !
👛 100 euros.
⌚ Bvlgari Octo Finissimo Lee Ufan Édition Spéciale

Peintre, sculpteur, poète et philosophe, le Sud-Coréen Lee Ufan vit au Japon. L’artiste travaille notamment sur la résonance émotionnelle d’un objet. Il est bien tombé avec l’Octo Finissimo de Bulgari, sculpturale montre octogonale inspirée de la forme de la basilique de Maxence et Constantin, à Rome. Sur le modèle de Lee Ufan, le boîtier extra-plat est limé à la main. Pour le reste, l’artiste a choisi l’épure avec un cadran miroir juste accentué par deux aiguilles noires et une fort gracile petite seconde, excentrée. Ce cadran traduit le contraste entre une pierre, statique et limitée, et les reflets infinis d’un miroir…
👛 22.000 euros (150 exemplaires).
⌚ Hublot MP-17 MECA-10 Arsham Splash Titane Sapphire

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« Je voulais créer des montres à partir de zéro, explique Daniel Arsham. Hublot m’a proposé de le faire. » L’an dernier, l’artiste américain avait revisité ex nihilo une montre de poche. Pour 2025, il revient avec une spectaculaire montre sculpture à la forme organique. Sa lunette en verre dépoli fait penser à une vaporeuse goutte d’eau. « Les fabricants sont si habitués à la symétrie que leurs machines n’étaient pas adaptées à mon modèle asymétrique, sourit le créateur. D’où bien des difficultés de conception. » Boîtier en titane, lunette en verre et bracelet caoutchouc : la « fusion des matériaux » Hublot est respectée.
👛 69.000 euros (99 exemplaires).