DÉCRYPTAGE — Alors que le pèlerinage de La Mecque débute ce dimanche 24 mai, la chercheuse du CNRS explique pourquoi les rivalités confessionnelles sont peu mobilisées dans le conflit.La guerre n’aura pas eu raison de leur foi. Ce soir débute le traditionnel pèlerinage de La Mecque et selon les autorités saoudiennes, 1,2 million de fidèles ont convergé cette semaine vers le premier lieu saint de l’islam. Jamais, sans doute, le hadj ne s’est déroulé dans une ambiance aussi dégradée, avec la menace d’une relance des bombardements américains et israéliens sur l’Iran. Dans un Moyen-Orient dominé par la rivalité entre sunnites et chiites, le conflit pourrait-il aussi se déplacer sur le terrain religieux ? Réponse avec l’islamologue et chercheuse au CNRS Sabrina Mervin.
LA TRIBUNE DIMANCHE – Le conflit au Moyen-Orient élude pour l’instant la question religieuse. Comment l’expliquer ?
SABRINA MERVIN – Il est vrai que cette dimension est peu exprimée mais elle n’est pas complètement absente. On la retrouve notamment sur un terrain symbolique ou à l’échelle régionale à travers les solidarités religieuses. Celles-ci agissent au Liban avec le Hezbollah, en Irak avec des milices qui ont un pouvoir de nuisance considérable ou au Yémen avec les houthis.
Mais, plus globalement, que pense le monde musulman de cette guerre ?
Il faut avant tout distinguer les réactions politiques et diplomatiques de celles des populations. De manière générale, ces dernières sont plutôt du côté de l’Iran parce qu’il tient tête aux États-Unis alors qu’il est supposé plus faible. Dans l’imaginaire collectif, il y parvient grâce à l’intelligence de sa stratégie et ce conflit est un affrontement entre deux civilisations, celle de l’Islam et celle de l’Occident. Pour les chiites, particulièrement, la situation renvoie à la doctrine de « la victoire du sang sur l’épée », c’est-à-dire celle de l’opprimé sur l’oppresseur, du faible sur le puissant. C’est une victoire morale.