États-Unis : Les victoires démocrates s’accumulent aux élections partielles, y compris au Texas.

Découvrez la dernière chronique de François Clemenceau.
LTD/Fabien Clairefond

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C’est toujours difficile de déterminer l’origine d’une rébellion. Est-ce parce que Donald Trump maîtrise l’art de se tirer une balle dans le pied tous les quatre matins qu’une partie des élus républicains se disent qu’il y a une brèche par où passer et exprimer leur dissidence face à son comportement autocratique ? Ce qui s’est passé mercredi à la Chambre des représentants, lorsque six élus républicains ont rejoint la totalité de leurs collègues démocrates pour refuser au président le droit d’imposer seul des droits de douane au Canada, mérite l’attention.
Les six représentants conservateurs n’ont pas grand-chose en commun à part l’étiquette du Parti républicain sous laquelle ils ont été élus. Thomas Massie, du Kentucky, que sa carte de vœux il y a cinq ans montrait avec son épouse et ses cinq enfants, tous un fusil d’assaut à la main, est un libertarien proche du Tea Party. Il s’est fait une spécialité de voter très souvent contre son propre camp, ce qui lui vaut d’être qualifié par Donald Trump de « faiseur, prêt à tout pour attirer l’attention ». Il avait déjà voté, au cours du premier mandat du président, contre les pouvoirs spéciaux que celui-ci réclamait pour décréter l’état d’urgence à la frontière mexicaine.
Mercredi, il a estimé que M. Trump ne pouvait pas justifier une autre urgence pour imposer des tarifs douaniers de 25 % sur les importations canadiennes. Don Bacon, élu du Nebraska, et Dan Newhouse, de l’État de Washington, ne se représentent pas en novembre prochain. Ce qui leur donne probablement davantage de liberté pour sortir du rang. Mais ils ont en commun de soutenir l’Ukraine de toutes leurs forces et d’avoir fait partie des 35 élus républicains à avoir voté en faveur de la création d’une commission d’enquête de la Chambre sur la prise d’assaut du Capitole du 6 janvier 2021.
C’est le cas aussi de Brian Fitzpatrick, de Pennsylvanie, l’un des très rares républicains à s’être fait réélire dans une circonscription qui avait voté pour Joe Biden à la présidentielle de 2020 et pour Kamala Harris en 2024. Les deux derniers téméraires se nomment Jeff Hurd, du Colorado, et Kevin Kiley, de Californie, élus juniors de la Chambre. Le premier a la fibre sociale et s’insurge contre le budget 2026 qui voit les subventions pour le programme d’assurance santé à destination des plus pauvres diminuer. Le deuxième avait refusé en 2020 de légitimer la victoire présidentielle de Joe Biden, mais il ne supporte pas le climatoscepticisme de Trump.
Bref, pour ces six élus si différents dans leur parcours de vie et leur cheminement politique, le président des États-Unis a franchi trop de lignes rouges, et il est temps de le désarmer avant que le Parti républicain ne perde son âme au jeu du « avec moi ou contre moi ». Il est probable que Donald Trump mettra son veto à la résolution votée par la Chambre contre son abus de pouvoir si elle est également adoptée par le Sénat.
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Mais c’est encore au Congrès que le président subit une autre fronde. Celle des démocrates à propos du budget gigantesque de la sécurité intérieure. Forts du soutien de la population traumatisée par les événements tragiques de Minneapolis, les élus progressistes continuent de menacer de ne pas voter le financement du ministère dont dépend l’agence ICE si ses policiers ne sont pas tous dotés de caméras individuelles, s’ils refusent d’opérer à visage découvert ou ne font pas l’objet d’enquêtes indépendantes en cas d’incident grave.
Le retrait massif des forces de l’ICE de Minneapolis cette semaine, sous la pression des élus démocrates et de certains de leurs camarades républicains, est un recul significatif de Donald Trump. Il s’ajoute aux défaites successives de la droite trumpiste dans les urnes à presque toutes les élections partielles de ces derniers mois.
Ce fut encore le cas au Texas il y a deux semaines. Dans cet État du sud du pays qui vote à droite à chaque présidentielle depuis 1980, un syndicaliste démocrate est parvenu à se faire élire avec 14 points d’avance sur sa concurrente républicaine – soutenue personnellement par Donald Trump – pour représenter le district de Dallas-Fort Worth au Sénat local.
Dans cette même circonscription, le milliardaire républicain l’avait emporté de 17 points contre Kamala Harris en 2024 ! Cela ne dit pas que le Texas va basculer à gauche aux élections de mi-mandat de novembre prochain. Mais cela traduit là encore un recul de l’effet Trump. Il fut un temps où l’on se faisait élire sur son nom, où l’on votait au Congrès en fonction de son exigence ou de ses menaces de mort politique, ce n’est plus franchement le cas et c’est un progrès.