Assis sous son parasol multicolore, Charif attise les charbons de sa chicha. Face à lui, l’eau azur de la Méditerranée scintille sous le soleil de cette fin d’après-midi. « Je m’occupe des tortues. Parfois, je leur donne un poisson ou un calmar mort », raconte cet habitant de Tyr avec un grand sourire. Sa sérénité contraste avec le fracas de la guerre. Au loin, les tirs d’artillerie retentissent à intervalles réguliers.
La grande cité balnéaire du Liban-Sud, elle aussi, est régulièrement secouée par de violents bombardements israéliens. Des quartiers entiers ont été éventrés. Dans les villages de son arrière-pays, les troupes israéliennes progressent. Malgré que les accords de Versailles prévoient l’arrêt des combats entre Israël et le Hezbollah, les frappes de Tsahal se poursuivent au pays du Cèdre. Trente personnes auraient été tuées.
Dans ce Sud dévasté, la vieille ville de Tyr apparaît comme une oasis. Comme lorsqu’elle était encore une île à l’époque phénicienne, elle paraît aujourd’hui coupée du reste du monde. Une enclave de calme, de coexistence aussi, au cœur de la guerre. Ici, quelque 2 000 chrétiens et 4 000 musulmans vivent côte à côte. « Tyr est un cas à part au Liban, estime Hassan Dbouk, président de l’Union des municipalités de Tyr. Pendant la guerre civile, le pays s’est déchiré. Mais ici, les liens entre les différentes composantes de la mosaïque libanaise n’ont jamais été rompus. »
« Le Liban est plus qu’un pays »