17 % du PIB : le coût colossal de la guerre pour Israël

Le gouverneur de la Banque centrale israélienne, Amir Yaron.
KL - REUTERS - KEVIN LAMARQUE

Le gouverneur de la Banque centrale israélienne, Amir Yaron.
KL - REUTERS - KEVIN LAMARQUE
Près de trois ans après l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, le coût des conflits engagés par Israël continue de peser lourdement sur les finances publiques du pays. Alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu défend une montée en puissance durable de l’appareil militaire israélien, économistes et hauts fonctionnaires alertent sur les conséquences budgétaires de cet effort de défense accru pour les services publics et la cohésion sociale.
Selon le gouverneur de la Banque centrale israélienne, Amir Yaron, le coût cumulé des opérations militaires depuis le début de la guerre atteignait fin avril 405 milliards de shekels, soit près de 120 milliards d’euros. « C’est un chiffre énorme, plus de 17 % du PIB », a-t-il déclaré lors d’un colloque économique organisé à Herzliya, au nord de Tel-Aviv.
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À cette facture s’ajoute celle de la campagne militaire menée contre l’Iran après l’attaque américano-israélienne du 28 février sur Téhéran. D’après une première estimation du ministère des Finances, cette opération a coûté 35 milliards de shekels supplémentaires, soit environ 10,5 milliards d’euros, jusqu’à l’entrée en vigueur du cessez-le-feu le 8 avril.
L’augmentation des dépenses militaires se reflète directement dans les comptes publics. Après l’adoption de la loi de finances pour 2026, le gouvernement soulignait que le budget du ministère de la Défense avait plus que doublé depuis le début de la guerre. Pour financer cet effort, l’État a fortement accru son recours à l’endettement sur les marchés internationaux en 2024 et 2025. Selon le Trésor, la dette publique représente désormais plus de 69 % du PIB, contre 60 % avant le conflit. Dans le même temps, les prélèvements obligatoires ont été relevés afin de contribuer au financement des dépenses de guerre.
Malgré cette dégradation des équilibres budgétaires, l’économie israélienne a démontré une capacité de résistance notable. Après le choc initial provoqué par les attaques du 7 octobre, l’activité a rapidement retrouvé son niveau d’avant-crise. Le produit intérieur brut a renoué dès 2024 avec son niveau de 2022 et a progressé de 2,9 % en 2025, avec une accélération attendue cette année.
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Cette résilience ne masque toutefois pas les coûts indirects du conflit. Esteban Klor, professeur d’économie à l’Université de Jérusalem, estime que les Israéliens « paient deux fois » pour la guerre. Selon lui, un premier coût résulte des arbitrages budgétaires opérés par l’État. Les dépenses sociales et les investissements publics ont été réduits à travers plusieurs vagues d’économies destinées à dégager des marges de financement pour la défense, alors même « que nous sommes (...) en train d’augmenter la dette ». « L’éducation va en pâtir, la qualité des infrastructures va baisser, tout comme la performance du système de santé », détaille l’économiste.
Le second coût tient à la mobilisation prolongée des réservistes. Des dizaines de milliers d’Israéliens demeurent appelés sous les drapeaux depuis le début de la guerre, réduisant d’autant la main-d’œuvre disponible dans l’économie civile. « Comme (...) beaucoup de nos actifs sont dans l’armée plutôt qu’à leur poste de travail, cela affecte la production », souligne Esteban Klor.
Les débats se concentrent désormais sur la trajectoire future du budget de la défense. Lors du colloque de Herzliya, Tamar Levi-Boneh, codirectrice du budget au ministère des Finances, a mis en garde contre une « économie du traumatisme », dans laquelle le choc du 7 octobre et les critiques adressées aux forces armées conduiraient à une hausse continue des crédits militaires. « L’appareil sécuritaire doit apprendre à pourvoir à ses besoins d’une manière qui ne portera pas atteinte au niveau de vie et assumer sa part de responsabilité », a-t-elle estimé.
Benjamin Netanyahu défend au contraire une stratégie de renforcement durable des capacités militaires nationales. En septembre dernier, il affirmait qu’Israël devait devenir une « super-Sparte », référence à la cité grecque antique dont l’organisation était entièrement tournée vers la guerre.
Cette orientation s’inscrit également dans une volonté de réduire la dépendance du pays à l’aide militaire américaine, alors que les divergences avec le président américain Donald Trump se sont accentuées concernant les opérations menées au Liban contre le Hezbollah ainsi que les modalités de sortie du conflit avec l’Iran. Début mai, le Premier ministre a confirmé son intention d’investir 350 milliards de shekels, soit plus de 100 milliards d’euros, dans l’industrie de défense israélienne au cours de la prochaine décennie afin de garantir une « supériorité aérienne écrasante ».
Pour Esteban Klor, cette trajectoire soulève des interrogations quant à sa soutenabilité économique. L’universitaire estime que « le budget de la Défense pourrait franchir le seuil des 10 % du PIB » et plaide pour un retour à un niveau de dépenses « plus raisonnable ».mo
Au-delà des équilibres macroéconomiques, les répercussions du conflit se font sentir sur le niveau de vie des ménages. Une enquête de l’Institut israélien pour la démocratie indique que 31 % des personnes interrogées déclarent avoir subi une baisse de leurs revenus depuis le début de la guerre, un phénomène particulièrement marqué chez les travailleurs indépendants et les ménages les plus modestes.
Dans un pays déjà confronté à de fortes disparités sociales, la situation alimente les inquiétudes. Selon les dernières données disponibles de la Sécurité sociale israélienne, la proportion d’enfants vivant sous le seuil de pauvreté est passée de 27,6 % à 28 % entre 2023 et 2024.
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