Avec la mort de Khamenei, Netanyahou et Trump gagnent une bataille, mais pas la guerre

Panache de fumée après des frappes américaines et israéliennes, samedi à Téhéran.
LTD/AP/SIPA

Panache de fumée après des frappes américaines et israéliennes, samedi à Téhéran.
LTD/AP/SIPA
Pas de pénurie de kérosène cet été, mais le spectre de files d’attente interminables dans les aéroports
Après chaque consultation médicale, le gouvernement veut afficher la facture de la Sécu par SMS
Stéphane Sitbon-Gomez (France Télévisions) : « Flavie Flament va co-animer le Magazine de la santé la saison prochaine sur France 2 »
Bitcoin : pourquoi la cryptomonnaie a perdu la moitié de sa valeur depuis l'automne
L'Irlande fait basculer le PIB de la zone euro dans le rouge
Le business des Miles, moteur insoupçonné de la rentabilité d’Air France-KLM
Un cratère immense, et, à côté, une montagne de gravats. C’est tout ce qu’il reste du complexe étatique iranien situé en plein cœur de Téhéran. Est-ce là que le Guide suprême, Ali Khamenei, a vécu samedi 28 février ses derniers instants ? C’est ce qu’a sous-entendu Benyamin Netanyahou au soir de cette journée. « Il y a de nombreux signes que ce tyran n’est plus », a affirmé le Premier ministre israélien.
Peu après, un officiel israélien cité par Reuters s’est montré beaucoup plus affirmatif, assurant que le chef religieux chiite, 86 ans, était mort et que son corps avait été retrouvé. Selon une télévision israélienne, la photo de son cadavre aurait été montrée à Benyamin Netanyahou et Donald Trump. À 23 heures, ce dernier a confirmé la mort du haut dignitaire chiite sur son réseau Truth Social. L’annonce de son décès a été suivie par des acclamations dans les rues de la capitale iranienne.
L’élimination du Guide suprême constitue un événement historique majeur, un tremblement de terre, aussi, pour le régime iranien, plus fragilisé que jamais. Pour Washington et Tel-Aviv, c’est évidemment une victoire éclatante. Pourtant, elle n’est que le premier acte d’une offensive contre la République islamique qui promet d’être longue. Après des semaines de menaces, le déploiement de deux groupes aéronavals américains dans les eaux moyen-orientales et des négociations sur le nucléaire mort-nées, la guerre contre l’Iran, tant redoutée, a finalement lieu.
C’est à 9 heures (7 heures, heure française) que l’opération Fureur épique (baptisée Lion rugissant par Israël) a été lancée. Une demi-heure plus tard et alors que l’on attendait une intervention seulement américaine, ce sont des chasseurs de Tsahal qui ont procédé aux premiers bombardements, frappant donc le régime au cœur, dans ce quartier Pasteur ultra-sécurisé, le centre névralgique du pouvoir, où se situent la présidence ainsi que le lieu de résidence de l’ayatollah Khamenei.
L’armée israélienne a donné des détails sur cette première vague de bombardements, expliquant qu’elle avait visé « plusieurs points à Téhéran, où des hauts responsables du sommet politico-sécuritaire iranien s’étaient réunis ». C’est cette réunion de hauts cadres du régime qui aurait précipité le déclenchement de l’opération. Selon Tsahal, ces raids ont été préparés dans le cadre d’un « plan opérationnel élaboré pendant des mois, centré sur un effort de renseignement de la direction du renseignement militaire ».
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

En plus de Khamenei, la liste potentielle des officiels éliminés, sept selon Tel-Aviv, lors de ce raid est impressionnante : y figurerait notamment le ministre de la Défense, Amir Nasirzadeh, mais aussi Mohammad Pakpour, le nouveau chef des Gardiens de la révolution, cette institution militaro-économique devenue la colonne vertébrale du système iranien. Le très influent Ali Shamkhani, patron du Conseil de défense, aurait aussi été tué. Même si Téhéran a assuré qu’il était « sain et sauf », le sort du président Massoud Pezechkian reste encore incertain. Donald Trump, au soir du samedi 28 février, a affirmé que trois frappes avait permis de « décapiter » le régime.
Après cette première salve, les forces américaines sont à leur tour entrées en action à travers leurs groupes aéronavals déployés dans la région. Les bombardements se sont alors étendus au reste du pays. Selon l’agence officielle iranienne Fars, les villes d’Ispahan (centre), Kermanchah (ouest) ou Qom ont notamment été frappées, tandis que des explosions ont à nouveau été entendues à Téhéran en début de soirée. Des centres de commandement et des complexes militaro-industriels ont été pris pour cible. Toujours selon les médias officiels, une école pour filles a été touchée dans le sud du pays ; 85 élèves y ont été tuées. Au total, selon le Croissant-Rouge, cette première journée de conflit a fait 200 morts côté iranien.
Contrairement à la Guerre des douze jours menées par Israël en juin, finalement relativement limitée dans ses objectifs, c’est une campagne de bombardements à grande échelle qui a donc débuté. Avec l’implication de 200 avions, Tel-Aviv a indiqué avoir frappé 500 cibles. Les Américains, eux, en revendiquent 900. Les deux alliés ont affirmé que des milliers de sites allaient être bombardés dans les jours qui viennent.
À la différence de l’année passée et même si ses défenses antiaériennes ont encore une fois été très peu efficaces, Téhéran a réagi quasi immédiatement. Un signe supplémentaire que ce conflit est d’une autre nature, qu’il est existentiel pour le régime. Plus de 150 missiles balistiques ont été tirés sur Israël, où les sirènes ont retenti jusque tard dans la soirée. L’un d’eux a frappé la ville de Tel-Aviv samedi soir, causant d’importants dégâts. Mais, chose importante, la République islamique s’en est aussi prise aux pays du Golfe.
Des bases militaires américaines, notamment celle d’Al-Dhafra aux Émirats arabes unis, et au Koweit ont été ciblés par des missiles balistiques. Les Gardiens de la révolution iraniens ont aussi confirmé avoir attaqué le siège de la 5e flotte de la marine américaine, à Bahreïn. Le royaume a aussi vu un drone s’écraser sur une tour. Des explosions ont été entendues à Riyad, la capitale saoudienne, ainsi qu’à Doha, au Qatar. Un drone a également été abattu au-dessus de la ville kurde irakienne d’Erbil.
Cette extension des bombardements fait craindre une régionalisation du conflit. D’autant que certains proxies de l’Iran, ses alliés dans la région, pourraient entrer en action. En Irak, la milice chiite des Kataeb Hezbollah, fidèle aux mollahs, a annoncé son soutien à ses parrains. Mais en attaquant ses proches voisins, Téhéran prend le risque de les voir se rallier au couple américano-israélien. Certes, l’émir du Qatar et le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane ont appelé à « un retour à la table du dialogue afin de préserver la sécurité régionale ». Mais le même Ben Salmane a eu une autre conversation avec les Émirats Arabes Unis pour évoquer les attaques subies.
En tuant Ali Khamenei et nombre de dignitaires, Américains et Israéliens ont touché certains organes vitaux du régime. Pour autant, ce dernier n’est pas encore mort. La campagne militaire promet d’être longue et ardue. Sans troupes au sol, il semble peu envisageable de le voir tomber. Dans un message posté samedi matin sur Truth Social, Donald Trump a laissé au peuple iranien le soin de s’occuper de la suite. « Lorsque nous aurons terminé, prenez le contrôle de votre gouvernement, a écrit le président américain. Il vous appartiendra de le prendre. Ce sera probablement votre seule chance pour des générations ».