LA TRIBUNE DIMANCHE – Vous avez commencé votre carrière comme banquier d’affaires avant de devenir le dirigeant de Vivendi puis de fonder votre propre banque d’affaires. Comment percevez-vous l’évolution de ces deux métiers ?
JEAN-MARIE MESSIER – Je crois que pour être un excellent patron aujourd’hui il faut être bien plus qu’un manager. Pour être un excellent banquier d’affaires, il faut être bien plus qu’un simple technicien de la finance. Les responsabilités ne sont plus les mêmes. Le monde a durablement changé sous l’effet de coups de boutoir incessants liés à l’instabilité politique ainsi qu’à la recrudescence des populismes et des nationalismes. S’y ajoute l’accélération imposée par les réseaux sociaux, qui facilitent surtout la propagation du « fake ». Dans tous les domaines. Puis la rupture de l’IA, qui impose la primauté de l’instant sur l’expérience. Nous vivons un autre dérèglement climatique : pas une destruction brutale, mais une rupture du fonctionnement de l’économie comme du management, avec des crises plus fortes, plus fréquentes et plus globales.
Cette instabilité modifie-t-elle la manière de diriger une entreprise ?
Sans aucun doute. Un chef d’entreprise doit être bien plus agile aujourd’hui. Nous sommes confrontés à une mondialisation morcelée, ce qui oblige à raisonner par régions. On ne peut plus chercher uniquement à s’imposer comme le champion sur son terrain domestique. Il faut désormais être le premier en Asie, aux Amériques et en Europe. Simultanément. La gestion de crise est devenue quotidienne. Le patron d’autrefois était un marathonien dont la vocation consistait à gérer le temps long. L’actuel reste un marathonien mais doit être également un sprinter. D’où un métier de plus en plus usant.