OPINION. « Appel à une gouvernance humaniste de l’IA », par Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France

Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France.
LTD/GODF

Pierre Bertinotti, Grand Maître du Grand Orient de France.
LTD/GODF
Au fil des mois, l’intelligence artificielle est devenue un sujet central de notre débat public. Promesses d’innovation, inquiétudes pour l’emploi, questionnements éthiques, l’IA s’invite dans tous les domaines : économie, santé, éducation, vie démocratique. Mais à force d’en parler comme d’une révolution inarrêtable, ne risquons-nous pas d’oublier l’essentiel ? Ce n’est pas la machine qui façonne notre avenir, mais la manière dont nous décidons de l’utiliser.
Il est tentant de dramatiser la montée en puissance de l’IA, de céder à la peur d’un monde dirigé par des algorithmes impersonnels. Pourtant, l’intelligence artificielle, aussi spectaculaire soit-elle, reste un miroir de notre société et de ses priorités. Ce ne sont pas les machines qui imposent, mais les humains qui programment, orientent, réglementent. C’est la responsabilité collective des politiques, scientifiques, éducateurs, citoyens que de donner à l’IA sa juste place, celle d’un outil au service du progrès et non de la domination.
Depuis ses débuts, la franc-maçonnerie a épousé le combat humaniste, qui fait de la liberté de conscience et de la fraternité les piliers de notre émancipation. Le progrès n’a pas de valeur en soi, il n’est légitime que s’il élève l’humanité. L’intelligence artificielle ne doit jamais devenir un fétiche ou une fatalité. Refusons le mythe d’une technologie « neutre », elle reproduit et amplifie les intentions, biais et objectifs de ses concepteurs. Les algorithmes ne sont ni neutres ni inéluctables ; ils incarnent des choix, explicites ou inconscients, qui doivent être débattus démocratiquement.
Parmi les défis majeurs, la dépossession de notre libre arbitre et de notre capacité critique apparaît en première ligne. L’IA peut, si nous n’y prenons garde, standardiser la pensée, orienter les comportements, menacer l’autonomie individuelle. Mais l’essentiel de ce qui fonde l’humain, la conscience, la compassion, l’engagement, ne se programme pas. Face aux promesses grandioses et parfois trompeuses de l’IA, résistons à la tentation de l’abdication. La démocratie, déjà fragilisée par l’accélération numérique, doit garantir à chaque citoyen le pouvoir de comprendre, de choisir, de douter.
L’intelligence artificielle peut être synonyme de progrès partagé, à condition de rester maîtrisée. Améliorer l’accès à la santé, anticiper des risques, alléger des tâches répétitives : voilà des perspectives enthousiasmantes. Mais ces avancées n’ont de valeur que si elles réduisent les inégalités, protègent l’emploi digne, respectent la dignité humaine. Entre fascination et méfiance, le rôle des pouvoirs publics, de l’éducation et de la société civile est d’ouvrir le débat et d’en fixer les limites. Il est temps que la société se saisisse de la question et affirme haut et fort que les principes à défendre sont la liberté, la justice, le pluralisme, et le contrôle démocratique des technologies.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

Face à la révolution de l’intelligence artificielle, le Grand Orient de France lance un appel solennel ; refusons la passivité et assumons pleinement notre responsabilité collective ! À nous, citoyens, élus, acteurs du monde associatif et économique, de placer l’humain, la liberté de conscience et la dignité au centre des choix technologiques qui dessineront demain. N’attendons pas que des intérêts particuliers décident à notre place, débattons, innovons, imposons la primauté du bien commun et du progrès.
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Fort de ses valeurs humanistes et universalistes, le Grand Orient de France s’engage à défendre, partout et toujours, une intelligence artificielle au service de l'humain, du pluralisme démocratique, de la justice sociale. Réaffirmons ainsi notre confiance inébranlable dans la capacité de la société à choisir, à réguler et à faire de chaque progrès technique une victoire pour l’émancipation de toutes et tous.