Votre argent est-il « Made in Europe » ? L’édito de Ludovic Desautez

L'édito de Ludovic Desautez.
LTD/Cyrille.george.jerusalmi

L'édito de Ludovic Desautez.
LTD/Cyrille.george.jerusalmi
La souveraineté, dit-on, se joue loin de nous. Dans les réunions ministérielles, les sommets, les communiqués officiels. C’est pratique. Et faux. Car, plus discrètement, elle se niche aussi dans nos comptes. Dans ce que chacun fait – ou ne fait pas – de son épargne.
Un placement n’est jamais neutre. Derrière des lignes de titres, une assurance-vie ou un PER, il y a des flux qui irriguent l’économie bien réelle. Ici, une PME industrielle active sur un secteur critique et qui embauche localement. Là, une infrastructure énergétique qui sécurise l’approvisionnement national.
Ailleurs, un champion européen du numérique qui tente de tenir tête aux géants mondiaux. Ou, à l’inverse, des capitaux qui s’éparpillent dans des circuits lointains, sans ancrage, à la merci de. Placer, c’est orienter. Et orienter, c’est déjà décider.
Dans ce domaine, les chiffres donnent le vertige. Selon une note de la direction générale du Trésor de janvier dernier, l’épargne financière des ménages français atteint 4770 milliards d’euros. Près d’un quart – environ 1100 milliards – est investi hors de l’Union européenne. Une somme capable de financer pendant des années des priorités stratégiques nationales. Autrement dit : une puissance de feu… qui s’exerce ailleurs.
Faut-il choisir entre rendement et souveraineté ? La question est mal posée. Reprendre la main sur ses placements, ce n’est pas sacrifier la performance, c’est intégrer un nouveau paramètre essentiel : la résilience, donc la sécurité. Savoir où va l’argent, exiger de la transparence, arbitrer en connaissance de cause. Accepter, parfois, un rendement moins immédiat pour un horizon plus solide. Pour l’épargnant, c’est une montée en compétence, mais aussi un changement de regard.
Chaque dimanche, l’essentiel de l’actualité économique, politique et sociétale.

La vraie question n’est plus seulement « où placer pour gagner ? ». Elle devient : « que finance mon argent ? ». Dans un monde fragmenté, la réponse compte. La souveraineté n’est plus un concept lointain. Elle se glisse dans nos portefeuilles. Et, qu’on le veuille ou non, elle dépend aussi de nous.