OPINION. « Diriger dans un monde qui se reconfigure », par Jessica Matoua-David, Fanny Picard et Fabienne Arata

Fabienne Arata, Fanny Picard ET Jessica Matoua-David
LTD/DR

Fabienne Arata, Fanny Picard ET Jessica Matoua-David
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Le 4 juillet, pour la deuxième année consécutive, une trentaine de femmes dirigeantes issues des sphères économiques, publiques et entrepreneuriales se sont réunies en marge des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence, à l’initiative de NEMOW Lab, autour d’une question vive : comment dirige-t-on aujourd’hui, quand le réel ne se laisse plus anticiper ?
Les équilibres géopolitiques se déplacent, les rapports de puissance se recomposent, l’intelligence artificielle redéfinit la création de valeur. Les modèles économiques sont remis en question tandis que les attentes des citoyens, des collaborateurs et des consommateurs évoluent plus vite que les organisations elles-mêmes. Avant, l’incertitude portait sur les événements ; les repères, eux, demeuraient stables. Aujourd’hui, ce sont précisément ces repères qui vacillent.
L’explosion des données, la volatilité géopolitique, l’essor foudroyant de l’IA générative, l’imbrication des crises climatique, sociale et économique : tout cela produit un changement de densité du réel. Une étude INSEAD (2024) révèle que le temps consacré aux décisions complexes a augmenté de 32 % en dix ans, et la stabilité des environnements économiques a chuté de 40 %. Ce n’est pas une simple évolution ; c’est une reconfiguration profonde des manières de produire, de coopérer et de piloter l’action.
Pendant longtemps, la valeur d’une entreprise se lisait dans des indicateurs simples : chiffre d’affaires, rentabilité, croissance, valorisation boursière. Ces métriques demeurent indispensables - elles ne disparaissent pas. Mais elles ne suffisent plus à rendre compte de ce qu’une organisation vaut réellement dans un monde reconfiguré.
Aujourd’hui, les entreprises sont aussi évaluées sur ce qu’elles incarnent : leur intégrité dans les arbitrages difficiles, la confiance qu’elles inspirent, leur souveraineté face à leurs dépendances, leur capacité à assumer leurs responsabilités dans un environnement tendu. Ainsi, la réputation, l’acceptabilité sociale et la confiance deviennent elles-mêmes des actifs économiques - tangibles, mesurables, et potentiellement décisifs.
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Dans ce nouvel environnement, aucune feuille de route ne peut répondre à toutes les situations. Les données éclairent les décisions, elles ne les prennent pas ; les algorithmes accélèrent les analyses, ils ne remplacent ni le discernement ni le courage. Ce qui change profondément, c’est la nature même du rôle : le dirigeant n’est plus seulement un optimiseur, il devient un arbitre.
Il statue entre le court terme et le long terme, entre l’efficacité et la résilience, entre l’innovation et la maîtrise du risque. Il tranche entre la mondialisation et la souveraineté, entre la performance et l’impact. Ces tensions ne se résolvent pas par des algorithmes - elles exigent des principes. La qualité du leadership se mesure alors moins aux réponses toutes faites qu’à la solidité des convictions qui guident les décisions dans les circonstances difficiles.
Notre conviction s’est forgée dans cet échange : plus le monde se reconfigure, plus les valeurs cessent d’être un discours pour devenir une méthode de décision. L’intégrité s’affirme lorsque la facilité invite au compromis. Le courage s’impose lorsque l’attentisme paraît plus confortable. Au fond, diriger consiste moins à savoir ce qui est possible qu’à indiquer ce qui ne sera jamais négociable.
Les femmes représentent 49 % de la population active, mais seulement 17 % des dirigeants des grandes entreprises et ETI (Banque de France, 2025). Ce chiffre dit quelque chose d’essentiel : nous abordons l’une des plus grandes reconfigurations de l’histoire économique en privant nos organisations de la moitié de leur intelligence disponible.
Donner toute leur place aux femmes dans les espaces de décision ne relève pas d’une logique de représentation. C’est enrichir notre capacité collective à comprendre un réel devenu infiniment plus complexe. Dans un monde où naviguer dans l’incertitude est une compétence clé, garantir une égalité d’accès aux outils, aux réseaux et à la légitimité de décider est une condition sine qua non de transformation collective. Préparer la prochaine génération à diriger autrement n’est pas une option. C’est un investissement structurel.
Ce deuxième dîner de dirigeantes a confirmé ce que la première édition avait ouvert : un espace de dialogue entre générations de décideuses, un temps de lucidité partagé sur les conséquences de l’incertitude au pouvoir. À mesure que les anciennes grilles d’analyse s’effacent, les lieux de décision doivent s’ouvrir, se diversifier, se recomposer. Ce n’est pas une question de représentativité, c’est une exigence stratégique.
Pendant des années, les entreprises ont cherché à maximiser la valeur. Elles redécouvrent aujourd’hui qu’il faut d’abord savoir ce qui a de la valeur. »
Sarah El Haïri – Ex-Ministre / Haute- Commissaire à l’Enfance
Barbara Sessa - Directrice Générale MasterCard France
Lorraine Sereyjol-Garros – CEO TP ICAP Europe
Margaux Lyprendi - CEO Jestocke & Wearesito
Marie Lichtenberg - CEO Marie Lichtenberg
Jeanne Theuret – Entrepreneure dans la santé / cofondatrice Sorella Care /VP NEMOW Lab
Emmanuelle Oudéa Présidente fondatrice – Fondation En Revanche / VP NEMOW Lab
Shoranne Lievaux Présidente fondatrice Bureau Six Novembre
Emilie Korchia - CEO My Job Glasses
Typhaine Lebegue - PhD , HDR Professeure associé Université de Tours
Nadia Dussol -Directrice Générale et Fondatrice - ND Communication
Elodie Arnouk - Doctorante · IAE Sorbonne