Épargne : pourquoi les Français aiment-ils si peu le risque ?

Les Français ont une « appétence traditionnelle des ménages pour la garantie et la liquidité », selon une étude du Trésor.
© fotoblend, Pixabay

Les Français ont une « appétence traditionnelle des ménages pour la garantie et la liquidité », selon une étude du Trésor.
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Où les Français placent-ils leur épargne, qui atteint presque 6 600 milliards d’euros ? La direction générale du Trésor répond à cette interrogation dans une étude sur l’épargne financière des ménages français, parue ce jeudi. « Une partie du patrimoine finance directement les entreprises, tandis qu'une autre est placée auprès d'intermédiaires financiers qui assurent sa transformation en financements de l'économie (prêts, actions, obligations) », peut-on lire.
Dans le détail, deux tiers des placements (dépôts et assurance) correspondent principalement à des produits de taux, contre un tiers à des produits de fonds propres détenus directement ou auprès d'intermédiaires financiers.
L’étude souligne ainsi « l'appétence traditionnelle des ménages pour la garantie et la liquidité ». Elle relève néanmoins aussi une petite évolution des comportements vers le risque.
Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne, think tank dédié à l’épargne, la retraite et à la prévoyance, décrypte pour La Tribune ce virage que commencent à prendre les Français en matière d’épargne.
La Tribune – Pourquoi les Français aiment si peu investir dans des produits risqués ?
Philippe Crevel – Car ils aiment la sécurité, la garantie. Les Français sont prudents et ce n’est pas un mal ! Il faut garder en tête que, en épargnant, on renonce à la consommation, donc on n’a pas envie de perdre cet argent, de jouer à la roulette russe. C’est pourquoi ils se tournent davantage vers des produits qui offrent des garanties de capital, comme les fonds euros en assurance vie et les livrets (livret A, LDDS, LEP).
On pointe souvent du doigt les Français pour leur côté pragmatique en épargne, mais les Allemands ne sont pas extraordinairement différents. Et les Italiens et les Espagnols non plus. Ce qui peut différencier la France des autres pays, particulièrement des États-Unis, des Pays-Bas, du Royaume-Uni et plus généralement de l’Europe du Nord, c’est le fait que les fonds de pension y sont extrêmement faibles. Justement parce que ces produits sont plutôt tournés vers les actions, avec un risque plus lourd.
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L’étude du Trésor parue ce jeudi montre une petite évolution du comportement des Français en matière d’épargne…
On la constate en effet depuis plusieurs années. Elle est liée au rajeunissement des actionnaires depuis le Covid, qui ont une vision très dynamique de la gestion de l’épargne. Cela entraîne des pratiques très différentes.
Les jeunes vont plus vers le risque, sont plus joueurs, car cela induit un gain potentiel plus élevé. C’est ce que démontrait d’ailleurs une des études du Cercle de l’Épargne (ndlr : sortie en février 2025, on y lit notamment que, en 2024, 58 % des 18-24 ans et 48 % des 25-34 ans déclarent qu’il est intéressant d’investir en Bourse contre 43 % pour l’ensemble des Français).
C’est l’amorce d’un changement voué à s’accentuer selon vous ?
Oui, du fait de ce renouvellement des générations et des nouveaux comportements. On assiste à une américanisation de la société en matière d’épargne et je pense qu’il va y avoir chez les Français, à l’avenir, une ouverture un peu plus grande au risque.
Les Français sont particulièrement friands d’épargne ces dernières années, en témoigne le taux d’épargne record à 18,7 % du revenu disponible actuellement. Cette année 2026 va-t-elle, selon vous, marquer le pas ?
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Il faut être prudent dans les prévisions, car s’il y a un incident géopolitique en France ou à l’international, la trajectoire peut changer. Cependant, on est sur des niveaux d’épargne très élevés depuis des années. Des dépenses ont été décalées et il est temps de les mener, d’autant plus que le pouvoir d’achat devrait un peu s’améliorer. Je ne pense néanmoins pas que le taux d’épargne retournera à son niveau de 2019 (ndlr : qui était de 14,7 %), mais plutôt qu’il va légèrement baisser autour de 16 %.