Municipales 2026 : La grande peur de Larcher. La chronique de Bruno Jeudy

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
D’un scrutin à l’autre, la politique française semble se dessiner comme une vaste toile où chaque élection a son rôle, mais où toutes se raccordent entre elles. En septembre 2026, ce sera au tour des grands électeurs de renouveler la moitié des sénateurs, un moment crucial pour la Haute-Assemblée et, dans une moindre mesure, pour l’équilibre des pouvoirs avant la présidentielle de 2027.
Le rendez-vous des sénatoriales, qui ne concerne pas seulement les 56 départements de la métropole (de l’Ain à l’Indre et du Bas-Rhin au Territoire de Belfort, à l'exception de Paris, de la Seine-et-Marne et des Yvelines), mais aussi 5 territoires d’Outre-mer, s’annonce déterminant. Les résultats des élections municipales dans ces territoires, tout particulièrement dans les grandes villes comme Nice, Toulon, Marseille, Lyon, Toulouse ou Strasbourg, pèseront directement sur la future composition du Sénat. Un bouleversement politique est en vue, d’autant plus que le paysage sénatorial est souvent influencé par les dynamiques locales.
La gauche et les écologistes, qui dirigent un grand nombre de grandes villes, sont dans une position délicate. Ces formations doivent se préparer à défendre leurs bastions. Les élus de gauche ont beaucoup à perdre, en particulier dans les zones urbaines. En revanche, du côté de la droite, l’enjeu sera de maintenir leurs positions face à un centre qui, lui aussi, se renforce et à un Rassemblement national qui compte bien transformer son ascension fulgurante en une véritable conquête institutionnelle.
Le RN, qui n’a que trois sénateurs sortants, entend bien faire la différence. Avec une stratégie nationale et locale de plus en plus ancrée, le parti de Marine Le Pen, qui compte désormais des élus locaux dans les communes rurales et les centres-bourgs, se positionne pour passer à la vitesse supérieure. L’objectif : obtenir un groupe sénatorial, c’est-à-dire rassembler au moins dix sénateurs d'ici 2027. Le calcul est simple : la montée en puissance du RN au sein des grands électeurs, soutenue par sa percée dans les municipales, semble désormais plus que probable.
Acteur clé du Sénat, Gérard Larcher, président de la Haute-Assemblée, se montre particulièrement vigilant. Bien qu’il ne soit pas concerné par le renouvellement de son propre mandat dans les Yvelines, il est sur le terrain, multipliant les déplacements et les rencontres avec les maires. Il sait que les sénatoriales de 2026 ne se joueront pas uniquement dans les grandes villes mais aussi dans les zones rurales où l’influence des élus locaux est déterminante.
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« Il y a une tentative d’entrisme du Rassemblement national sur les listes des communes de la ruralité et dans les centres-bourgs, estime le président du Sénat. Les députés RN se sont installés dans la vie locale. Ils sont présents et actifs. Il y a quelques années dans les assemblées des maires, ils étaient au bout de la table. Maintenant, ils sont à la table d’honneur. Ce n’est pas illégitime bien sûr mais c’est un constat. »
Dans ces zones, la désignation des délégués municipaux, ces élus qui, par leur fonction, deviennent des grands électeurs pour les sénatoriales, sera cruciale. Dans les communes de moins de 9.000 habitants, qui représentent 95% du corps électoral, cette désignation peut jouer un rôle déterminant. Gérard Larcher appelle donc les maires à faire preuve de vigilance et de responsabilité lors de ce choix. « Il est important de bien choisir ses délégués municipaux, d’éviter les mauvaises surprises, et de ne pas sous-estimer la force des dynamiques locales », affirme-t-il. Le président du Sénat met en garde : ce ne sont pas seulement les grandes villes, mais aussi les petites communes qui, par ce simple geste de désignation, vont orienter l’avenir du Sénat.
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Pour lui, c’est un fait : les grands électeurs de 2026 seront plus nombreux à venir du RN, et ce dernier aura donc plus de sénateurs à sa botte. Dans cette perspective, des départements comme les Alpes-Maritimes, le Var ou les Bouches-du-Rhône, où le RN fait figure de menace sérieuse, sont au cœur de ses préoccupations. Les batailles à Nice, Marseille, et Toulon, où l’extrême droite pourrait prendre le dessus, auront un impact considérable sur les résultats de la Haute-Assemblée. Au-delà des calculs politiciens et des jeux d’alliances, le président du Sénat sait que 2026 sera un tournant. La question est désormais de savoir si la droite, unie derrière ses élus, saura se maintenir face à un RN qui ne cesse de progresser, et si la gauche, désormais sur la défensive, pourra encore peser sur les équilibres du Sénat.