Municipales à Paris : comment Sarah Knafo perturbe le jeu à droite

Sarah Knafo candidate à la mairie de Paris en 2026 et membre du parti politique d'extrême droite Reconquête.
LTD / Ivan Couturier / Hans Lucas via AFP

Sarah Knafo candidate à la mairie de Paris en 2026 et membre du parti politique d'extrême droite Reconquête.
LTD / Ivan Couturier / Hans Lucas via AFP
Il est peut-être temps de rendre hommage à la prescience de Thierry Mariani. Donnée à 3 % dans l’enquête Elabe que publie La Tribune Dimanche à une semaine des élections municipales à Paris, la tête de liste du Rassemblement national flairait dès janvier qu’elle était sous la menace du score de témoignage. Et que Sarah Knafo, alors à peine déclarée candidate, pourrait faire une percée. « Je te l’annonce : elle atteindra les 10 %, confiait à un ami le madré frontiste, soutenu par l’appareil RN comme le pendu par la corde. Elle proposera une alliance de second tour à Dati, qui la refusera. Sauf qu’entre-temps Sarah se sera acheté un certificat de fréquentabilité. »
C’était l’objectif. Créditée par Elabe de 13,5 % des suffrages, soit devant le modéré Pierre-Yves Bournazel, pourtant très ancré dans la capitale, l’eurodéputée Reconquête est en passe de bouleverser le jeu à droite. Et ce, alors qu’elle émane de sa frange la plus radicale. Là réside toute la difficulté à laquelle peut être confrontée Rachida Dati, soutenue par Les Républicains – mais aussi par des centristes et des macronistes qui n’accepteront jamais d’organiser une fusion avec la compagne d’Éric Zemmour.
L’ancienne ministre et son entourage martèlent le besoin du vote utile contre Sarah Knafo depuis que celle-ci a déclaré, dans La Tribune Dimanche du 1er mars, qu’elle se maintiendrait après le premier tour, faute de deal ; malgré cela, la dynamique de la trentenaire s’est amplifiée.
L’enthousiasme qu’elle suscite dans les quartiers bourgeois de l’Ouest ne l’explique qu’en partie. Les choix stratégiques de Sarah Knafo, dopés par son explosion médiatique, ont joué un rôle crucial. Depuis deux mois, l’énarque dépolitise et, surtout, dézemmourise sa méthode. Cela va de l’intitulé de ses listes, « Une ville heureuse », qu’elle rabâche comme s’il s’agissait d’un parti, aux principaux thèmes de son programme : antifiscalisme, coupes budgétaires, sécurité et – détail crucial aux yeux de l’électorat cossu qu’elle vise – éloge de l’automobile. Sur les sujets qui ont fait la notoriété d’Éric Zemmour (et lui ont valu d’être condamné en justice pour provocation à la haine raciale), à savoir l’immigration et l’islam, la candidate Reconquête a réduit la voilure. On est loin du ton véhément de la campagne présidentielle de l’essayiste, dont Sarah Knafo a été la cheville ouvrière.
Vernir cette façade d’extrême droite avec un jaune soleil inoffensif, s’assimiler à un « futur désirable », dit-elle, tout en remuant la nostalgie d’un Paris à l’ère chiraquienne, elle le refera demain lors de son meeting au Palais des Sports. Elle sera seule en scène. Éric Zemmour, dont la rumeur annonçait une prise de parole, se contentera d’être spectateur. Nul besoin de susciter l’émoi d’opposants trop heureux de réétiqueter Sarah Knafo. Pas la peine, d’ailleurs, vu le socle que lui a fourni le président de Reconquête : en 2022, il recueillait déjà 15,3 % et 17,5 % des suffrages dans les 8e et 16e arrondissements, loin derrière Emmanuel Macron… mais en deuxième place.
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L’ancien journaliste, qui continue ses déplacements en province, accepte à Paris de jouer les imprésarios, « façon Johnny Stark », s’amuse une vieille connaissance. « Les médias sont aux fraises, se gaussait récemment Éric Zemmour auprès d’un intime. À moi les propos drus sur l’identité, à elle les questions économiques : on se répartit ces rôles depuis le début. » Depuis les européennes de 2024, plutôt, quand Reconquête arrachait le seuil d’éligibilité des 5 % après une campagne plombée par les déchirements internes entre Sarah Knafo et Marion Maréchal.
L’énarque reste, à ce jour, l’unique Française du groupe national-populiste le plus à droite du Parlement de Bruxelles. Y siège notamment Alternative für Deutschland, dont des cadres font l’apologie du IIIe Reich et défendent une « remigration » d’Allemands d’origine étrangère. Éric Zemmour dédaigne en privé ce qu’il qualifie de « prétexte » pour cataloguer celle qui partage sa vie et ses idées : « Moi, c’est Pétain, elle, c’est l’AfD… » Décrocher un groupe au Conseil de Paris lui permettrait-il d’enfouir davantage encore ce lourd bagage politique ?