PS-LFI : fusion à risque. La chronique de Pierre Lepelletier

La chronique de Pierre Lepelletier
LTD/DR

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Il faut toujours lire entre les lignes les communiqués du PS. La résolution adoptée mardi soir par le bureau national du parti en est encore une belle démonstration. Le texte annonce qu’au regard de « l’absence de désolidarisation de La France Insoumise avec la Jeune Garde », dont la responsabilité est mise en cause dans la mort de Quentin Deranque à Lyon, et « les propos antisémites intolérables » de Jean-Luc Mélenchon, aucun « accord national » ne pourra avoir lieu avec LFI, y compris au « second tour ».
La condamnation est ferme, semble définitive. Mais en parlant de non-« accord national », le PS laisse entendre qu’il pourrait en être autrement au niveau local. D’autant que, quelques lignes plus loin, la résolution appelle « localement les militants insoumis à se désolidariser clairement et pleinement » de la direction mélenchoniste.
En sous-titres, l’état-major du PS cherche donc à laisser la porte entrouverte à d’éventuelles fusions, ici et là. Une condition est mise sur la table : si, sur le terrain, les candidats Insoumis « clarifient » leur position sur « la violence en politique » et l’antisémitisme, alors des discussions seront possibles. Cette souplesse s’explique par le risque de défaite dans certaines villes en cas de maintien de listes LFI au second tour.
Quelques socialistes ont néanmoins été clairs dès le début de la campagne en refusant toute alliance. C’est notamment le cas d’Emmanuel Grégoire à Paris ou de Michaël Delafosse à Montpellier. À Rennes, Nathalie Appéré a de son côté considéré que les récentes polémiques empêchaient toute entente. Mais tout le monde ne dit pas ça au PS.
À Nantes, la maire sortante, Johanna Rolland – pourtant numéro 2 de Faure au parti – n’a pas encore donné de position officielle. À Toulouse, le socialiste François Briançon attend que l’Insoumis François Piquemal fasse un geste de « clarification ». Au sein du PS, on explique également que la fusion pourrait être plus simple à Limoges puisque la tête de liste LFI, Damien Maudet, est un ancien proche de François Ruffin, et n’est pas considéré comme un « profil crispant ». Tout comme à Avignon où les Insoumis sont représentés par une candidate issue du monde associatif, Mathilde Louvain, et non directement des rangs mélenchonistes.
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Au sein du parti à la rose, les anti-fusions appellent les leurs à ne pas prendre le moindre risque. « En cas d’alliances au second tour, une partie de notre électorat pourrait bien ne pas suivre, encore plus après les récentes sorties de Jean-Luc Mélenchon », met en garde un député socialiste. Les mêmes appellent par ailleurs à ne pas s’alarmer en cas de maintien des listes Insoumises au second tour. Ils se disent convaincus qu’un réflexe de « vote utile » gagnera les électeurs mélenchonistes. « Ils ne vont pas rester dans un vote de looser », parie un responsable du PS.
Lors de son meeting à Perpignan dimanche, Jean-Luc Mélenchon s’est moqué de ces prédictions et a répliqué : « Si les électeurs Insoumis ont l’impression qu’on leur demande de voter au second tour pour des gens qui les insultent et qui les méprisent alors ils ne voteront pas pour vous ».
Partant du principe qu’il n’a rien à se reprocher, le chef de LFI assure par ailleurs que son mouvement est prêt à répéter qu’il ne prône ni la violence, ni l’antisémitisme. « Ça ne nous dérange absolument pas », a-t-il affirmé à Perpignan. Le troisième homme de la dernière présidentielle a en revanche précisé que les siens comptent bien aussi fixer des « conditions » préalables à toute fusion.
Dans les villes concernées, les Insoumis entendent notamment demander aux socialistes de se désolidariser de la loi Cazeneuve de 2016, qui a modifié la réglementation sur l’usage des armes à feu pour les policiers après les attentats de 2015. En déterrant cette mesure très clivante à gauche, et qui n’a rien à voir avec les compétences municipales, Jean-Luc Mélenchon donne aussi – surtout – la sensation de vouloir encore un peu plus durcir les négociations. Pour mieux les faire échouer ?