Municipales 2026 : Les poids lourds jouent gros... La chronique de Bruno Jeudy

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI

La chronique municipales de Bruno Jeudy.
LTD/CYRILLE GEORGE JERUSALMI
Au poker, on appelle ça faire tapis. Aux municipales, cela s’appelle jouer sa peau politique. Pour plusieurs figures de premier plan, le scrutin de mars 2026 ne sera pas un simple rendez-vous local mais un quitte ou double national. Une victoire permet de rester dans le jeu, une défaite peut valoir sortie de table définitive, ou à tout le moins relégation durable sur les bancs de touche.
Les regards se tourneront d’abord vers ceux qui ont choisi de repasser par la case mairie avant de nourrir des ambitions plus vastes. L’ancien Premier ministre Édouard Philippe brigue au Havre un troisième mandat, convaincu que l’ancrage local reste la meilleure assurance-vie pour un prétendant à l’Élysée. Déjà battu aux élections lagislatives en 2024, Fabien Roussel tentera, lui, de conserver Saint-Amand-les-Eaux, socle indispensable à la crédibilité d’un chef de parti communiste en quête de survie électorale. Pour l’un comme pour l’autre, la défaite serait un accident industriel. Les campagnes sont sérieuses, méthodiques, presque anxieuses. Rien n’est laissé au hasard quand on sait ce que l’on risque.
Plus discret, François Bayrou joue une autre partition. Retiré sur son Aventin palois, l’ancien chef de gouvernement déchu a rangé les grandes envolées nationales pour battre le pavé de sa ville. Le maire de Pau sait que la reconquête commence parfois par le trottoir d’en face. Le silence est sa stratégie, la proximité son refuge.
Chez les sortants, d’autres poids lourds s’avancent sans filet. À Nice, Christian Estrosi affronte son vieux rival Éric Ciotti dans un duel fratricide, symbole d’une droite éclatée entre fidélité philippiste et tentation lepéniste. Le combat est serré, le résultat incertain, et l’issue dira beaucoup de l’avenir idéologique de la droite locale. À Paris, Rachida Dati repart à l’assaut de l’Hôtel de Ville. Battue en 2020, la ministre de la Culture n’a plus le droit à l’erreur. Une nouvelle défaite fermerait durablement la porte d’un destin parisien qu’elle convoite depuis vingt ans.
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Longtemps, les municipales ont servi de tremplin aux ambitions nationales. Le non-cumul des mandats a raréfié les ténors, mais le risque demeure intact. L’histoire politique est cruelle avec les perdants : Philippe Séguin à Paris, Élisabeth Guigou à Avignon, Gérard Collomb à Lyon ou Agnès Buzyn hier l’ont appris à leurs dépens. En politique, perdre sa ville, c’est souvent perdre bien plus qu’une élection. C’est parfois perdre son avenir.
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